Naviguant à vue entre œuvre intimiste et film à thèse écologiste, Fario ne trouve jamais vraiment le ton juste et finit par ne rien traiter du tout. Quelques scènes plus intéressantes s’immiscent de temps à autre.
Synopsis : Léo, jeune ingénieur brillant et fêtard qui vit à Berlin, doit rentrer dans son village du Doubs pour vendre les terrains agricoles de son père à une entreprise de forage de métaux rares. Il retrouve sa mère, sa petite sœur, ses copains et son cousin, en désaccord avec le projet de mine. Rapidement, Léo observe d’étranges comportements chez les farios, ces truites qui peuplent la rivière. Il se lance alors dans une enquête hallucinée…
Un premier film qui cherche sa voie / voix
Critique : Repérée grâce à deux courts métrages plutôt encourageants, la scénariste et réalisatrice Lucie Prost est parvenue à faire financer son premier long intitulé Fario. Celle-ci a choisi de revenir sur les terres de son enfance puisqu’elle a situé son intrigue dans le Doubs, vers Besançon, ville de sa naissance. Toutefois, le début du long métrage est situé à Berlin afin d’ancrer son film dans un entre-deux mondes où le jeune Léo – interprété avec charisme par le toujours juste Finnegan Oldfield – va devoir constamment tenter de se situer.

© 2024 Folle allure, Yukunkun Productions. Tous droits réservés.
Présenté initialement comme un jeune homme urbain totalement à l’aise dans un milieu festif et cosmopolite, le personnage est appelé à revenir sur les terres familiales. Ainsi, rapidement, Léo est ramené à ses origines paysannes marquées notamment par la détresse du deuil. Dès lors, on apprendra que son père était agriculteur et qu’il s’est suicidé dans sa grange. Cela occasionne une crise personnelle, intime et identitaire chez le jeune homme qui plonge clairement dans un état dépressif exprimé par son impuissance sexuelle.
Et au milieu coule une rivière polluée
Cette situation intime qui explore le deuil, mais aussi qui questionne la place de cette jeunesse désireuse d’évasion, mais aussi de plénitude pouvait largement suffire à construire un film d’auteur personnel et dès lors émouvant. Malheureusement, Fario cumule à peu près tous les défauts du nouveau cinéma français, en abordant une multitude de sujets sociétaux, soi-disant essentiels et qui sont traités sans réelle nuance ou subtilité.
Cela commence avec une interrogation sur la masculinité et le besoin apparemment souhaité par beaucoup de déconstruire l’homme et son rapport aux autres. Ensuite, le malaise paysan est également un sujet très en vogue que l’on retrouve dans de très nombreux films actuels. Mais comme si cela ne suffisait pas, il fallait aussi ajouter une dimension écologique avec la pollution de la rivière par une exploitation minière installée à proximité. Enfin, comme il faut bien tenter de lier le tout, la réalisatrice a recours à une dimension fantastique qui tient de la pure métaphore, avec des truites farios contaminées.
Un film sans ligne directrice
Finalement, Fario veut à la fois être un drame intimiste, un thriller écologiste, un conte fantastique et une exploration des angoisses existentielles de la jeunesse actuelle. Mais en souhaitant aborder tous ces sujets dans un même long métrage de 90 minutes, Lucie Prost s’est condamnée à n’en traiter convenablement aucun. Pas assez personnel pour être émouvant, pas assez tendu pour être un thriller emballant, pas assez surréaliste pour interpeller, le drame s’avère décevant sur quasiment tous les points.

© 2024 Folle allure, Yukunkun Productions. Tous droits réservés.
Cet éclatement narratif trop marqué se retrouve aussi dans l’inégalité de la réalisation. Capable de tourner de très beaux plans dès qu’elle filme la rivière, la nature et les poissons, Lucie Prost est malheureusement moins inspirée lors des séquences dialoguées qui ressemblent parfois à celles d’un téléfilm. L’image, bien que sur support argentique, paraît aussi inégale, avec de beaux plans nocturnes qui bénéficient de la jolie musique électronique de Pierre Desprats, mais aussi des moments bien plus plats lorsque nous sommes au cœur de l’exploitation agricole.
De bons acteurs sauvent en partie les meubles
Toutefois, il faut reconnaître la capacité à choisir et diriger des comédiens de bonne tenue. Comme dit précédemment, Finnegan Oldfield incarne avec justesse ce jeune homme quelque peu perdu et miné par une consommation excessive de drogue (et un thème sensible de plus), tandis que l’on aime beaucoup le personnage interprété par Megan Northam. La mère bénéficie aussi du jeu toujours impeccable de Florence Loiret Caille.
Encore une fois, on aurait aimé que la réalisatrice se contente de ne traiter qu’une seule thématique en l’approfondissant et en la rendant la plus personnelle possible, au lieu de se disperser et de vouloir à tout prix s’inscrire dans un cinéma français « engagé » dont on finit par franchement se lasser. En entrant dans la salle, nous cherchons avant tout à entrer en communion avec la vision originale d’une auteure et ne tenons pas à retrouver sur grand écran les mêmes sujets abordés jusqu’à la nausée à la télévision.
Box-office de Fario
Si Fario n’a pas bénéficié d’une vaste combinaison de salles (une soixantaine sur toute la France), il n’a pas convaincu les cinéphiles qui ne se sont pas déplacés. Démarrant timidement aux alentours de 12 000 entrées lors de sa semaine de sortie le 23 octobre 2024, Fario a ensuite chuté très rapidement et n’a tenu l’affiche que six petites semaines avec un résultat final de 25 202 entrées. Preuve une nouvelle fois que les films présentés comme des œuvres à thèse n’intéressent pas le public et qu’il serait temps que les créateurs français reviennent à un véritable cinéma d’auteur, personnel, original et réellement profond.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 octobre 2024
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© 2024 Folle allure, Yukunkun Productions / Affiche : Le Cercle Noir pour Fidelio. Tous droits réservés.
Biographies +
Lucie Prost, Camille Rutherford, Olivia Côte, Florence Loiret Caille, Finnegan Oldfield, Megan Northam
Mots clés
Cinéma français, Cinéma fantastique français, Les fables écologiques au cinéma, Les thrillers écologiques, Les rivières au cinéma, Le deuil au cinéma