Envoûtant à plus d’un titre, Atlantis est un voyage sensoriel en milieu marin, un superbe ballet aquatique, malgré quelques chutes de rythme qui ont pu nuire à sa carrière en salle. L’ensemble demeure encore aujourd’hui une expérience unique et audacieuse.
Synopsis : Luc Besson dit d’Atlantis que c’est sa ville, son rêve, le rêve d’un homme devenu poisson. Les êtres humains n’y ont pas place et seule règne la beauté des fonds ou évoluent par centaines dauphins et requins, accompagnes par la musique d’Éric Serra.
Critique : Sorti en grande pompe durant l’été 1991, Atlantis a souvent été présenté comme un prolongement du Grand bleu (1987) qui a marqué une génération entière. Grave erreur de promotion lorsque l’on sait que le but de Besson était de réaliser en réalité une sorte de ballet aquatique, réservé aux amoureux de la mer et de la nature. S’ensuivit une relative contre-performance au box-office qui a plongé le film dans un terrible purgatoire, faisant aujourd’hui de lui le long-métrage le moins connu de son réalisateur. Le public d’alors, peu habitué à voir des films animaliers dépourvus de commentaires, a été surpris et profondément ennuyé par ce qui peut apparaître comme un pur plaisir pour Luc Besson, sincère amoureux de la nature (rappelons qu’il a plus récemment produit Home de Yann Arthus-Bertrand, mais aussi distribué The Cove et que sa saga enfantine Arthur contient de nombreux messages écologiques). En cela, Atlantis peut être vu comme un hommage aux œuvres animalières de Frédéric Rossif où la musique de Vangelis enrobait des images de toute beauté, ou bien apparaître comme le précurseur des productions de Jacques Perrin (Le peuple migrateur pour n’en citer qu’un).
Si le début d’Atlantis accuse un léger manque de rythme qui fait craindre l’ennui, à cause notamment du ballet des dauphins un peu trop long, le cinéaste parvient sans peine à redresser la barre grâce à quelques séquences miraculeuses. Ainsi, Besson trouve un véritable état de grâce lors du passage avec la raie manta, sur fond d’air d’opéra de Bellini chanté par Maria Callas. Il capte alors totalement nos sens et les séquences suivantes ne font que confirmer l’heureuse interaction entre les images et la superbe musique d’Éric Serra. A noter que la partition de ce dernier mérite amplement une redécouverte attentive.
Effectivement, elle a souffert à l’époque de la comparaison avec celle du Grand bleu, plus cohérente et accessible au premier abord, mais elle réserve toutefois dans Atlantis de purs moments de magie (la scène hallucinante d’efficacité des requins en particulier). Débarrassé de toute forme de scénario, ce long-métrage expérimental n’a donc d’autre but que d’ensorceler le spectateur amoureux de la nature en le plongeant dans un milieu où l’apesanteur semble abolie. Malgré quelques chutes de rythme, Atlantis est une audacieuse proposition de cinéma qu’il serait dommage de snober.
Critique de Virgile Dumez

