Lumineux, juvénile, frais, Conte d’été est le meilleur conte des Quatre saisons d’Eric Rohmer. Ce délice du cinéma français des années 90 est porté par le charme immense de Melvil Poupaud, alors grand espoir du cinéma indépendant français.
Synopsis : Un jeune homme qui attend son amie pendant des vacances d’été à Dinard fait la connaissance de deux autres jeunes filles. Entre les trois, le cœur de Gaspard balance-t-il vraiment ?
Critique : Avec 318 000 entrées durant l’été 96, Conte d’été est l’un des plus gros succès d’Éric Rohmer, qui sortait de la déception commerciale du pourtant méritant Conte d’hiver (1992) et de deux entorses à sa série de contes avec L’Arbre, le maire et la médiathèque et l’anthologie des Rendez-vous de Paris. La carrière estivale du film, sur la durée, fut le signe d’un véritable amour du public pour cette promenade dans le verbe, le long des falaises et des plages bretonnes de Dinard…
En tête d’affiche, on retrouvait Melvil Poupaud, jeune premier du cinéma indépendant français, qui connaissait en 96 le premier vrai sursaut d’une carrière déjà très riche pour son âge : Le journal d’un séducteur de Dubroux est un hit quelques mois plus tôt dans les cinémas art et essai, et Trois vies et une seule mort de Ruiz lui permet de côtoyer Marcello Mastroianni, Marisa Paredes ou encore Anna Galiena…
Véritable bain de jouvence pour Rohmer alors âgé de 76 ans, le film s’immisce dans les tribulations sentimentales d’un jeune homme ténébreux, qui fuit les groupes pour mieux se réaliser en solitaire, à la recherche d’un amour romantique d’éternel rêveur. Autour de lui, lors d’un séjour lunaire en Bretagne, tournoient des figures féminines contrastées, à la fois bonne copine ambiguë ou brune tempétueuse… Fantasme de femme, réalité du cœur à l’heure où le jeune étudiant doit envisager la relation amoureuse comme socialement inéluctable… L’initiation du candide romantique est une merveille de dialogues, où l’on sentirait presque les embruns marins sur des plans faussement naïfs, en fait caractérisés par un travail de composition remarquable, où les personnages, magnifiques dans leur jeunesse, viennent poser…
Film de libre expression à la limite parfois du documentaire, pour quelques apartés d’autochtones, Conte d’été voit Rohmer scruter les jeunes adultes sans cynisme ni mélancolie, pour mieux puiser la beauté de cette phase universelle où l’expérience et l’inexpérience viennent se heurter aux inépuisables questions philosophiques inhérentes au bel âge.
Conte d’été est l’un des jalons de la carrière du cinéaste. Moins sombre que le magnifique Conte d’hiver, qui était davantage connoté dans le social, plus accessible que Conte de printemps, et définitivement plus séduisant que le pourtant épatant Conte d’automne, où les interrogations étaient plus matures. C’est sans nul doute l’un des plus beaux jeux d’amour et du hasard que nous a offerts le cinéma français, dans toute sa théâtralité et sa forte consistance cinématographique. Supérieur même au pourtant solide Pauline à la plage, un Rohmer de vacances réalisé 14 ans plus tôt, auquel on ne peut que penser, inévitablement, puisqu’au-delà même du cadre marin, l’actrice principale est la même, Amanda Langlet, pleine de facétie et de promesse. On aurait aimé la voir plus souvent à l’écran.

Affiche : Kilimandjaro, Marc Paufichet. © Les Films du Losange
Encore une galette bien fournie avec un long making-of d’1h30 où l’on voit Rohmer à l’œuvre sur le tournage breton d’un Conte d’été qui lui va si bien. On apprécie énormément l’interview de 10 minutes de Melvil Poupaud, qui revient sur l’approche de Rohmer, la sienne sur le tournage d’un film à la diction littéraire, la réception internationale du film, comment on l’associe aujourd’hui au cinéma du maître. Poupaud est égal à lui-même, sincère, drôle, et toujours avec ce bon esprit qu’on lui connaît.
Si quelques plans sombres peuvent être un peu neigeux, la restauration du film est splendide et sied parfaitement à cet équilibre de couleurs de l’été breton, entre bleu et grisaille… Toute la richesse picturale de l’œuvre en ressort indéniablement. L’esthétique rohmérienne, d’où émane un sens du cadrage et de la mise en scène, ressort grandie de cette expérience. En blu-ray, Conte d’été est tout bonnement une expérience de lumière éternelle…
Rien à redire dans cette restauration sonore, vocalement fluide, des voix qui se portent à la bonne hauteur sans trahir l’aspect faussement documentaire ou amateur du projet. Bref, impeccable, même si l’on est loin des canons des pistes en 5.1 factices !
Éric Rohmer, Melvil Poupaud, Amanda Langlet, Aurélia Nolin, Gwenaëlle Simon

Illustration : Nine Antico – Copyrights Potemkine. All Rights Reserved.