La cage aux rossignols : la critique du film (1945)

Drame | 1h29min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
La cage aux rossignols, l'affiche

  • Réalisateur : Jean Dréville
  • Acteurs : Noël-Noël, Micheline Francey, René Génin, René Blancard, Roger Krebs
  • Date de sortie: 06 Sep 1945
  • Nationalité : Français
  • Scénario : Noël-Noël et René Wheeler d'après un roman de Georges Chaperot
  • Musique : René Cloërec
  • Distributeur : Compagnie Parisienne de Location de Films (CPLF) / Gaumont
  • Éditeur vidéo : Gaumont Vidéo
  • Sortie vidéo (blu-ray) : Le 28 octobre 2015
  • Box-office France / Paris-périphérie : 5 084 805 entrées / 1 539 628 entrées
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 5/5]

La cage aux rossignols est un drame touchant qui prône des méthodes pédagogiques progressistes, en lieu et place de la punition systématique. Le film a très largement inspiré Les choristes de Christophe Barratier.

Synopsis : Pour faire preuve de réussite et gagner ainsi le cœur de celle qu’il aime, Clément Mathieu, jeune écrivain, publie un roman autobiographique : l’histoire d’un surveillant dans un internat de rééducation, dont la générosité et la patience vont faire merveille auprès des jeunes délinquants.

Un projet interrompu par la fin de la Seconde Guerre mondiale

Critique : Projet intégralement porté par l’acteur Noël-Noël qui en a rédigé le script et notamment les dialogues, La cage aux rossignols a connu une gestation compliquée à cause des événements historiques. Le tournage a ainsi été entamé au printemps 1944, avant d’être interrompu par le débarquement du 6 juin 1944. Les nombreux combats qui ont permis la libération progressive de Paris et du territoire national ont presque eu raison du métrage. Le film interrompu a failli ne jamais être terminé puisque son acteur principal Noël-Noël a disparu pendant plusieurs semaines de l’été 1944.

La cage aux rossignols, la jaquette du blu-ray

© 1945 Gaumont / © 2015 Gaumont Vidéo. Tous droits réservés.

Finalement, le tournage reprend à la fin septembre 1944, mais les finitions devront encore attendre la fin de la guerre, pour que la sortie puisse se faire dans les meilleures conditions au mois de septembre 1945. Il a donc fallu beaucoup de patience à toute l’équipe pour créer une œuvre lumineuse dans de telles circonstances. Autre souci majeur, les enfants sélectionnés parmi les Petits Chanteurs à la Croix de Bois commençaient à grandir et à ne plus être raccords avec ce qui avait été tourné précédemment.

Plus de 5 millions de spectateurs enchantés

Toutefois, les anges se sont visiblement posés sur le berceau de ce long-métrage puisque sa sortie a été un véritable triomphe auprès d’une population en manque de spectacle populaire. Ils ont été plus de cinq millions de Français à se ruer dans les salles obscures pour célébrer ce long-métrage de Jean Dréville, faisant au passage de Noël-Noël une immense vedette de l’après-guerre.

A revoir de nos jours, La cage aux rossignols laisse un sentiment étrange par sa construction narrative déséquilibrée. Là où l’on s’attend à plonger immédiatement dans l’univers de l’internat pour garçons difficiles, le réalisateur prend son temps en signant un long prologue d’environ 25 minutes nous décrivant la situation sentimentale du personnage principal et ses liens avec la jolie Micheline Francey.

Il faut donc attendre assez longtemps avant que les auteurs ne nous proposent un flashback qui constitue le cœur même du film. Cette construction étrange a tendance à casser le rythme et à donner l’impression que débute un second métrage.

Comment faire un bon film avec des bons sentiments !

Toutefois, cela n’entame pas vraiment le capital sympathie dégagé par le spectacle. Il est effectivement assez rare de parvenir à signer une œuvre plaisante de bout en bout alors qu’elle est entièrement fondée sur des bons sentiments. Ainsi, le surveillant général novice qui débarque dans cette pension pour jeunes délinquants va progressivement découvrir l’horreur d’une pédagogie entièrement punitive incarnée par un directeur borné, et surtout son inefficacité auprès de fortes têtes. Incarnant une forme de justice bienveillante, le héros se met rapidement les mômes dans la poche, faisant preuve auprès d’eux d’écoute et de mansuétude, sans pour autant négliger son autorité.

Si cet appel à une pédagogie plus respectueuse des volontés de l’enfant peut paraître désormais un peu dépassé dans sa démonstration, il faut rappeler qu’il constitue une avancée considérable à une époque où la seule loi qui régissait une classe était celle de l’arbitraire des adultes. Certes, la bienveillance a montré depuis ses nombreuses limites, mais elle constitue un indéniable progrès pédagogique, mettant en son centre le respect mutuel. On peut également sourire aujourd’hui de la description des sauvageons de cette institution, tant ils semblent inoffensifs par rapport aux jeunes de nos sociétés dites modernes.

Un film touchant magnifiquement interprété

Peu importe dirons-nous puisque le film est nécessairement imprégné de son temps. Et de fait, les rapports entre élève et surveillant sont parfaitement retranscrits par des auteurs inspirés. Certes, le final dans l’église est un peu too much, mais Jean Dréville a su se tenir à distance du mélodrame de patronage comme pouvait en débiter à la même époque des cinéastes comme Léo Joannon.

Interprété avec beaucoup de retenue et d’émotion intériorisée par Noël-Noël, lui-même soutenu par une pléiade d’enfants tous très justes – dont le petit Roger Krebs – La cage aux rossignols est un drame sincère et touchant qui peut être vu en complément de sa version plus récente, à savoir Les choristes (Barratier, 2004).

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Critique du film :  Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 6 septembre 1945

La cage aux rossignols, l'affiche

© 1945 Gaumont. / Illustrateur : Poulbot. Tous droits réservés.

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