© Gaumont
Quand Atlantis plonge dans les salles françaises, Luc Besson sabre le champagne. Nikita, alors en 78e semaine d’exploitation à Paris, vient de franchir le million d’entrées. Le thriller avec Anne Parillaud, distribué par Gaumont un 14 février 1990, aura mis beaucoup plus de temps que Le Grand Bleu pour y parvenir (16 seulement pour ce dernier), mais quel succès. De quoi donner de l’entrain à Gaumont et Luc Besson à la sortie d’Atlantis, ce 21 août 1991. Durant l’été, Nikita avait assailli les villes françaises lors d’une reprise estivale, mais dans la capitale, le film n’avait jamais disparu.
A Paris, Atlantis s’immerge dans 38 salles prestigieuses, dotées des meilleurs attributs techniques. Peu de concurrence face à lui si ce n’est Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur, avec Bruce Willis, dont on sait déjà qu’il n’ira pas loin de par son échec américain. Le documentaire Gaumont ouvre à 13 125 spectateurs pour son premier jour contre 10 335 pour Bruce Willis super star.
A l’issue de cette première semaine, le film sans paroles, si ce n’est celles de Vanessa Paradis sur un morceau chanté, ne parvient aucunement à détrôner Robin des Bois avec Kevin Costner méga star qui s’assoit au sommet pour une troisième semaine consécutive. Atlantis suit en 2e place, avec 84 801 spectateurs, avec de très beaux chiffres en intramuros, dont 17 778 au Grand Rex et 9 718 au Kinopanorama, deux écrans renommés pour leur dimension. Bruce Willis se positionne en 3e place, avec 63 871 entrées.
A l’échelle française, la deuxième place revient également à Besson. Mais après le phénomène du Grand bleu aux 9 millions d’entrées, l’analogie entre les deux films (la mer, les dauphins, la musique de Serra) laissait entrevoir de meilleurs chiffres. Exploitants et distributeur se mettent à rêver d’un phénomène sur la durée… qui ne viendra pas.
Pour sa 3e semaine, Atlantis doit se frotter à la sortie nationale de Point Break Extrême Limite. Le charisme de Keanu Reeves et de Patrick Swayze importe plus aux yeux du public. Les surfeurs masqués disposent d’un fan club de 85 904 entrées en première semaine parisienne (41 salles) quand Atlantis chute à 61 390 (-27%), dont 12 493 au Rex.
La capacité de Luc Besson à se bâtir un bouche-à-oreille exceptionnel fait défaut à Atlantis. Et l’hebdomadaire pour professionnels Le Film Français de commenter sa baisse en 3e semaine (-25%) “on a beau se dire que les carrières des films de Besson ne ressemblent à aucune autre, celle d’Atlantis semble prendre un chemin classique” (N°2367, 13 septembre 1991). Si Robin des Bois conserve pour sa 5e semaine la pôle position, le ballet aquatique de Besson perd deux places, forcé à courber l’échine par l’apparition de Jamais sans ma fille (71 975), Boyz’n The Hood (70 532)…
En 6e semaine, Atlantis sonde les fonds-marins, avec 7 581 entrées dans seulement 3 salles. Plus aucun cinéma de banlieue ne le diffuse, et le Rex qui a participé à la gloire légendaire du Grand bleu en est réduit à 4 355 spectateurs. Probablement en raison d’un accord de diffusion, le temple des Grands Boulevards le gardera à l’affiche 9 semaines. Ses 696 entrées ne sont plus viables. D’ailleurs pour sa dernière semaine de diffusion, l’armée marine de Besson a été rétrogradée dans une petite salle du sous-sol pour laisser place au monstre Terminator 2 qui s’accapare 33 000 parisiens au seul Grand Rex.

Une coproduction italienne bénéficiant d’une affiche exceptionnelle en Italie. Distributeur local : Medusa – Copyrights : CG Group Tiger CIN CA, Gaumont, Gaumont Productions. © CGEE 1991. All Rights Reserved.
Gaumont, à la production et à la distribution dans cette affaire, essaiera de garder Atlantis le plus longtemps possible, notamment au Gaumont Parnasse, c’est-à-dire 13 semaines, mais avec 471 spectateurs pour sa dernière semaine de diffusion, il faut laisser le documentaire rejoindre le cimetière marin. 254 759 plongeurs s’y seront laissés tenter, sans visiblement manifester l’enthousiasme attendu.
1991 qui fut une année noire pour la production française n’aura pas pu compter sur Atlantis de Luc Besson qui devra se satisfaire de 1 070 271 entrées. Au moins, le nabab du cinéma français se consolera de ce million qu’il ratera rarement dans sa carrière (Le dernier combat, Dogman, The Lady, Anna, Angel-A, et Malavita, soit 6 films contre 13 films souvent multi-millionnaires). Par la suite, Besson abandonnera la mer pour un projet en anglais qui fera la conquête du monde et révèlera la jeune Natalie Portman, dans un certain Léon…
Box-office par Frédéric Mignard

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