Caniche : la critique du film et le test blu-ray (1979)

Comédie dramatique, Satire, Trash | 1h30min
Note de la rédaction :
7/10
7
Caniche, l'affiche espagnole

  • Réalisateur : Bigas Luna
  • Acteurs : Àngel Jové, Consol Tura
  • Date de sortie: 08 Juin 1979
  • Année de production : 1979
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : Caniche
  • Titres alternatifs : Poodle (titre international) / Piesek (Pologne) / Caninos (Brésil)
  • Casting : Àngel Jové, Consol Tura, Linda Pérez Gallardo (nom fictif attribué au caniche du film), Cruz Tobar, Sara Grey, Marta Molins, Carlos Martos, Miguel Avilés, Werner Delil, Marcel Ibero, Buenaventura Martínez, Manuel Cazorla, Isabel Heredia, Asunción Ruiz, Natalia Soler-Nou, Francisco Rodríguez
  • Scénariste : Bigas Luna
  • Monteur : Anastasi Rinos
  • Directeur de la photographie : Pedro Aznar
  • Compositeur :
  • Cheffe Maquilleuse : Susana Garcia
  • Chef décorateur : Carlos Riart
  • Directeur artistique :
  • Producteur : Pepón Coromina
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : Figaro Films
  • Distributeur : Film inédit dans les salles françaises. La date ci-dessus est celle de la sortie espagnole.
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, en coffret uniquement, 2025)
  • Date de sortie vidéo : 7 octobre 2025
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie :
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Rentabilité :
  • Classification :
  • Formats : 1.78 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals : Festival de Cannes 1979 : Quinzaine des Réalisateurs / Festival du film fantastique d'Avoriaz 1980 : en compétition / Fantasporto 1983 : en compétition officielle
  • Nominations : Fantasporto 1983 : Meilleur film
  • Récompenses : Prix de l'Âge d'or 1981 (Belgique) / Fantasporto 1983 : Meilleur réalisateur pour Bigas Luna et Prix de la critique
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (coffret blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Mercury Films, La Cinémathèque de Toulouse. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse :
  • Tagline :
  • Franchise :
Note des spectateurs :

Satire mordante d’une Espagne en pleine transition, Caniche est une œuvre dérangeante qui assimile humains et animaux dans un même délire pulsionnel. A réserver à un public averti.

Synopsis : Angel et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d’une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent…

Bigas Luna, toujours dans la provocation

Critique : Bigas Luna ne connaît pas encore les bons résultats obtenus au box-office espagnol par Bilbao (1978) lorsqu’il démarre la conception de Caniche (1979). Il choisit de s’inspirer d’une anecdote personnelle racontée par le peintre surréaliste Salvador Dalí pour écrire le pitch de ce nouveau film, toujours très provocateur. Ensuite, il en suggère l’idée à son producteur habituel Pepón Coromina qui choisit de le suivre à nouveau dans l’aventure.

D’ailleurs, Bigas Luna va retrouver ici une grande partie de son équipe de Bilbao. Ainsi, il offre à nouveau le rôle principal masculin à son ami Àngel Jové, tandis que celle qui incarne sa sœur dans le film n’est autre que Consol Tura, la compagne du réalisateur. A eux trois, ils prennent quelques semaines pour construire le scénario du film et développer ainsi les personnages de cet étrange triangle amoureux entre un homme, sa sœur et son caniche.

Un homme, sa sœur, un caniche, plusieurs possibilités…

Avec la même volonté de choquer, Bigas Luna continue à arpenter les terres d’un cinéma trash lié au relâchement de la censure durant la période de transition démocratique faisant suite à la dictature de Franco. Dans Caniche, il aborde donc l’inceste, mais aussi la zoophilie – même si ce n’est pas le premier puisque Eloy de la Iglesia avait déjà tourné La Criatura en 1977 – avec un sens de la dérision certain. Toutefois, comme pour Bilbao, le réalisateur aime mettre le spectateur mal à l’aise en tournant l’ensemble avec un apparent sérieux.

Coffret Bigas Luna, détails

© Artus Films, Mercury Films, La Cinémathèque de Toulouse / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Il utilise pour cela un thème musical récurrent, cette fois-ci de Béla Bartók, qui contribue à créer une ambiance dérangeante. Cette fois-ci, il dispose de moyens supplémentaires et peut réaliser le film en 35mm, lui octroyant une esthétique plus professionnelle et donc moins underground. Si le public s’est beaucoup focalisé sur les deux ou trois scènes choquantes de zoophilie, il faut aller plus loin pour voir en Caniche une analyse bien plus intéressante du bouleversement que connaît alors la société espagnole.

Une métaphore du passage de la dictature à la liberté

Ainsi, lorsqu’au début du film, les deux frère et sœur vivent dans une propriété pauvre et mal tenue en l’attente d’un héritage de leur vieille tante mourante, leur espace confiné peut apparaître comme une métaphore à peine voilée de l’Espagne franquiste, un pays replié sur lui-même et qui masque derrière les murs de leurs maisons des secrets peu avouables. A partir du moment où la vieille tante décède, les deux frangins peuvent enfin habiter une maison cossue, pleine d’objets modernes. Il s’agit ici de l’Espagne de la transition démocratique, entièrement gagnée par le consumérisme et le capitalisme qui déferlent d’un coup sur le pays. Dès lors, la petite harmonie qui existait au sein du triangle amoureux se trouve déséquilibrée, et le drame ne peut qu’intervenir.

