Le dernier milliardaire : la critique du film et le test blu-ray (1934)

Comédie satirique, Burlesque | 1h32min
Note de la rédaction :
7/10
7
Le dernier milliardaire, l'affiche

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Mélange étonnant de satire politique et de burlesque à l’américaine, Le dernier milliardaire est une comédie fort sympathique, malgré une deuxième partie moins percutante. Une curiosité à redécouvrir.

Synopsis : Lorsque la petite principauté de Casinario, au bord de la faillite, reçoit la visite de Monsieur Banco, l’homme le plus riche du monde, elle voit en lui un sauveur providentiel et en fait son dictateur.

Une satire politique dynamitée par des gags burlesques

Critique : Après l’échec public de Quatorze Juillet (1933), le cinéaste René Clair sait qu’il doit impérativement se remettre en question et amorcer un virage dans son humour. Il opte pour l’écriture d’un scénario entièrement original qui serait une satire politique mêlée à des gags burlesques qui s’inspirent directement de l’humour américain des Marx Brothers. Cet étrange mélange, plutôt audacieux, donne lieu à la création d’un film unique en son genre, à savoir Le dernier milliardaire (1934).

Le dernier milliardaire, jaquette du blu-ray

© 1934 Fondation Jérôme Seydoux – Pathé – Succession René Clair / © 2019 Pathé Films. Tous droits réservés.

Alors que le monde est plongé dans la crise économique depuis 1929 et que des dictateurs fleurissent un peu partout (avec entre autres Mussolini et Hitler), René Clair prend des risques en signant un film politique où il se moque à la fois des pays en crise, de la versatilité du peuple, et en même temps des dictateurs qui se prennent pour des sauveurs.

Certes, son propos arrose large, mais cela a eu pour effet de cristalliser les critiques de tous les bords, si bien que le film fut un cruel échec public à sa sortie en octobre 1934. Pire, les cinémas le diffusant ont eu des désagréments avec des dégradations de la part d’un public furieux. Nous sommes alors au cœur d’une grave crise démocratique, quelques mois seulement après le coup de force du 6 février 1934 qui ont vu les ligues d’extrême droite affronter la gauche en plein Paris.

Un contexte troublé peu favorable à l’humour

C’est donc dans ce contexte très troublé que débarque cette satire politique certes audacieuse pour l’époque, mais quand même assez légère et plutôt timide en définitive. Ainsi, la principauté de Casinario (largement inspirée de celle de Monaco) tombe dans le piège de la dictature, mais uniquement parce que son sauveur, le banquier nommé Banco, devient temporairement fou suite à un mauvais coup reçu sur la tête. Tout ceci n’est donc pas bien grave et demeure donc dans le domaine de la comédie pure et inoffensive.

Cela n’empêche nullement le long-métrage d’être parfois très réussi, notamment dans sa première moitié. On apprécie nombre de gags savoureux, souvent burlesques, toujours dans l’exagération. Cette capacité du cinéaste à décrire des situations outrées vient aussi de la folie qu’il instaure à l’intérieur d’un cadre fixe et clairement défini. Ainsi se moque-t-il ici avec pertinence de l’étiquette, mais aussi de la propagande mise en place par les Etats pour embobiner leurs populations.

Une deuxième partie moins efficace, mais soutenue par des acteurs formidables

Malheureusement, le film ne tient pas toutes ses promesses sur la durée et certaines péripéties paraissent superficielles et plaquées de manière artificielle afin de tenir la distance. Le dernier quart d’heure patine et l’on sent l’auteur à bout de souffle. Cela n’est pas lié aux acteurs qui sont tous excellents, avec mention spéciale pour Max Dearly, Raymond Cordy ou encore Marthe Mellot qui parviennent à nous faire rire à plusieurs reprises, grâce à leur sens du rythme et de la répartie. On notera l’absence d’un grand nom pour porter le film, ce qui explique peut-être en partie l’échec commercial de l’œuvre.

Toujours sympathique, parfois savoureux et jamais ennuyeux, Le dernier milliardaire est assurément un film imparfait qui ne trouve pas toujours un juste équilibre entre burlesque pur et satire politique, mais il a le grand mérite de proposer une voie inédite dans la comédie française de l’époque.

Le dernier milliardaire de René Clair

Le silence est d’or © 1947- SUCCESSION RENÉ CLAIR – PATHÉ FILMS – RKO. Tous droits réservés.

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Compléments : 4/5

L’éditeur propose deux compléments passionnants. Le premier est constitué d’un entretien avec deux historiens du cinéma et de l’art qui reviennent sur le contexte de création du film durant 35min. Ils insistent sur le partenariat inédit entre René Clair et la société de production Pathé / Natan, mais aussi sur le contexte politique tendu et la sortie compliquée du long-métrage. Leurs interventions, parfois dans la redite, sont particulièrement nécessaires à la bonne compréhension du métrage.

Le deuxième bonus est constitué d’un document de 13min qui suit un René Clair âgé dans son quotidien, visiblement dans le Sud de la France. Si le document s’avère superficiel, il permet de découvrir un homme relativement simple et donc plutôt sympathique.

L’image du blu-ray : 3,5/5

La restauration a été effectuée à partir d’une copie nitrate et non du négatif original. Cela donne un rendu très agréable à l’œil, mais qui ne possède pas le niveau de détail auquel on peut être habitué chez l’éditeur. L’image demeure légèrement floue et les contours ne sont pas aussi tranchants qu’à l’accoutumée. Le grain est également plus présent, notamment lors des échappées de la caméra vers le ciel lointain. Pas de quoi crier au scandale car la copie est propre, débarrassée de toute trace de scories, brûlures et autres défauts de pellicule.

Le son : 3,5/5

Là aussi pas de grand miracle à attendre. Le souffle a été largement étouffé pour offrir un certain confort d’audition, mais cela a eu pour conséquence d’étouffer également les ambiances, et parfois certaines voix. Toutefois, l’ensemble demeure assez satisfaisant car il s’agit d’une époque particulière où le son n’était pas encore pleinement maîtrisé. Les pistes sont généralement très abîmées et donc le travail effectué ici est conséquent.

Critique et test blu-ray : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 12 octobre 1934

Le dernier milliardaire, l'affiche

© 1934 Fondation Jérôme Seydoux – Pathé – Succession René Clair / Illustrateur : Jean Adrien Mercier. Tous droits réservés.

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