American Pastoral, adaptation du best-seller de Philip Roth, suinte la littérarité, au risque d’une structure lambine et déséquilibrée. Mais quelle histoire magnifique !
Synopsis : L’Amérique des années 60. Autrefois champion de sport de son lycée, Seymour Levov, dit « le Suédois », est devenu un riche homme d’affaires marié à Dawn, ancienne reine de beauté. Mais les bouleversements sociopolitiques de l’époque font bientôt irruption dans la vie bourgeoise, en apparence idyllique, de Seymour. Lorsque sa fille adorée, Merry, disparaît après avoir été accusée d’acte terroriste, il part à sa recherche pour que sa famille soit de nouveau unie. Profondément ébranlé par ce qu’il découvre, il doit affronter le chaos qui secoue la société américaine et jette les bases d’un nouveau monde. La vie de famille ne sera plus jamais la même…
Critique : Moins un pamphlet anti-américain qu’une véritable mise en lumière des heures sombres d’une Amérique pourtant en proie à l’euphorie et à l’optimisme de l’après-Guerre et des Swinging Sixties, Pastorale Américaine, Prix Pulitzer de la fiction en 1998, devenu aujourd’hui film, se promène au gré des décennies fastes d’une Amérique dominante.
Peu à peu, la narration complexe efface le sourire radieux d’une famille presque parfaite : un jeune couple qui va connaître tristesse et désarroi face à l’évolution chaotique de leur seule enfant, qui bégaye dans son apprentissage. Rapidement, le trouble langagier devient annonciateur d’une rébellion irrationnelle, signe de maux et troubles psychologiques eux-mêmes révélateurs de l’arrière-plan social et culturel d’une Amérique face à son Histoire (lutte pour les droits civiques et manifestations anti-Vietnam).

Distributeur : Mars Films. © 2016 Lionsgate, Lakeshore Entertainment Productions LLC. Tous droits réservés.
Avec enthousiasme, Ewan McGregor, acteur mais surtout réalisateur, plonge dans la littérarité du roman, dont il essaie de faire vivre la narration et d’appliquer à l’écran l’intensité des décors peints. La texture de l’image est plus littéraire que cinématographique, dans chaque plan somptueusement conçu, au détriment d’une technicité de réalisation qui peine à être autre chose qu’une suite de tableaux métaphoriques, dans lesquels le spectateur aimera se blottir.
Vénéneux, trouble, subversif, le film multiplie les idées malaisées pour vicier l’image d’une Amérique radieuse, aussi belle que le visage intemporel de Jennifer Connelly, qui a suivi le projet plus de huit ans avant le début du tournage. American Pastoral fomente des plans socialistes, communistes, terroristes : des desseins bien sombres contre ses protagonistes voués à une autodestruction innée.
Avec une dernière partie volontairement exsangue dans le rythme, située dans les limbes ténébreuses d’une existence brisée, American Pastoral prend le risque de s’aliéner les spectateurs habitués au classicisme des œuvres à statuettes, sans pour autant avoir un vrai point de vue personnel à apposer au regard effroyable de Philip Roth.
Fort d’un roman originel en béton pour cimenter sa trame, American Pastoral, le film, n’en demeure pas moins une œuvre riche et passionnante, qui rappelle la primauté du matériau littéraire sur l’objet filmique, aussi bon soit-il.
Box office d’American Pastoral
Véritable flop mondial, American Pastoral n’a pas été le film à Oscars tant espéré. Les critiques américaines sont froides depuis sa présentation à Toronto en septembre 2016 et dans différents festivals indépendants à travers le pays.
Budgété à 10M$, la fresque pavillonnaire réalise 544 000$ en Amérique du Nord sur un circuit initial à 50 écrans qui n’ira jamais au-delà des 70 salles. Et pour cause, la construction du buzz autour de ce projet subversif ne se fera pas. Au fil de ses 6 semaines d’exploitations, ses recettes s’effilochent.
Dans le monde, seule l’Italie s’y intéresse avec 817 000$ de recettes, devenant le premier marché au monde de cette production Lionsgate et Lakeshore. La France est son 5e marché avec un score dérisoire : 99 399$. Le distributeur français Mars le propose 3 jours avant le passage à l’an 2017, deux mois après la sortie étatsunienne. Mars Distribution en difficulté ne sera plus de ce monde trois ans plus tard.
A Paris, sur 11 écrans, le drame réalise 9 352 entrées en première semaine, puis s’effondre à 4 964. Enfin, ce sont 504 spectateurs franciliens qui s’y essaient sur une dizaine d’écrans. Pour sa quatrième semaine, la réalisation d’Ewan McGregor se contente de 6 spectateurs au Galande pour un total désastreux de 14 826 Parisiens. Le reste de la France ne fait pas mieux, multipliant par deux ces résultats. Ce sont 29 279 spectateurs qui auront découvert cette adaptation ambitieuse au cinéma. Autant dire que la plupart des Français n’ont jamais entendu parler de cette production. Nonobstant, TF1 Studio lui fera une petite place en DVD et Blu-ray durant le printemps 2017
Les sorties de la semaine du 28 décembre 2016

Distributeur : Mars Films. Affiche : Le Cercle Noir – © 2016 Lionsgate, Lakeshore Entertainment Productions LLC. Tous droits réservés.
Biographies +
Ewan McGregor, Dakota Fanning, David Strathairn, Molly Parker, Jennifer Connelly