Le drive-in de l’enfer : la critique du film (1986)

Drame, Anticipation, Action | 1h28min
Note de la rédaction :
6/10
6
Le drive-in de l'enfer, VHS New World

  • Réalisateur : Brian Trenchard-Smith
  • Acteurs : Ned Manning, Natalie McCurry, Peter Whitford
  • Date de sortie: 22 Août 1986
  • Nationalité : Australien
  • Titre original : Dead End Drive-In
  • Année de production : 1986
  • Scénariste(s) : Peter Smalley, Peter Carey
  • Directeur de la photographie : Paul Murphy
  • Compositeur : Frank Strangio
  • Société(s) de production : Springvale Productions, New South Wales Film Corporation
  • Distributeur (1ère sortie) : Film inédit en salles en France. La date de sortie ci-dessus est celle aux Etats-Unis.
  • Éditeur(s) vidéo : New World Vidéo – Film Office (VHS) / Ciné2genre (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 7 novembre 2019 (en vente avec le livre Retour vers les futurs)
  • Budget : 2,3 M de dollars australiens
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Digital
  • Festivals et récompenses : Nominé pour les meilleurs décors aux Australian Film Institute Award (1986)
  • Illustrateur / Création graphique : Chris Malbon (jaquette Arrow Films, 2016), Michael Knepper (affiche dessinée)
  • Copyrights : Lakeshore International Corp, Springvale Productions, New South Wales Film Corporation
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Brûlot politique autant que film d’anticipation, Le drive-in de l’enfer tente la fusion entre cinémas d’auteur et d’exploitation avec un certain bonheur. Un film devenu culte, à redécouvrir.

Synopsis : Dans un futur proche, les drive-in sont transformés en camp où la jeunesse défavorisée et désœuvrée est parquée dans des conditions atroces. Crabs et sa jeune amie sont conduits dans un de ces camps, dont ils feront tout pour s’échapper.

Plongée dans la ozploitation

Critique : Au milieu des années 80, le réalisateur Brian Trenchard-Smith connaît une petite popularité grâce aux succès de quelques films d’exploitation sympathiques comme Les traqués de l’an 2000 (1982) et Le gang des BMX (1983). Il devient donc l’un des fers de lance de ce que l’on a appelé l’ozploitation, soit le développement d’un pur cinéma d’exploitation en Australie. Cette situation a été rendue possible par des lois rendant l’investissement de l’Etat dans le cinéma particulièrement intéressant et lucratif. Toutefois, ces dispositions favorables à l’industrie locale vont peu à peu se dégrader au cours des années 80.

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Couverture © Filmirage – Editeur : Omaké Books

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Auréolé de ces précédents petits succès, Brian Trenchard-Smith opte au milieu des années 80 pour une adaptation d’une nouvelle publiée en 1979 par Peter Carey. Le réalisateur y voit l’occasion de mêler deux influences majeures de son cinéma : d’un côté le très intellectuel L’ange exterminateur (Buñuel, 1962) et de l’autre le délirant et prophétique Mad Max (Miller, 1979). Du premier, il retient l’idée de personnages retenus dans un lieu clos par une force mystérieuse qui sert avant tout de révélateur métaphorique. Du second, il reprend l’ambiance post-apocalyptique et la description d’une humanité dégénérée, gangrenée par la violence.

Le drive-in de l'enfer, jaquette Arrow Films exclusive à l'éditeur

Jaquette commissionnée par Arrow Films -2016 – Design exclusif par Chris Malbon

Plusieurs styles, plusieurs ambiances…

Le mélange des deux influences donne un très étrange résultat nommé Le drive-in de l’enfer (1986), une œuvre présentée comme post-apocalyptique, mais sans déflagration nucléaire. Un pur produit du cinéma d’exploitation, mais également un film d’auteur avec des prétentions politiques évidentes. Autant dire que le résultat n’est pas toujours harmonieux, mais constitue toutefois un spectacle suffisamment original pour que l’on s’y penche sérieusement.

