Au-delĂ de l’affiche la plus what the fuck de l’annĂ©e 2018, Hurricane propose surtout un sacrĂ© navet, dans la lignĂ©e calamiteuse du cinĂ©ma de Rob Cohen, dĂ©jĂ coupable d’un piteux premier Fast and Furious.
Synopsis : Profitant du plus gros ouragan ayant jamais touché les Etats-Unis, une équipe de braqueurs d’élite infiltre la plus grande réserve de billets des États-Unis. Leur objectif : un braquage exceptionnel de 600 millions de dollars. Dans la ville désertée, Casey, une des convoyeuses de fond, et Will, un météorologiste de génie, vont devoir unir leurs forces en utilisant les connaissances de Will pour survivre au milieu de cette « tempête du siècle » et empêcher ces voleurs impitoyables de parvenir à leurs fins.
Hurricane mixe film catastrophe et braquage
Critique : Projet un peu dingue qui consiste Ă mĂ©langer les genres, le film de braquage (Heist) et le film catastrophe venteux (Twister, Geostorm), Hurricane Heist est un Ă©nième joujou pyrotechnique de Rob Cohen. Le rĂ©alisateur burnĂ© du premier Fast and Furious et de xXx, n’est pas Ă©tranger au cinĂ©ma catastrophe amĂ©ricain, genre qu’il embrassa en 1996 en embarquant Sylvester Stallone dans les dĂ©combres d’un tunnel avachi (Daylight que cela s’appelait, et c’était dĂ©jĂ fort mĂ©diocre).
Un navet d’action qui a fait flop au box off’
Avec Hurricane (titre français, plus court et plus efficace), l’artisan de sĂ©rie dĂ©complexĂ©e dans la nullitĂ© revient Ă l’action non-stop, avec des effets spĂ©ciaux numĂ©riques omniprĂ©sents. En France, SND a flairĂ© la bonne affaire. Le distributeur liĂ© au groupe M6 est un habile pourvoyeur de sĂ©ries B gagnantes. On se souvient du succès de blockbuster de Seven Sisters, dystopie tĂ©lĂ©visuelle issue de la plateforme Netflix, qui a flirtĂ© avec les deux millions d’entrĂ©es en France. SND a-t-il remportĂ© une fois de plus le jackpot? En fait, pas du tout. Après un effroyable Ă©chec aux USA (moins de 7M$ pour une combinaison de plus de 2.400 cinĂ©mas), la catastrophe virevoltante est Ă peine restĂ©e 6 semaines Ă l’affiche ; en France, ce ne fut guère mieux : ce pur produit Netflix dans l’âme, qui n’a en fait rien Ă voir avec la plateforme aux nanars en sĂ©rie, a tenu la programmation pendant seulement 4 semaines dans l’Hexagone, avec 227.000 amateurs de cataclysmes cinĂ©matographiques. Tout s’explique. Hurricane Heist est probablement l’un des navetons les plus affligeants sortis en salle en 2018, une sĂ©rie B honteuse, entièrement bâtie sur un prĂ©texte scĂ©naristique oĂą l’on mĂ©lange les genres pour faire, genre on va casser la baraque.
Un pitch sinon rien ?
Alors que l’idĂ©e casse-cou avait de quoi faire saliver les amateurs de sensations fortes Ă la F&F5 ou xXx, jamais l’on ne ressort impressionnĂ© par ce triste spectacle. Entièrement dĂ©volu Ă la cause de la facilitĂ© et de la surenchère de CGI, le film qui se rĂ©sume Ă un pitch n’est que laideur, avec son avalanche d’effets spĂ©ciaux bon marchĂ©. La course-poursuite finale entre deux camions, eux-mĂŞmes coursĂ©s par un mur orageux dantesque qui fonce droit sur ces cibles sur roues, est non seulement une insulte Ă la vraisemblance, mais surtout au savoir-faire hollywoodien en matière d’effets numĂ©riques spectaculaires. Dans cette course, tout a le pixel faux, de la texture des monster trucks au soufflet atmosphĂ©rique. Contrairement Ă un Torque, film de rĂ©fĂ©rence dans le n’importe quoi rigolard qui n’avait pas faire rire Warner Ă la sortie, ici c’est bel et bien le spectateur qui ne peut en rire.
Au diable les personnages quand on peut casser la baraque.
Les producteurs ne se sont guère souciĂ©s des semblants de protagonistes, vases creux, sans caractĂ©risation, que l’on croise au milieu de millions de dollars entassĂ©s dans un dĂ©cor vouĂ© Ă la destruction et de bouts de bois tournoyant dans les airs, pour faire vrombir les enceintes 5.1. lors d’une sortie vidĂ©o forcĂ©ment plus favorable Ă ce type de programme bradĂ©.
Les acteurs, de Tobby Kebbell à Maggie Grace (qui, en vieillissant, ressemble physiquement de plus en plus à Julianne Moore), sont condamnés à jouer des figures sans héroïsme, de casse-cou invraisemblable, et arpentent le film en bons zonards de série Z, contre de vilains criminels qui ont décidé de faire le coup du siècle, lors de la tempête du siècle. Vous excuserez la répétition, elle était voulue.
Bad team v. good team
Après une improbable scène d’ouverture en guise de flashback, durant laquelle une tornade dĂ©vore une maison et s’Ă©vapore en masque nuageux de vilaine faucheuse (une idĂ©e un peu folle qui pouvait laisser augurer un brin de Destination Finale au cĹ“ur de cette intrigue de polar Ă se twister le cou), le film passe Ă une narration au prĂ©sent, oĂą l’on se dĂ©barrasse très vite de la population, amenĂ©e Ă fuir Ă l’approche de l’ouragan dĂ©vastateur (les figurants, c’est encore trop de fric), pour se focaliser sur les teams de bons et de mauvais, avec leurs lots de traĂ®tres, qui, dans les deux cas, rĂ©pondent Ă tout ce qu’il ne faut pas introduire dans une fiction pour la faire foirer. Incapable d’apporter du charisme aux Ă©quipes de poulets et de malfrats pour faire jubiler ce roublard de spectateur, les archĂ©types de personnages ne sont qu’erreurs de casting.
Moins une tornade de film qu’un jeu de toupie rouillĂ©e dont la course a Ă©tĂ© entravĂ©e par des stĂ©rĂ©otypes et des effets spĂ©ciaux rance, Hurricane Heist est donc bien un pur film catastrophe-ique, dont la nullitĂ© atteint la catĂ©gorie 5.

