Film contemplatif d’une grande beauté plastique, La Couleuvre noire d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux fascine autant qu’il intrigue, bénéficiant de paysages sublimes et d’une histoire de transmission magnifique de pudeur. A découvrir pour les amoureux d’un certain cinéma exigeant.
Synopsis : Après des années d’absence, Ciro revient chez lui, au chevet de sa mère. Dans ce désert colombien de la Tatacoa, il retrouve ceux qu’il avait fuis et affronte les derniers gardiens d’un territoire aussi fragile qu’envoûtant.
Après le Mexique, la Colombie…
Critique : En 2019, le cinéaste français Aurélien Vernhes-Lermusiaux a su imposer un style contemplatif envoutant avec son premier long métrage Vers la bataille, mené par le comédien Malik Zidi. Il y contait le voyage mexicain d’un photographe à la fin du 19ème siècle et en profitait pour évoquer la disparition de certains peuples autochtones de la région.

© 2025 Dublin Films, Burning, Vulcana Cinema. Tous droits réservés.
Toujours passionné par le continent américain, Aurélien Vernhes-Lermusiaux nous emmène cette fois-ci en Colombie, et plus précisément dans le magnifique désert de la Tatacoa, mais cette fois-ci à l’époque contemporaine. Il y transpose un sentiment très personnel puisqu’il évoque le retour sur sa terre natale d’un homme parti depuis une dizaine d’années à la ville. Cela fait écho à son propre parcours, lui qui est né à Figeac et qui y est revenu après de nombreuses années d’éloignement. Il a alors ressenti à quel point ce lieu résonnait en lui de manière particulière.
Le retour à la terre matricielle
Dans La Couleuvre noire, il transpose donc ce sentiment très personnel à travers le parcours de Ciro, un travailleur de Bogota qui revient dans son village de naissance, perdu au milieu de nulle part, à l’occasion des derniers jours de sa mère. Là, il y retrouve non seulement le désert de la Tatacoa qui imprime sa rudesse sur les corps et les esprits des habitants, mais aussi tous ceux qu’il a abandonnés pour la capitale.
Si son lien avec sa mère semble fusionnel, Ciro entretient des rapports froids avec son père – excellent Miguel Ángel Viera, acteur professionnel dont on croirait qu’il est directement issu de cette terre aride – et retrouve son ancienne petite amie et une petite fille qui semble bien être de son sang. Toute cette histoire familiale, absolument centrale, n’est révélée que par petites touches impressionnistes, généralement sans faire appel aux dialogues qui ont été réduits à l’essentiel.
Le conte est bon
Effectivement, fidèle au style de son premier long, Aurélien Vernhes-Lermusiaux pratique un cinéma d’auteur exigeant qui passe par la contemplation. Ainsi, Ciro ne s’exprime que très rarement (il est interprété par un non professionnel mystérieux nommé Alexis Tafur), tandis que l’intrigue est racontée de manière métaphorique par une voix off déroulant un conte fantastique.

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Lorsque le père et le fils entament un voyage dans le désert de la Tatacoa afin de respecter les derniers vœux de la matriarche, le long métrage prend une allure purement fantastique et contemplative, avec même l’irruption d’une couleuvre géante (superbe animatronique parfaitement éclairée pour ne pas en révéler les trucages) qui donne son titre au drame poétique. Le tout se déroule dans les paysages surréalistes et lunaires du désert de la Tatacoa, à la beauté saisissante.
Un long métrage poétique et élémental
Magnifié par une superbe photographie signée Sylvain Verdet et la musique magnétique des Tindersticks (habitués du cinéma exigeant de Claire Denis), La Couleuvre noire se mue en une pure expérience sensorielle où le moindre son semble être issu de cette terre craquelée. La caméra ne cesse de caresser les parois et les formes rocheuses au point de donner au film une texture quasiment minérale. D’ailleurs, avec la présence du feu de camp, de l’eau qui jaillit de la gueule de la couleuvre, du vent de sable qui souffle en permanence et de la roche, La Couleuvre noire investit avec bonheur les quatre éléments essentiels de notre planète. En leur sein, l’homme se promène comme un fantôme et Ciro va devoir retrouver les gestes cérémoniels de ses ancêtres pour pouvoir à nouveau entrer en communion avec son environnement.
On retrouve ici un sujet qui paraît cher à son auteur, à savoir le lien de l’être humain avec son environnement, ses racines, son histoire et sa capacité – ou non – à transmettre cet héritage à ses enfants. Mené de main de maître par un cinéaste qui compte désormais parmi les meilleurs de sa génération, le drame contemplatif et poétique fascine, intrigue, tout en n’abandonnant pas le spectateur sur le bord du chemin puisque l’ensemble demeure mystérieux, mais compréhensible.
Un passage par le Festival de Cannes 2025
D’une grande beauté plastique et portée par une thématique profonde et personnelle pour son auteur, La Couleuvre noire est assurément un grand film qui confirme tous les espoirs placés en Aurélien Vernhes-Lermusiaux, un artiste comme on en voit trop peu en France ces dernières années. D’ailleurs, le drame a été projeté lors du Festival de Cannes 2025 par les bons soins de l’ACID. Sa sortie le 25 mars 2026 est l’occasion pour les cinéphiles exigeants de se faire un avis sur cette belle promesse cinématographique.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 mars 2026

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Aurélien Vernhes-Lermusiaux, Alexis Tafur, Miguel Ángel Viera
Mots clés
Cinéma français, Cinéma colombien, Cinéma contemplatif, Le désert au cinéma, Les serpents au cinéma, Le monde paysan au cinéma