Tout d’abord, on sent que le réalisateur Brian Trenchard-Smith aime le cinéma américain des années 50 puisqu’il y fait référence à de nombreuses reprises. S’il présente bien un film d’anticipation se déroulant en 1995, la plupart des références visuelles sont issues des années 50. On se croirait ainsi dans American Graffiti de George Lucas par cette nostalgie qui sourd de chaque plan. L’esthétique du drive-in, la voiture du héros, ainsi que bon nombre de costumes nous renvoient à cet âge d’or de l’Amérique traditionnelle. Toutefois, quelque chose cloche dans ce beau système américain idéalisé et les différents protagonistes semblent ne pas cadrer avec cet environnement aseptisé.

Trenchard-Smith invente le cinéma « post-apo-litique »

En réalité, Trenchard-Smith décrit ici un modèle américain qui tourne au cauchemar absolu. La jeunesse désœuvrée est ainsi parquée dans un drive-in qui serait une sorte de parc d’attraction pour grandes personnes. On y trouve de quoi se divertir (cinéma à volonté) et de quoi s’empiffrer (burgers et sodas à volonté) sans aucune contrepartie apparente si ce n’est l’abandon de toute forme de liberté. Très critique envers les dérives d’un consumérisme non maîtrisé, Trenchard-Smith s’en prend donc à une certaine Amérique reaganienne qui se replie sur ses valeurs fondatrices en excluant tous les « rebuts » du système. Dans ce drive-in, on trouve non seulement des chômeurs, mais aussi des immigrés et tout ce beau monde est encadré par la police.

Brûlot politique et clairement anticapitaliste, Le drive-in de l’enfer enfourche donc le cheval de bataille de la métaphore pour dérouler son discours de révolte. Tout ceci manque cruellement de subtilité et l’auteur ne parvient pas toujours à convaincre, par la faute de dialogues parfois trop explicites. Pour autant, on ne lui reprochera pas d’avoir essayé de donner davantage de profondeur à un film d’exploitation.

Le drive-in de l'enfer © Michael Knepper.

© 1986 Lakeshore International Corp – Springvale Productions – New South Wales Film Corporation. Tous droits réservés. / Design affiche : © Michael Knepper.

Une belle réalisation au service d’un film fou

A côté de cette dimension politique évidente, Le drive-in de l’enfer fait preuve d’une certaine ambition au niveau de la réalisation. Ainsi, Trenchard-Smith multiplie les plans de grue amples et majestueux. Il affectionne également les travellings latéraux afin de mieux se glisser entre les carcasses de voiture de ce cinéma qui ressemble surtout à une gigantesque casse. Enfin, il soigne ses scènes d’action, et notamment toutes les cascades qui interviennent dans la dernière demi-heure du film.

Il semble par contre un peu moins à l’aise avec la direction d’acteurs. Comme dans de nombreux films australiens de l’époque, la plupart des comédiens cabotinent un maximum, surjouant notamment la démence. Toutefois, ce manque total de nuance dans le jeu accentue encore la folie qui régnait sur ce type de productions que l’on aime justement pour leurs excès. Alors que le trio d’acteurs principaux est de bonne tenue, les seconds couteaux sont souvent incarnés avec hystérie, hurlements et roulements d’yeux. Le spectateur pourra également trouver certains acteurs trop vieux pour leur rôle, la palme revenant à Ned Manning qui s’est présenté au casting en affirmant qu’il avait 24 ans. En réalité, le comédien avait déjà 36 printemps, et si l’illusion est passable, le spectateur sent instinctivement que le gamin de 20 piges semble plus mature que voulu.

Un pur concentré des années 80

Spectacle sympathique porté par une jolie photographie de Paul Murphy et une bande-son so eighties, Le drive-in de l’enfer est resté inédit dans les salles françaises. Pourtant, le long-métrage a acquis une certaine aura culte grâce à son édition en VHS. Devenu introuvable en France durant l’ère du DVD, le film est à nouveau disponible dans une édition passable éditée en bonus du livre Retour vers les futurs de Claude Gaillard (2019). L’occasion de redécouvrir cette œuvre singulière, inégale, mais éminemment sympathique.

Critique de Virgile Dumez

L’ozploitation sur CinéDweller

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Acheter le DVD du film avec le livre Retour vers les futurs

Le drive-in de l'enfer, VHS New World

© 1986 Lakeshore International Corp – Springvale Productions – New South Wales Film Corporation. Tous droits réservés.

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Le drive-in de l'enfer, VHS New World

Bande-annonce du Drive-in de l'enfer (VF)

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