Athena : la critique du film Netflix (2022)

Drame, Action | 1h39 min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Athena, affiche du film Netflix

  • Réalisateur : Romain Gavras
  • Acteurs : Alexis Manenti, Anthony Bajon
  • Date de sortie: 23 Sep 2022
  • Date de diffusion sur Netflix : A partir du 23 septembre 2022
  • Année de production : 2022
  • Nationalité : Français
  • Acteurs : Alexis Manenti, Anthony Bajon, Birane Ba, Dali Benssalah, Guy Donald Koukissa, Karim Lasmi, Mehdi Abdelhakmi, Ouassini Embarek, Radostina Rogliano, Sami Slimane, Tarek Haddaji
  • Titres originaux : Athena
  • Titres alternatifs : Atenea (Espagne, Mexique), 雅典娜 (Taiwan), 아테나 (Corée du Sud), อเธน่า (Thaïlande)
  • Scénaristes : Elias Belkeddar, Romain Gavras, Ladj Ly
  • Compositeur : Surkin sous le nom de Gener8ion
  • Directeur de la photographie : Matias Boucard
  • Producteurs : Charles-Marie Anthonioz, Mourad Belkeddar, Jean Duhamel, Romain Gavras, Nicolas Lhermitte, Ladj Ly, Bruno Vatin
  • Société de production : Iconoclast
  • Plateforme de diffusion : Netflix
  • Récompenses et Festivals : Sélection officielle du festival de Venise 2022 (Prix Unicef, Arca CinemaGiovani Award / Prix de la jeunesse)
  • Crédit photo : Courtesy of Netflix
  • Crédit : Netflix
  • Classification : 16+ (auto-classification par Netflix, non soumise au CNC)
Note des spectateurs :

Présenté à Venise, Athena de Romain Gavras est une production Netflix qui a la puissance d’un film de cinéma. Sensorielle, violente, cette œuvre forte ne peut laisser insensible, même si son message dérange.

Synopsis : Rappelé du front à la suite de la mort de son plus jeune frère, décédé des suites d’une prétendue intervention de police, Abdel retrouve sa famille déchirée. Entre le désir de vengeance de son petit frère Karim et le business en péril de son grand frère dealer Moktar, il essaye de calmer les tensions. Minute après minute, la cité Athena se transforme en château fort, théâtre d’une tragédie familiale et collective à venir. Au moment où chacun pense avoir trouvé la vérité, la cité est sur le point de basculer dans le chaos…

Critique : Netflix a fait un énorme travail de promotion autour d’Athena, puisque cette œuvre de cinéma, transformée en direct-to-SVOD, a été promise à Venise, en sélection officielle, et les affiches ont longtemps arboré les espaces publicitaires de la capitale, comme pour une authentique sortie destinée aux salles. Bien en a pris à la plateforme, il s’agit pour elle, vraisemblablement, de son meilleur émissaire de grand écran. Mais le contexte de diffusion d’Athena est particulier. Inadmissible ou courageuse, certains s’entredéchireront.

Athena assène la haine et le chaos dans un climat compliqué

Le troisième long métrage de Romain Gavras, après le raté Notre jour viendra et le truculent Le monde est à toi, est ainsi diffusé en France lorsqu’une certaine chaîne de débats en continue joue l’outrance sur l’insécurité en permanence en ciblant une catégorie de la population. Un débat sur « la police tue » gangrène les médias. C’est par ailleurs le sujet même d’Athena. La même année, un candidat surmédiatisé à la présidentielle se ramasse lamentablement au suffrage universel mais, parallèlement, un parti d’extrême droite compte près de 90 députés à l’Assemblée Nationale. Une première historique. Un peu plus tôt, une fausse polémique a été ouverte sur BAC Nord de Cédric Jimenez taxé de tract pour le Rassemblement National. Et dans une société en guerre contre la violence faite aux femmes, un féminisme radical dénonce le virilisme et la brutalité de « l’homme » qui « tue » ; bref, à peu près tout ce que représente ce Athena gorgé à la testostérone agressive, où la réflexion est inexistante, puisque c’est l’instinct primaire de la vengeance et de la haine qui transpire pendant toute la projection.

Athena de Romain Gavras

Courtesy of © Netflix

Dans ce climat de contradiction française, Romain Gavras a du mal à asséner un discours politique fort sur une longue partie du film. Rien de tout ce qu’il montre à l’écran n’a vraiment d’épaisseur psychologique et le naturalisme de la cité qui craque est réduit aux stéréotypes de féroces jeunes gens, d’une religion prégnante et de femmes réduites au statut de mères et de sœurs. Cela ne favorise pas l’empathie envers des personnages ravagés par la haine, éternelle référence cinématographique dans le genre de films d’émeutes urbaines en France. La fin se rattrape.

Romain Gavras va-t-il trop loin?

Sans vrai discours autre que sa fascination pour le macrocosme des banlieues grises qui transpire dans toute son œuvre, Romain Gavras veut livrer une tragédie antique sur le bitume d’un monde avec foi et sa propre loi, dont il maîtrise parfaitement les codes. Il attribue, dans le chaos de l’action, des étiquettes floues sur les victimes et les agresseurs, les traitres et les justiciers, et c’est tout à son honneur de laisser de l’ambiguïté. Mais la chute très politique, dont on ne partagera pas le discours, laisse dubitatif. Va-t-il trop loin? Sûrement. Mais en tant que cinéaste, il en a le droit. On ne le lui retirera pas.

Sur un plan purement cinématographique, Athena confirme qui est le fils de Costa-Gavras, un pyromane de l’image et du son qui impressionne par son talent. Avec sa maestria et sa fluidité de clippeur (le vidéo-clip Stress, pour le groupe électro Justice), Romain Gavras brille dans son western urbain belliqueux, un uppercut guerrier à la tension permanente qui ravive les souvenirs de 71′ de Yann Demange. Sa mise en scène de l’embrasement impressionne et explose les canons des productions Netflix. Gavras déborde de talent, ce qui rend cette immersion dans la haine et le chaos d’une efficacité effroyable.

Oui, c’est d’une virilité agressive, oui c’est d’une ambiguïté à faire frémir Elisabeth Levy, oui c’est chichiteux dans sa musique aux chœurs célestes, mais au moins, Athena est un concentré de cinéma que l’on ne voit plus nulle part, du film qui atomise à lui seul 99% de la production de Netflix. Dans un 7e Art consensuel où l’on évite la polémique, l’auteur adroit impose sa loi et va jusqu’au bout de ses idées. Même si on ne les partage pas, son pamphlet a le mérite d’exister et fait mal.

Frédéric Mignard

Voir sur Netflix

Les films Netflix sur Cinédweller

Les sorties de la semaine du 21 septembre 2022

 

Netflix Originals

© Netflix


Athena, affiche du film Netflix

© Netflix, Iconoclast

Trailers & Vidéos

trailers
x
Athena, affiche du film Netflix

Bande-annonce d'Athena

Drame, Action

x