Le serpent aux mille coupures : la critique du film (2017)

Thriller | 1h46min
Note de la rédaction :
8/10
8

Note des lecteurs

Sorti dans une indifférence à peu près générale, mal aidé par une promotion plus que discrète, une censure sévère, une revue de presse relativement mitigée, de surcroît peu encline à disserter et mettre en lumière le long-métrage, et une distribution très réduite, Le serpent aux mille coupures est pourtant un magistral polar d’une noirceur insondable qu’il faut à tout prix (re)découvrir, car il regorge de réels talents, capables de narrer impeccablement d’implacables récits mythologiques et désespérés.

 Synopsis : Un mystérieux fugitif se voit contraint de se barricader dans une ferme isolée en compagnie de la petite famille qui l’occupe. Ce qu’il fuit ? Un tueur à gages quasi inhumain, lancé à ses trousses pour lui faire payer le meurtre d’un parrain sud-américain…

 Critique : C’est en 2003 qu’Eric Valette démontre une première fois un talent émérite au traitement noble de récits pourvus d’une certaine dose d’imaginaire et à celui du dépassement de la contrainte budgétaire. Son premier film, Maléfique, huis-clos carcéral entremêlant horreur et fantastique, est hélas la queue de comète de la société Bee Movies – dont la quête (redonner un nouveau souffle au cinéma de genre français) aura rapidement tourné court. En effet, après Bloody Mallory, Requiem et Un Jeu d’enfants, la déconvenue est grande et Maléfique est un échec en salles. Son réalisateur, aimant davantage à se considérer comme un artisan plutôt qu’un auteur, est toutefois repéré, et peut ainsi étancher sa soif de tournage entre deux projets d’envergure.

Photo promotionnelle proposée par Condor Entertainment

C’est la raison pour laquelle, avant la renaissance impeccable du polar politique à la Verneuil Une Affaire d’État, Eric Valette ne rechigne pas à mettre en boîte l’adaptation du film japonais La Mort en ligne sous l’égide d’Alcon Entertainment, ou filmer la décimation d’une voiture meurtrière pour le long-métrage canadien Hybrid. De la même manière, il ne renâcle pas lorsqu’il enquille des dizaines d’épisodes de séries policières entre le vif La Proie et son dernier-né en date, Le Serpent aux 1000 coupures, adapté d’un roman de DOA.

Pour mener à bien cette histoire noirâtre narrant les déboires d’un mystérieux inconnu pourchassé, retranché dans la mai

son d’une famille fuyant l’animosité de leurs voisins, Valette a deux alliés de poids, au mépris d’un budget des plus réduits : des acteurs sensationnels et une caméra qui s’y prend comme aucune autre pour les iconiser, les transformer en figures de mythe, et métamorphoser le paysage en véritable univers de cinéma. Les plans sont longs, soignés, admirablement composés, le découpage est à l’avenant, étant au service de l’installation d’une atmosphère spécifique.

Au sein de ce récit aux circonvolutions nombreuses, Valette recherche l’efficacité du western et de ses figures. En cela, le long-métrage peut rappeler ceux de John Carpenter, qui avait connaissance, lui aussi, de l’art de transcender un budget modeste, et insuffler à ses histoires une proportion considérable de mythologie. Le trop rare Tomer Sisley, monolithique, fait montre d’une présence physique impressionnante dans la peau de ce sibyllin motard traqué, nouvel avatar de l’« homme sans nom », aussi brutal que son Némésis est cruel (les mille coupures du titre font référence à sa méthode de mise à mort). Ce spadassin terrifiant a les traits anguleux de Terence Yin, et pour homme de main l’opportun Stéphane Debac. Au-dessus de ces visages nageant dans de troubles eaux, Pascal Greggory a l’apparence d’un shérif fatigué, dépassé par les événements funestes qui se déroulent devant ses yeux usés.

Jusqu’à une confrontation qui fait – brièvement – parler la poudre, Eric Valette aura fait preuve d’une rare maîtrise et d’un sens du récit proprement formidables, s’imposant sans peine comme un maître-d’œuvre hors pair.

Critique de Jean-Paul de Harma

Jaquette vidéo Condor Entertainment

 

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