2013 fut l’année de la science-fiction, et Gravity en a été aisément le meilleur avatar du genre cette année-là, devenant instantanément une référence du 7e art. Un drame insterstellaire tout simplement inoubliable !
Synopsis : Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky (George Clooney). Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers.
Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre — et la moindre chance d’être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d’autant plus qu’à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d’oxygène qu’il leur reste.
Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre…
2013 : l’année de la science-fiction
Critique : Depuis sa présentation en ouverture du festival de Venise, Gravity a profité d’un bouche-à-oreille phénoménal pour préparer son immense sortie dans les cinémas mondiaux en octobre 2013.
Aussitôt, le septième film du cinéaste mexicain Alfonso Cuarón (l’intimiste Y tu maman tambien, le dystopique Les fils de l’homme) s’est imposé comme une expérience sensorielle déchirante et l’un des plus grands films américains du XXIe siècle. A l’instar d’Inception de Nolan en 2010, le scénario original devenait un hymne à la création, en faisant planer ses spectateurs au firmament des étoiles. Gravity était la garantie d’un script original lors d’une année 2013 caractérisée par une offre pléthorique de productions spatiales, caractérisée par la redite geek (le très sympa Pacific Rim) ou la surenchère de formules (Elysium). Gravity, avant d’être une grosse production Warner, était la signature manifeste d’un auteur à part entière, et, dans ce sens, se détachait immédiatement des impératifs commerciaux qui avaient jalonné le genre durant cette année au cru exceptionnel, avec des opus comme Oblivion, Star Trek into Darkness, Man of Steel, Ender’s Game, Riddick ou After Earth.
Gravity, concept génial d’un film en apesanteur
Le concept de nous plonger dans l’espace, en apesanteur, avec seulement deux protagonistes pendant 1h30 (durée particulièrement courte et donc audacieuse pour pareil grand spectacle à destination des salles Imax), relevait du défi. A priori, le script ne pouvait offrir que peu de rebondissements tant les partis pris dramatiques et psychologiques étaient posés comme exigus dans l’immensité spatiale où dérivent Sandra Bullock et George Clooney, à la suite d’un accident survenu lors de la réparation d’un satellite. Une pluie de débris volants tournoyant à toute vitesse autour de notre globe les propulse tous les deux loin de leur station spatiale, dans l’infiniment grand, à la fois si loin et si proches de la Terre dont ils peuvent toutefois contempler la beauté: les heures passant insufflent à notre astre un caractère poétique évident (le coucher de soleil crépusculaire…).
Deux protagonistes dans l’agonie d’un naufrage sidéral
Livrés à un exercice de survie insolite, dont, sur le papier, on n’imagine pas les périls et péripéties, les deux protagonistes deviennent des satellites en perte de contrôle, alors que menace toujours le retour de cette pluie de déchets aériens, prête à déchiqueter tout corps se présentant sur leur passage… En gravité, sans accroche, ils deviennent des marionnettes qui ont perdu le fil du grand prestidigitateur qui a coupé les liens avec son engeance. Livrés à leur seule persévérance pour s’extirper de ce naufrage sidéral sans issue apparente, les personnages de Gravity affirment leur caractère dans des combinaisons qui pourraient au premier abord les déshumaniser, mais qui les met à nue dans leur vulnérabilité quasi fœtale.

