Fanatic : la critique du film (1965)

Thriller, Epouvante-horreur | 1h37min
Note de la rédaction :
7/10
7
Fanatic, l'affiche

  • Réalisateur : Silvio Narizzano
  • Acteurs : Donald Sutherland, Tallulah Bankhead, Stefanie Powers, Peter Vaughan
  • Date de sortie: 21 Mar 1965
  • Nationalité : Britannique
  • Scénariste : Richard Matheson d'après un roman d'Anne Blaisdell
  • Directeur de la photographie : Arthur Ibbetson
  • Compositeur : Wilfred Josephs
  • Distributeur : Columbia Films, uniquement dans le Nord de la France. La date ci-dessus est celle de la sortie britannique.
  • Editeur vidéo : ESC Editions
  • Sortie vidéo (Mediabook) : 3 décembre 2019
  • Format : 1.85 : 1 / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 1965 American International Pictures renewed 1988 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 Sony Pictures Home Entertainment - ESC Editions. Tous droits réservés.
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Thriller efficace qui s’inspire de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, Fanatic bénéficie de l’interprétation magistrale de son duo féminin principal et d’une réalisation très correcte. Une réussite de plus à mettre au crédit de la Hammer.

Synopsis : Patricia Carroll, une jeune américaine, vient en Angleterre pour se marier avec Alan Glentower, mais avant de retrouver ce dernier elle décide d’aller rendre visite à la mère de son ancien fiancé décédé, Stephen Trefoile. Madame Trefoile vit dans un château isolé et délabré avec son domestique excentrique, sa servante malveillante et son jardinier simple d’esprit. Madame Trefoile se révèle fanatique religieuse et enferme dans son château Patricia afin de la purifier…

Fanatic, un thriller Hammer en couleur

Critique : Au début des années 60, le studio Hammer a initié un cycle de thrillers horrifiques qui ont obtenu des fortunes diverses au box-office. Alors que Hurler de peur (Holt, 1961) a connu un franc succès, on ne peut en dire autant du médiocre Maniac (Carreras, 1963). Pourtant, les exécutifs du studio cherchent encore à creuser le sillon en 1965 avec ce Fanatic qui ne ressemble guère aux autres productions maison, de par l’usage de la couleur notamment. Il faut dire que la plupart des artistes de la Hammer sont occupés sur d’autres films et Fanatic est donc confié à des intervenants extérieurs.

Fanatic, la jaquette du Mediabook ESC

© 1965 American International Pictures renewed 1988 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 Sony Pictures Home Entertainment – ESC Editions / Design : Dark Star. Tous droits réservés.

Le scénario, tout d’abord, est donné à l’écrivain Richard Matheson, déjà célèbre pour son roman culte Je suis une légende. Il retranscrit ici un roman d’Anne Blaisdell, romancière spécialisée dans le polar, mais qui n’a que très rarement été adaptée au cinéma. Son livre a intéressé les producteurs car il met en scène une vieille dame qui séquestre et terrorise sa belle-fille. Le sujet ressemble à Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Aldrich, 1962) qui vient de cartonner et a initié un sous-genre du thriller fondé sur le pétage de plombs de dames âgées devenues meurtrières.

Un réalisateur novice confronté à une diva de la scène excentrique

Afin de tourner ce script, la Hammer fait appel au réalisateur canadien Silvio Narizzano qui n’a jamais réalisé de film pour le cinéma, mais a déjà à son actif un copieux catalogue télévisuel. On espère que son expérience lui permettra de tenir les délais d’une production de quelques semaines à peine. Pour le casting, c’est le distributeur américain Columbia qui impose non seulement Tallulah Bankhead, mais aussi la jeune Stefanie Powers. La première est une grande dame de la scène qui n’a jamais vraiment percée à l’écran, mais possède un nom prestigieux, tandis que la seconde est une jeune comédienne sous contrat vue récemment dans Le grand McLintock (McLaglen, 1963) face à John Wayne.

Même si le tournage aux studios Elstree s’est globalement bien passé, on signalera toutefois les frasques de Tallulah Bankhead, diva fortement alcoolisée qui a pris en grippe le réalisateur novice. Contrairement à des articles mensongers de l’époque, Bankhead est par contre devenue amie avec Stefanie Powers. Leur pseudo-rivalité qui a fait les choux gras de la presse people était en réalité montée de toute pièce par le service publicité de la Hammer, histoire de faire parler du film.

Fanatic ou quand le chat s’attaque à une souris récalcitrante

Pour son premier long-métrage, Silvio Narizzano fait preuve d’une belle capacité à créer une atmosphère tendue, tout en parsemant son film de notations humoristiques. Ainsi, le jeu du chat et de la souris qui se met en place entre la vieille dame et sa victime s’avère passionnant de bout en bout. Au passage, le réalisateur fustige l’intolérance religieuse du personnage principal qui s’oppose à la décadence de la société moderne, incarnée par sa prétendue belle-fille. Malin, le scénario de Matheson parvient à renouveler une situation somme toute limitée en multipliant les personnages périphériques dont les motivations paraissent crédibles. On aime particulièrement le rôle de majordome tenu par l’excellent Peter Vaughan, ou encore la présence inquiétante du tout jeune Donald Sutherland, impressionnant en simple d’esprit.

Mais le long-métrage ne serait pas aussi réussi sans les prestations du duo féminin formé par Tallulah Bankhead et Stefanie Powers. La première est tout bonnement grandiose dans un rôle très proche de celui octroyé d’ordinaire à Bette Davis. Complètement folle, la vieille femme est non seulement inquiétante, mais également touchante par sa psychose même. L’actrice, au  physique ravagé par l’alcool, apparaît en parfaite osmose avec le rôle. Face à elle, la jeune Stefanie Powers ne démérite pas et impose un personnage féminin fort, qui ne se résume aucunement à son physique de gravure de mode. La confrontation est donc haute en couleurs.

Un très bon thriller injustement passé inaperçu

Silvio Narizzano, pour son premier film de cinéma, s’inspire également des productions italiennes de l’époque. On trouve notamment trace de l’influence du maître Mario Bava dans la dernière demi-heure, portée par des éclairages bariolés et un certain sens du gothique. Il n’est d’ailleurs pas interdit de voir les cinq dernières minutes comme une échappée fantastique tant l’insistance à montrer le portrait du fils défunt nous pousse à envisager une vengeance d’outre-tombe.

Sorti sans véritable succès au sein d’un double programme en Angleterre, Fanatic a été retitré Die ! Die ! My Darling aux Etats-Unis où il n’a pas eu d’écho non plus. En ce qui concerne la France, le distributeur Columbia Films semble avoir limité sa diffusion au nord de la France, comme l’atteste une affiche réalisée pour l’occasion. Toutefois, il n’y a pas eu de sortie officielle d’une œuvre restée sans aucune exploitation vidéo en VHS. Il a fallu attendre 2019 pour redécouvrir le film en Mediabook dans la collection British Terrors d’ESC Editions paré d’une copie très correcte.

En l’état, on peut aisément classer Fanatic parmi les meilleurs thrillers horrifiques de la firme Hammer, à ranger à côté de l’excellent Hurler de peur.

Critique de Virgile Dumez 

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Fanatic, l'affiche

© 1965 American International Pictures renewed 1988 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.

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