Achoura : la critique du film (2022)

Epouvante, horreur | 1h32min
Note de la rédaction :
5.5/10
5.5
Achoura, affiche originale par Aleksi

  • Réalisateur : Talal Selhami
  • Date de sortie: 02 Sep 2022
  • Année de production : 2018
  • Nationalité : Français, Marocain
  • Titre original : Achoura, la nuit des enfants
  • Titres alternatifs : Achoura (International, Vidéo France)
  • Scénaristes : Jawad Lahlou, David Villemin, Talal Selhami
  • Acteurs : Sofia Manoucha, Younès Bouab, Omar Lotfi, Moussa Maaskri, Ivan Gonzales
  • Directeur de la photographie : Mathieu De Montgrand
  • Monteur : Julien Foure
  • Compositeur : Romain Paillot
  • Chef Maquilleur : Odet Barrière
  • Superviseur effets spéciaux & animatronique : : Jean-Christophe Spadaccini
  • Chef maquilleur SFX : Denis Gastou
  • Monteur son, mixage & sound design : Nikolas Javelle
  • Producteurs : Lamia Chraibi, Talal Selhami
  • Sociétés de production : Moon & Deal Films, Orange Studio, Overlook Films en coproduction avec Black Lab VFX (Effets visuels), World in Progress Films (participation)
  • Distributeur : Inédit en salle
  • Editeur vidéo : Le Chat qui Fume (blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Précommande (2/09/2022), Sortie décembre 2022
  • Box-office France / Paris-Périphérie : Inédit en salle
  • Classification : Inédit en salle
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleur (DCP) / 5.1 (Arabe, Français)
  • Festivals et récompenses : PIFFF 2018, NIFFF 2019, Mention spéciale à Sitges 2019 , Golden Razor Blade au HARD:LINE Film Festival (2019), Brussels International Fantastic Film Festival (2019)
  • Illustrateur / Création graphique : © Aleksi Briclot. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2019 Overlook Films, Moon & Deal, Orange Studio. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Achoura est une coproduction franco-marocaine généreuse et méritante, malgré un scénario banal et des défauts inhérents aux petits budgets.

Synopsis : Quatre gosses jouent à se faire peur et se rendent dans une demeure condamnée, réputée maudite. L’un d’eux disparaît dans des circonstances mystérieuses. Les trois survivants refoulent le souvenir de ce qui a bien pu se passer, jusqu’à ce que Samir ne ressurgisse 25 ans plus tard. La bande recomposée va devoir se confronter à son passé.

Critique : Vous aimez le folklore marocain (les djinns et autre magie noire), Achoura est peut-être un film pour vous. Au premier abord. Authentique production de genre marocaine, financée essentiellement localement, avec des aides françaises (notamment le CNC, Orange qui s’occupent des ventes mondiales), Achoura plonge les spectateurs au lendemain d’une fête religieuse, Achoura, et un monstre de l’imaginaire arabe revisité à la sauce occidentale (le Mimic de Del Toro notamment a servi de référence au design du djinn).

Achoura, du cinéma marocain à la sauce occidentale

Néanmoins, Achoura ne ressemble en rien à un film marocain. Les décors – et le film a été tourné presque intégralement au Maroc -, n’ont pas le cachet exotique que l’on attendrait d’une production de cette région du Maghreb. Les paysages verts et les différents décors naturels ou les intérieurs ont une qualité quasi universelle qui correspond à un désir du cinéaste franco-tunisien d’épouser un genre qu’il adore et dont on ressent des influences qui sont aussi celles  des spectateurs américains ou européens.

C’est à la fois une démarche originale et inattendue, mais aussi une faiblesse. Tout d’abord, il est toujours formidable de découvrir des déclinaisons d’un genre que l’on ne connaît que trop bien en provenance de cinématographies que l’on connaît moins bien. Du Maroc, on connaît essentiellement des œuvres d’auteur qui évoquent la situation du pays, la famille, la religion, la société… Talal Selhami pour sa part n’est pas dans cette approche. Son film est commercial, avec un rythme satisfaisant, une narration riche en moments de fantastique et d’épouvante, et surtout des tonnes d’effets spéciaux (animatronique, maquillage, CGI) et une musique orchestrale très élaborée qui sort sa série B des conventions de ce type de cinéma.

Un hommage trop appuyé à Stephen King

La limite de cette approche, c’est évidemment un traitement trop référentiel vis-à-vis du cinéma américain, et notamment des mythes populaires nordaméricains. Le sujet semble en fait se contenter d’une relecture du It de Stephen King, avec le trauma de quatre enfants qui se retrouvent une vingtaine d’années plus tard pour percer l’abcès. Ce parallèle est d’autant plus gênant que nous avons dû subir un remake  du roman de Stephen King il y a quelques années. Toutefois, nous reconnaîtrons à l’auteur de ne pas avoir attendu le succès de cette réadaptation pour mettre le pied à l’étrier.

De même, le budget paraît malingre – quoi que dix fois supérieur au premier long de l’auteur, le très mitigé Mirages, Gérardmer 2011 – pour ses ambitions. Les effets spéciaux alternent le meilleur et le pire. Certains effets numériques sont particulièrement préjudiciables. De plus, les acteurs ne sont pas très convaincants non plus. Cela peut empêcher toute empathie pour les scènes d’émotion et de peur.

Une édition vidéo en France chez Le Chat qui Fume

Sommes-nous trop sévère avec le film? Nullement, car aucun de ces reproches ne sont, au vu des conditions de production, rédhibitoires. Le film est toujours plaisant et artistiquement volontaire. Le cinéaste n’a pas à en avoir honte, surtout au vu des embûches semées tout au long des différentes étapes de la création du film. L’auteur a beaucoup appris à travers cette expérience que l’on peut qualifier d’initiation à un cinéma abouti et ambitieux, quand son prédécesseur de 2011 demeurait assez fragile, voire amateur.

In fine, Achoura, découvert au festival du PIFFF en 2018, en première mondiale, peut se laisser tenter en blu-ray chez Le Chat qui fume. L’éditeur, que l’on croyait essentiellement tourné vers le passé du cinéma bis, démontre une volonté de partager la richesse d’un cinéma de la marge, avec une édition qui n’aura, on n’en doute pas, point à pâlir face à la concurrence de son répertoire.

Frédéric Mignard

Le Chat qui Fume sur CinéDweller

Achoura, affiche originale par Aleksi

© Illustrateur : Aleksi Briclot

x