© 2013 Warner Bros. Ent. All Rights Reserved
Alfonso Cuarón, désormais cinéaste immense (on lui doit le meilleur Harry Potter, le numéro 3, qui a donné un sens artistique à la saga, mais aussi le film d’anticipation humaniste Les fils de l’homme) s’intéresse principalement au personnage féminin, interprété par Bullock. Pour sa première sortie dans l’espace, la docteure endeuillée qu’elle incarne, est ainsi livrée à ses propres démons qui tendraient à la faire céder à la fatigue et à la mélancolie. Son deuil impossible vient accentuer le grand vide ressenti par son personnage qui soudainement perd pied, condamnée à flotter en pesanteur au-dessus de nos têtes à l’infini. L’une des scènes les plus spectaculaires, probablement unique dans l’histoire du cinéma, alors que le spectateur est plongé dans une immersion totale (aucun plan terrestre, réduction radicale du nombre de personnages, recours à une 3D enivrante, bande-son hypnotique avec bande-originale émotionnelle épique), met en scène l’espace en train de s’effondrer sous nos yeux, aspirant le peu de matière qui flottait à l’écran.
Sandra Bullock dans le rôle de sa vie
La perfection faite science-fiction ? Gravity est sans nul doute une œuvre magnifique, qui consacre le vide comme objet ultime de fascination ; elle souligne l’impuissance humaine face à ce nouveau western, indomptable, imprévisible, qui nous resitue dans notre humble finitude. Le choix de Bullock, au physique et à la voix atypiques est peut-être audacieux. Si la comédienne a été révélée dans l’action flick (Speed 1 & 2, c’est surtout dans des rôles comiques qu’elle a fait carrière, principalement aux USA. A contre-emploi, elle est formidable, seule, face à un défi de survie métaphysique qui la fait flirter avec le fantastique lors d’une scène assez surprenante qui pourrait déconcerter.
Aussi grandiose qu’il est, Gravity n’est sûrement pas exempt de menus défauts, mais sa radicalité qui pourrait confiner l’ensemble à un gigantesque exercice de style, fait surtout de ce spectacle l’un des sommets du cinéma en écran large, un thriller spatial où la solitude extrême prégnante de sa poignée de personnages nous renvoie à nos propres méditations, et surtout nous pétrifie face à un suspense entier et viscéral. Du grand art, donc, qui consacre Alfonso Cuarón parmi les plus grands cinéastes du XXIe siècle.

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Le box-office stellaire de Gravity
Avec un budget de 100 000 000$, cette production 2D gonflée au 3D relief, pour satisfaire la mode de l’époque, a su faire de Warner un distributeur comblé : aux USA, la superproduction mélancolique a rapporté 274M$ (7e score annuel) pour un total global de 723M$, soit le 8e résultat annuel. La major pouvait également compter sur Le Hobbit : la désolation de Smaug (960M$) et Man of Steel (668M$) pour satisfaire ses actionnaires.
Gravity sera un succès interplanétaire, avec 70.6M$ en Chine, 45M$ au Royaume-Uni, et 38M$ en France qui s’est illustrée comme le 4e marché mondial, si l’on inclut l’Amérique du Nord.
Sur notre territoire, avec plus de 4 000 000 d’entrées, Gravity s’est hissé à la 6e place annuelle lors d’une année extraordinairement américaine, puisque les 6 premiers films de 2013 étaient tous hollywoodiens. Ainsi, La reine des neiges, Le Hobbit: la désolation de Smaug, Moche et Méchant 2, Iron Man 3, et Dajngo Unchained se retrouvaient au-dessus du film de Cuaron.
Ce score français impressionnant place Gravity devant World War Z (2 444 000), Man of Steel (2 303 000), Elysium (1 517 000), Oblivion (1 331 000), After Earth (1 276 000), Pacific Rim (1 019 000) et Star Trek into Darkness (879 000) pour ne citer que quelques-uns des films de S.F. distribués cette année-là.
Les ventes en DVD, blu-ray et 4K Ultra HD seront stellaires, le projet devenant un manifeste à la gloire de la haute-définition. Fort de 7 Oscars (Meilleur réalisateur, photographie, montage, montage son, mixage son, effets visuels et musique), Gravity sera réédité en blu-ray à peine un an après sa sortie vidéo originale. Depuis, une armada de Steelbooks ont été placés en orbite pour la plus grande joie des collectionneurs.
Les sorties de la semaine du 23 octobre 2013

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