L’autre originalité du film est d’avoir humanisé les animaux et notamment le petit caniche Dani (qui a même le droit à un nom d’être humain au générique, à savoir Linda Pérez Gallardo, trait d’humour caractéristique du cinéaste). Finalement, c’est bien ce petit toutou qui est le héros du long métrage, tandis que ses maîtres se comportent avec lui comme des êtres pervers et sans aucune morale. Eux-mêmes finiront comme des animaux, dévorés par leurs pulsions incestueuses, tandis que le petit chien, lui, connaîtra enfin la liberté, à l’image du peuple espagnol.

Tourné avec davantage de professionnalisme que ses films précédents, Caniche multiplie encore les gros plans désagréables afin de créer une proximité embarrassante avec des êtres immondes. Il est en cela un bon exemple d’un cinéma décidément misanthrope. On signalera la belle prestation des deux acteurs principaux, Àngel Jové dans un emploi similaire à celui de Bilbao, et Consol Tura, parfaite en manipulatrice incapable d’assumer ses véritables sentiments envers son frangin.

Un passage par Cannes et Avoriaz, mais sans sortie française à la clé

Sorti en Espagne au mois de juin 1979, après le petit succès de Bilbao, Caniche n’a pas connu le même sort. Certes, il est resté longtemps à l’affiche de quelques cinémas d’art et essai, mais le cumul des entrées fut assez négligeable. Pourtant, le métrage trash a été à nouveau sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 1979 à l’image de son prédécesseur, preuve de l’intérêt suscité par le cinéaste alors débutant.

Par la suite, il a été présenté en compétition au Festival d’Avoriaz 1980 sans recevoir le moindre prix. Cela sera sa seule apparition sur le territoire français puisque le métrage n’a pas trouvé de distributeur chez nous. Comme prix de consolation, Caniche a tout de même reçu le Prix de l’Âge d’or 1981 en Belgique et deux prix récompensant Bigas Luna au Fantasporto de 1983. Désormais, le métrage est disponible dans une très bonne copie au sein du coffret consacré aux premiers films de Bigas Luna par Artus Films.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le coffret DVD / Blu-ray / Livre sur Bigas Luna

Caniche, l'affiche espagnole

© 1979 Figaro Films. Tous droits réservés.

Biographies +

Bigas Luna, Àngel Jové, Consol Tura

Mots clés

Cinéma espagnol, Trash, L’inceste au cinéma, La zoophilie au cinéma, Les chiens au cinéma, Festival de Cannes 1979, Festival d’Avoriaz 1980, Artus Films

Le test du coffret blu-ray

Artus Films nous propose de découvrir trois films de Bigas Luna dans un coffret proposant trois DVD et trois blu-ray contenant Bilbao (1978), Caniche (1979) et Lola (1986), trois œuvres rares et audacieuses à découvrir d’urgence. Test réalisé à partir du coffret définitif.

Packaging & Compléments : 5 / 5

Le coffret à l’esthétique sobre contient un superbe digipack qui s’ouvre en quatre volets, illustrés par les affiches espagnoles des trois films. Le tout contient les six galettes (trois DVD et trois blu-ray). Enfin, le coffret comprend un excellent livre écrit par Maxime Lachaud intitulé Bigas Luna, La période noire (1977-1987). Richement illustré, le livre de 96 pages est introduit par une rapide biographie de l’artiste, avant que l’auteur se livre à une analyse complète et très éclairée de l’œuvre du cinéaste.

Maxime Lachaud insiste notamment sur toutes les références picturales d’un réalisateur qui n’a pas fait d’école de cinéma et dont les références sont plutôt à chercher du côté des grands peintres. Grâce à une iconographie parfaitement intégrée au texte, le propos est limpide et d’une profondeur rare dans le domaine de l’analyse cinématographique. De plus, le livre ne fait aucunement doublon avec les bonus vidéo, mais vient offrir au contraire un approfondissement très pertinent. Un grand bravo pour ce très beau travail analytique.

Ensuite, chaque film dispose de présentations dédiées par Eric Peretti, puis le critique espagnol Santiago Fouz Hernandez. Sur la galette de Caniche, Eric Peretti (11min) est un peu en manque d’informations sur la création du film malgré des recherches effectuées dans la presse espagnole de l’époque. Il nous offre en tout cas le fruit de ses découvertes et revient également sur l’anecdote de Salvador Dalí. L’entretien avec Santiago Fouz Hernandez (12min) rappelle certains éléments déjà évoqués précédemment, mais il approfondit aussi quelques éléments d’analyse.

Enfin, reste à consulter un diaporama d’affiches et de photos.

L’image du blu-ray de Caniche : 4 / 5

Le film étant réalisé avec plus de moyens, l’image est de meilleure qualité que sur Bilbao. Ici, nous avons donc le droit à une véritable copie blu-ray, avec une bonne définition, une belle fluidité des images et des couleurs plutôt chatoyantes, notamment dans la deuxième partie où certains plans imitent les toiles de David Hockney. Le tout est donc fort appréciable.

Le son du blu-ray de Caniche : 4 / 5

Caniche n’étant pas sorti dans les salles françaises, l’unique piste sonore est en version originale sous-titrée mono. Le rendu, assez frontal, est plutôt probant et nettement supérieur à la piste entendue sur la galette de Bilbao. Les dialogues sont judicieusement mis en avant, tandis que la musique se fait plus discrète en arrière-plan. Le tout bénéficie d’un bon équilibre.

Test blu-ray : Virgile Dumez

Bigas Luna, coffret Artus

© Artus Films, Mercury Films, La Cinémathèque de Toulouse / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

x