Film noir plutôt malhabile, La femme à l’écharpe pailletée est bien loin d’égaler les chefs d’œuvre du même genre signés Robert Siodmak. Assurément une déception.
Synopsis : Cleve Marshall, adjoint au procureur général, noie dans l’alcool ses déboires conjugaux dans un bureau de police de Los Angeles dans l’attente de son ami, l’inspecteur Scott. Il y rencontre une étrange femme, portant autour du cou une écharpe pailletée, Thelma Jordon. La jeune femme, le prenant pour un officier de police, lui signale des tentatives de cambriolages chez sa vieille tante fortunée. Marshall fini par emmener Thelma au restaurant et succombe à son charme. Elle est séparée de son mari Tony Laredo, truand notoire, et après un passé tumultueux s’est réfugiée chez sa tante. Les deux amants se rencontrent en cachette, lorsqu’un soir Thelma téléphone à Marshall pour lui annoncer que sa tante vient d’être assassinée.
Barbara Stanwyck, déesse du film noir
Critique : En 1948, le producteur Hal Wallis fait l’acquisition d’un roman de l’écrivain Marty Holland intitulé The File on Thelma Jordon. Il envisage d’en tirer une adaptation portée par la star maison de la Paramount, la grande Barbara Stanwyck, justement célèbre pour ses récentes compositions dans des films noirs. Afin de réaliser ce nouveau projet, Hal Wallis engage Robert Siodmak qui vient justement d’enchaîner plusieurs succès dans ce genre alors très en vogue. Ainsi, on lui doit des œuvres majeures comme Les tueurs (1946), La proie (1948) et Pour toi j’ai tué (1949). Autant de films remarquables qui ont marqué l’histoire du genre.
Malheureusement, sur La femme à l’écharpe pailletée (1949), Robert Siodmak semble nettement moins inspiré. Il a sans doute pris conscience un peu tardivement de la faiblesse du scénario qui lui a été proposé, et malgré tous ses efforts pour rendre le long métrage superbe sur le plan visuel – avec un beau noir et blanc signé George Barnes – il ne parvient pas vraiment à compenser les errances de l’intrigue qui semble avancer à coups de hasards et de coïncidences. Certes, Siodmak tente de s’éloigner du genre qui a fait sa renommée en faisant glisser l’intrigue vers le film de procès, mais les ressorts narratifs sont insuffisamment crédibles pour accrocher le spectateur.
Wendell Corey, une patente erreur de casting
Autre défaut majeur de La femme à l’écharpe pailletée, la production a imposé la présence du comédien de théâtre Wendell Corey dans le rôle masculin principal. Or, celui-ci n’a guère les épaules pour porter un tel rôle, surtout face à la performance toujours impeccable de la grande Barbara Stanwyck. Celle-ci l’écrase littéralement à l’écran et l’on peine à croire qu’une telle femme puisse tomber amoureuse d’un homme aussi fade.
Sans doute trop prévisible dans son déroulement, le film noir coche toutes les cases du genre au point que l’on sait d’avance ce qui va se tramer à l’écran. Bien entendu, Barbara Stanwyck incarne une énième femme fatale qui va mener le héros à sa perte. Ainsi, les retournements de situation n’étonneront jamais les cinéphiles férus de film noir. Et que dire du dernier twist qui voit la pécheresse payer cher le prix d’un amour qu’elle découvre sur le tard sinon qu’il n’est pas du tout crédible par rapport à tout ce qui précède. On sent ici le poids des producteurs – et surtout de la censure du code Hays – qui tenaient à ce que la fin soit la plus morale possible.
Un échec public qui a condamné le film à l’oubli
Loin d’être une référence dans un genre où Siodmak a livré tant de grands films, La femme à l’écharpe pailletée pâtit également d’un flagrant manque de rythme malgré une durée plutôt resserrée. D’ailleurs, le long métrage est loin d’avoir convaincu les critiques américaines de l’époque qui ont toutes ciblées l’incohérence du script. Dès lors, le public ne s’est pas rué dans les salles puisque le métrage n’est arrivé qu’à la 122ème place du box-office nord-américain de l’année 1950. En réalité, la carrière de la star féminine entame avec ce long métrage décevant un inexorable déclin qui ne fera que se confirmer les années suivantes.
En France, la sortie du film noir est quelque peu diffuse, à l’image de nombreux films américains de l’époque. A Paris, Barbara Stanwyck ne cumule que 113 294 entrées, tandis que le reste du pays lui apporte un total de 349 321 fidèles. Cela se situe dans les mêmes eaux que celles de La proie (1948), mais bien loin derrière le succès de Les tueurs (1946) qui avait su mobiliser plus de 1,4 million de spectateurs français.
Depuis cette époque, La femme à l’écharpe pailletée est restée inédite en France sur support physique, aussi bien en VHS qu’en DVD. Désormais, le long métrage peut être redécouvert sur la chaîne Paramount + qui lui offre donc une nouvelle visibilité. Il y a pourtant peu de chances que sa côte soit réévaluée avec le temps.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 6 avril 1951
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© 1949 Wallis-Hazen, Paramount Pictures / Affiche : Boris Grinsson. Tous droits réservés.
Biographies +
Robert Siodmak, Barbara Stanwyck, Kasey Rogers (Laura Elliott), Wendell Corey, Paul Kelly
Mots clés
Cinéma américain, Film noir, Les femmes fatales au cinéma, Film de procès, La manipulation au cinéma