Le traître : la critique du film (2019)

Biopic, Drame | 2h25min
Note de la rédaction :
8/10
8
Le-traitre de Bellocchio dévoile son affiche définitive

Le traître est un biopic stupéfiant au carrefour de l’efficacité du polar sur la mafia et d’une réflexion dans la tradition du meilleur cinéma politique italien.

Synopsis : Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de compte s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

Le traître dans la tourmente politique de l’Italie

Critique : Ce n’est pas la première fois que Marco Bellocchio s’intéresse au passé historique et politique trouble de son pays. Si le film en costumes lui a permis d’explorer cette voie avec Le Prince de Hombourg ou Vincere (portrait éclatant du Duce), le réalisateur a également scruté avec finesse les errements des années de plomb dans le remarquable Buongiorno, notte, sur l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro.

Même s’il reste malgré tout plus connu pour ses films intimistes traduisant les névroses de la société italienne (des Poings dans les poches à Fais de beaux rêves), le voir aborder les problèmes judiciaires de la mafia dans les années 80 et 90 n’est donc pas surprenant. Et Bellocchio ne déçoit pas, une fois de plus.

Biopic cinglant sur Tommaso Buscetta, figure notoire de la Cosa Nostra

Le pari n’était pas pourtant pas gagné sur le papier, tant les films sur la mafia ont été nombreux, et la figure de Tommaso Buscetta (incarné ici par l’excellent Pierfranco Favino) pouvait paraître peu charismatique pour pouvoir inspirer un biopic passionnant. C’était sans compter l’énergie créatrice d’un jeune homme de 79 ans, qui s’est posé un certain nombre d’interrogations, précisées dans les notes d’intention : « La trahison est un thème récurrent et inlassablement exploré au cinéma, justement parce qu’il propose une réflexion sur le changement. Un homme, au cours de sa vie, peut-il réellement et profondément changer ou n’est-ce que simulacre ? Le changement est-il un moyen de guérir, de se repentir ? Buscetta, qui refusa toute sa vie l’appellation de repenti, s’est-il inscrit dans cette démarche de guérison, de rédemption afin de devenir un homme nouveau ? Ou a-t-il créé sa propre justice ? ».

Le traître de Marco Bellochio, Sélection officielle Cannes 2019

Le Traitre Crédit : IBC Movie, Kavac, Rai Cinema, Match Factory Prod, Ad Vitam

Un objet fascinant, à la fois reconstitution historique sans failles et polar efficace

Dans un récit délibérément linéaire retraçant une partie emblématique du parcours de Buscetta, Bellocchio insiste sur les jalons essentiels de sa vie, qui a connu de nombreux allers-retours entre les États-Unis et l’Italie, via le Brésil : son arrestation et sa torture par les autorités brésiliennes (stupéfiante scène dans un hélicoptère survolant l’océan), sa collaboration avec un juge intègre qui finira assassiné, ou bien encore le procès géant filmé comme un spectacle bouffon, au cours duquel il côtoie des mafieux encagés vociférant contre le mouchard, et où s’expriment des témoins excentriques comme Totuccio Contorno, Sicilien refusant de s’exprimer en langue italienne.

Bellocchio et ses coscénaristes connaissent du bout des doigts leur dossier, et proposent alors un objet fascinant, à la fois reconstitution historique sans failles et polar efficace, mais aussi réflexion subtile sur les conflits de valeur et le dilemme de l’individu partagé entre la fidélité à sa communauté et le besoin de sécurité : Buscetta ne regrette-t-il pas le manque d’honneur des membres de Cosa Nosta, comportement qui selon lui justifie son geste ? Mais Buscetta est-il vraiment un repenti, ou bien plus simplement une balance opportuniste qui ne désire que sauver sa peau ?

Le lyrisme sobre de la fresque policière et la démarche politique de Francesco Rosi

Le film pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, ce qui traduit un refus du cinéaste de céder au schématisme et à une compréhension définitive des faits et gestes d’une ex-grande gueule de la mafia.

Bellocchio réussit donc à opérer la synthèse entre le lyrisme sobre de la fresque policière (à l’instar de la saga du Parrain) et la démarche réflexive du film politique que Francesco Rosi avait porté à la perfection dans plusieurs œuvres dont Lucky Luciano, autre biopic d’un patron de la mafia. Et même s’il est permis de préférer le Bellocchio peintre des tourments affectifs, Le Traître est indéniablement un film important dans la filmographie de ce maître du cinéma italien.

Critique de Gérard Crespo

Le-traitre de Bellocchio dévoile son affiche définitive

Le Traitre Crédit : IBC Movie, Kavac, Rai Cinema, Match Factory Prod, Ad Vitam

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Extrait du Traître

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