Dream House est un thriller surnaturel par le réalisateur d’Au nom du père, hanté par le rebondissement prévisible et grotesque.
Synopsis : Editeur à succès, Will Atenton quitte son emploi à New York pour déménager avec sa femme et ses enfants dans une ville pittoresque de Nouvelle Angleterre. En s’installant, ils découvrent que leur maison de rêve a été le théâtre du meurtre d’une mère et ses deux enfants. Toute la ville pense que l’auteur n’est autre que le père qui a survécu aux siens
Critique : Au début des années 90, Jim Sheridan était un réalisateur irlandais génial : My left foot, The Field, Au nom du père, puis, plus tard, The Boxer… Autant de jalons dans l’histoire du cinéma britannique qui marquèrent les cinéphiles de l’époque. Aujourd’hui, sa filmographie fléchit ; Dream House est le prototype de produit de studio que l’on file à d’anciens grands noms en fin de carrière.
Pourtant, pour sa première incursion dans le cinéma de genre, Jim Sheridan dirige un casting qui fait envie : Daniel Craig, James Bond charismatique, Naomie Watts et Rachel Weisz, deux des comédiennes les plus douées (et les plus belles) de leur génération… Et même un second rôle pour le Canadien Elias Koteas… On avait donc de quoi être titillé par ce thriller fantastique potentiellement tortueux, habité par d’authentiques talents.
Malheureusement, peu inspiré par le matériau de base, Sheridan est en sous-service. Le cinéaste qui plongeait le spectateur au cœur du chaos dès l’introduction coup de poing d’Au nom du père, chausse ici ses pantoufles et filme ses comédiens à distance. Il ne sait quoi faire de ce casting trois étoiles qu’il sous-emploie, en particulier Naomie Watts, inexistante en voisine aux apparitions espacées et inconséquentes. Il se contente d’insérer les acteurs dans un joli décor d’hiver pour imprégner son film d’un sentiment de surnaturel. Toutefois, dans ce cadre fabriqué de toute pièce, chaque protagoniste manque cruellement d’incarnation et s’agite en vain pour communiquer la montée d’un suspense qu’on peine à ressentir à l’écran.
Le réalisateur tombe ainsi, dès les premiers instants, dans le piège de la fadeur. Son approche de la famille parfaite, telle qu’elle ouvre le film, ne répond à aucune vraie intention artistique, mais à des codes longuets de téléfilm ou de produit vidéo. Il lui faut du temps pour ébranler ces deux parents en les confrontant au terrible secret de la bâtisse où ils viennent d’aménager avec leurs deux petites filles. On découvre ainsi que, quelques années plus tôt, survint sur ces mêmes lieux un triple meurtre familial. Le père joué par Daniel Craig, pourfendeur d’une image patriarcale complètement archaïque, flirte enfin avec la paranoïa, puis la folie tandis que le présumé coupable du massacre originel semble épier son foyer. Est-ce suffisant pour relever notre intérêt ? Non.
Véritable pierre angulaire du film sur lequel le rebondissement central repose, le personnage de Craig (qui a bien du mal à marcher sans afficher une allure de cow-boy un peu déplacée) voit son image héroïque de papa poule troublée par des révélations ineptes que l’on voit venir de très loin et qui échouent à relancer la machine à suspense.
Dream House, l’une des grandes déception de l’année 2011
Le scénario malin auquel on était en droit de s’attendre n’a de cesse de se fissurer en raison d’une absence d’enjeux. On ne croit plus aux personnages et notre empathie à leur égard, y compris dans la peur qui s’esquisse peu à peu, est tout aussi malmenée.
Le bonheur conjugal devenu pur déni psychologico-fantastique, le coup de théâtre devient articulation grotesque, et le script évacue toute noirceur possible pour sublimer une romance surnaturelle à peine crédible.
Toujours en dehors de son histoire, Sheridan peine à croire au projet qu’on lui a confié et ne fait rien pour que les acteurs y croient à sa place. Alors pour les spectateurs, imaginez le naufrage quand en plus, ils sont confrontés à une scène finale clé en main, totalement ridicule, vue quelques centaines de fois. Non, ça, ce n’est pas du Jim Sheridan. D’ailleurs, il a lui-même attaqué la société de production Morgan Creek qui a remonté le film après des re-shots.
Détesté par la presse et conspué par le public, Dream House a à peine réalisé 21M$ aux USA. Le Mexique (2.4M$), la France (2.1M$), l’Espagne (2.1M$), la Russie (2M$) et le Royaume-Ini (1.3M$) suivent dans les limbes d’un box-office qui en dit long sur la qualité de ce projet distribué par Universal aux USA et Warner en France.
Les sorties de la semaine du 5 octobre 2011

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Jim Sheridan, Daniel Craig, Naomi Watts, Elias Koteas, Rachel Weisz, Sarah Gadon, Jane Alexander, Marton Csokas