Hurler de peur : la critique du film et le test du Mediabook (1961)

Thriller, Epouvante | 1h21min
Note de la rédaction :
8/10
8
Hurler de peur, l'affiche

  • Réalisateur : Seth Holt
  • Acteurs : Christopher Lee, Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd
  • Date de sortie: 22 Nov 1961
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : Taste of Fear
  • Scénario : Jimmy Sangster
  • Directeur de la photographie : Douglas Slocombe
  • Distributeur : Columbia Films
  • Editeur vidéo (Mediabook) : ESC Editions
  • Sortie vidéo (Mediabook) : Le 17 septembre 2019
  • Box-office France : 325 448 entrées / 97 775 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Note des lecteurs

Brillant thriller de machination, Hurler de peur est un des meilleurs films de la Hammer grâce à une ambiance anxiogène magnifiquement entretenue. A redécouvrir d’urgence.

Synopsis : Penny Appleby, jeune femme paralysée et condamnée au fauteuil roulant, revient dans sa demeure familiale située sur la Côte d’Azur après la disparition de son père. Accueillie par Jane, sa belle-mère, et épaulée à chaque instant par Bob, le chauffeur de la famille, voici qu’elle commence à avoir d’épouvantables visions : elle se met à voir le cadavre de son père dans différents endroits de la demeure, lequel disparaît aussitôt…

Un film Hammer sans monstre et en noir et blanc

Critique : Dès 1959, le scénariste Jimmy Sangster se lasse d’écrire des histoires gothiques mettant en scène le bestiaire classique de l’horreur comme Dracula et Frankenstein. Il se lance donc dans l’écriture d’un thriller de machination sans aucun doute inspiré des Diaboliques (1955) de Clouzot. Son script n’est initialement pas retenu par le studio Hammer, mais le succès de Psychose (Hitchcock, 1960) change définitivement la donne. Michael Carreras, tête pensante de la célèbre firme britannique, y voit l’occasion de tourner un film en noir et blanc à petit budget qui pourrait surfer sur cette nouvelle vague horrifique.

Désormais intitulé Taste of Fear (Hurler de peur en français), le projet est intégralement porté par Sangster qui en est aussi le producteur. Il délègue par contre la réalisation à Seth Holt qui va en faire une œuvre remarquable sur le plan formel, ceci à l’aide du directeur de la photographie Douglas Slocombe. Même si beaucoup de gens ont comparé ce thriller à Psychose à l’époque, on peut davantage le rapprocher de tous ces thrillers domestiques dans lesquels une jeune femme est la proie d’une machination diabolique. Ce type de production a été particulièrement apprécié au cours des années 60, que ce soit aux Etats-Unis, en Angleterre, en France et bien entendu en Italie, précédant en cela l’apparition du giallo.

Une ambiance anxiogène qui effraie encore de nos jours

Tourné intégralement en décors naturels – fait suffisamment rare à la Hammer pour être signalé – Hurler de peur tranche donc de manière radicale avec le reste de leur production courante. L’esthétique est également très différente, s’appuyant notamment sur un noir et blanc très contrasté où le cinéaste s’amuse à jouer avec les ombres. La grande demeure, ainsi que les relations entre les personnages, font aussi songer à l’atmosphère d’étrangeté du Rebecca de Hitchcock. Cette référence hitchcockienne est encore renforcée par la présence au générique d’Ann Todd qui a tourné dans Le procès Paradine (1947) du maître du suspense.

Sublimé par la réalisation virtuose de Seth Holt, le long-métrage se paye le luxe d’être encore effrayant de nos jours, là où nombre de films plus spécifiquement horrifiques de la Hammer laissent de marbre. Retenant la leçon de Jacques Tourneur, Seth Holt laisse souvent planer le doute sur ce qui est présent à l’écran. La menace sourde est souvent tapie dans l’ombre et le spectateur est mis en position d’attente, comme la victime potentielle de la machination.

Un twist final étonnant

Bien entendu, les apparences seront finalement trompeuses et le script de Sangster nous réserve un twist final pour le moins inattendu. S’il n’est pas nécessairement très crédible, ce retournement de situation a le mérite d’étonner et de nous convier à une fin morale où ceux qui sont les victimes ne sont pas ceux que l’on pensait.

Efficace, le film est également porté par l’interprétation très juste de Susan Strasberg (fille de Lee Strasberg), Ann Todd et l’inquiétant Christopher Lee. On est bien moins convaincu par le jeu très plat de Ronald Lewis qui a d’ailleurs terminé sa carrière à la télévision.

Succès international, mais plus discret en France

Sorti en Angleterre et aux Etats-Unis (par l’accord passé entre la Hammer et la Columbia) avec beaucoup de succès, le long-métrage a connu une carrière plus discrète en France. Les Français ne furent que 325 448 à faire le déplacement en salles, ce qui est un score plutôt décevant pour une si brillante série B. De nos jours, le film est quelque peu oublié, sans doute à cause de l’absence de notoriété du réalisateur Seth Holt. Mort trop jeune d’une crise cardiaque foudroyante en 1971, le cinéaste n’a pas vraiment eu le temps de confirmer les espoirs placés en lui. Dommage car ce thriller, s’il n’est pas parfait loin de là, est tout de même assez remarquable par son atmosphère.

Le test blu-ray :

Hurler de peur, le Mediabook

© 1961 Hammer Films / © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

Acheter le blu-ray sur le site de l’éditeur

Compléments & packaging : 3/5

Comme le reste de la collection, le packaging est particulièrement soigné, avec une jaquette superbe et un Mediabook qui contient un livret (ce dernier ne nous a pas été fourni).

Sur la galette, les cinéphiles pourront retrouver le bonus de Nicolas Stanzick sur la Hammer (13min), déjà présent sur les autres disques de la collection. Par contre, l’analyse du film de Laurent Aknin (18min) est bien un module spécifique qui revient sur l’originalité du film au sein du corpus Hammer. Avec beaucoup de pertinence, Aknin nous livre des informations sur la genèse du projet, le tournage et la réception du long-métrage à l’époque.

L’image du blu-ray : 4/5

Le long-métrage a bien fait l’objet d’une vraie restauration ici. Certes, on note encore un grain assez prononcé sur certaines scènes un peu sombres, mais cela contribue aussi au charme de ces productions anciennes. Par contre, la définition est satisfaisante, tandis que la copie ne présente plus aucune trace de points blancs ou de brûlures. Le toilettage a donc été efficace, sans enlever le grain cinéma d’origine.

Le son du blu-ray : 3/5

L’éditeur nous propose deux pistes sonores en mono DTS-HD Master-Audio (version originale et français). La piste en VO est assurément la mieux conservée. Elle ne souffre d’aucun défaut particulier et propose donc un visionnage confortable et naturel. La piste française souffre quant à elle d’un certain souffle présent en arrière-plan. Rien de vraiment gênant, mais cela occulte tout de même quelques bruits d’ambiance.

Critique et test Mediabook : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 22 novembre 1961

Les films de la Hammer

Hurler de peur, l'affiche

© 1961 Hammer Films / Illustrateur : Boris Grinsson. Tous droits réservés.

 

Trailers & Vidéos

trailers
x
Hurler de peur, l'affiche

Bande-annonce de Hurler de peur (VO)

Thriller, Epouvante

x