Western au script sérieux et alambiqué, Black Killer est un pur film d’exploitation italien, avec ses excès, ses dérives et ses menus plaisirs. Ni le meilleur, ni le pire dans le genre.
Synopsis : La ville de Tombstone vit sous la terreur des cinq frères O’Hara, qui oppriment et rançonnent les habitants. Après les meurtres des neuf derniers shérifs, le juge Wilson envoie sur place quelqu’un pour arrêter ce massacre. L’avocat James Webb arrive en même temps que le jeune Burt Collins, qui, après avoir montré ses qualités de pistolero, devient le nouveau shérif. Les frères O’Hara, gênés par sa présence, décident de lui donner une leçon. La vengeance du shérif de Tombstone sera impitoyable.
Un western sérieux qui souffre d’un budget rachitique
Critique : A l’aube des années 70, le western spaghetti entame une mue inexorable qui l’entraîne vers la parodie ou la tentation du gadget, tandis que les mêmes histoires sont recyclées ad nauseam. Avec Black Killer rien de bien nouveau sous le soleil du bis rital si ce n’est une intrigue un peu plus tortueuse que d’habitude, un certain sérieux qui ne se laisse aller que très rarement à la gaudriole et la réintroduction du peuple indien, assez peu représenté dans le cinéma italien d’époque.
Second western réalisé par l’acteur Carlo Croccolo, Black Killer souffre assurément d’un manque cruel de moyens, ce qui se voit par la pauvreté des décors – souvent masqués par des rideaux destinés à habiller l’image – et le peu de paysages naturels filmés. Film à l’intrigue quasiment policière, Black Killer est donc davantage une œuvre d’intérieur qui se déroule au cœur d’un saloon, mais aussi chez un juge que l’on imagine très vite corrompu, ou encore dans une cabane nichée au cœur de la montagne.
Des fusillades et des donzelles peu vêtues
Tourné à l’arrache, parfois de manière très maladroite avec des mouvements saccadés à l’épaule, Black Killer est en réalité un pur film d’exploitation qui ne s’embarrasse pas de demi-mesure. Afin de satisfaire le chaland qui a payé sa place, le réalisateur lui en met plein la vue avec des exécutions nombreuses – ça tire à tout-va – et une exposition incessante de beautés féminines dévoilées sans pudeur. La belle Marina Rabissi est ainsi exposée dans toute sa nudité à plusieurs reprises, de manière totalement gratuite par rapport à l’histoire. Enfin, le spectateur retrouve une fois de plus la séquence de chemin de croix du héros qui doit assister impuissant au massacre de son frère et au viol – collectif s’il vous plaît ! – de sa squaw. Racoleur, certes, mais également efficace.
Autrement, le script est loin d’être un modèle de cohérence et on peut regretter que Klaus Kinski soit sous-employé. Comme l’acteur écope d’un rôle de manipulateur, il passe la plupart de son temps à observer les autres depuis une fenêtre, en rabattant notamment les rideaux dont nous parlions précédemment. La métaphore du Deus ex Machina n’est pas fine, mais a le mérite d’exister au cœur d’une œuvre assez alambiquée dont le mystère principal tient dans les liens entretenus par l’avocat incarné par Kinski et le pistolero joué mollement par Fred Robsahm.
La musique et les acteurs compensent en partie les faiblesses du script
Porté par un thème musical plutôt emballant de Daniele Patucchi (Au pays de l’exorcisme de Lenzi ou encore Les bêtes féroces attaquent de Prosperi), Black Killer n’est donc pas une référence du genre à cause de moyens limités et d’un script pas toujours maîtrisé. Il n’en demeure pas moins une bonne surprise dans un genre qui a livré un nombre conséquent de nanars devenus peu consommables. Celui-ci bénéficie de quelques séquences fortes et d’une prestation globalement satisfaisante de l’ensemble du casting.
Sorti dans l’indifférence générale au mois de mai 1973, soit deux ans après sa réalisation, Black Killer n’a pas fait d’étincelles en salles en France avec 57 633 entrées sur tout le territoire national et 10 640 entrées à Paris où il est sorti en exclusivité à la Cigale et au Concordia une petite semaine. Le long-métrage est ensuite réapparu en DVD chez le défunt éditeur Neo Publishing, en 2006
Critique de Virgile Dumez
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