Réalisateur, scénariste, acteur et producteur allemand naturalisé américain, Ernst Lubitsch est né en 1892 à Berlin, en Allemagne. Il est issu d’une famille de tailleurs juifs originaires de Biélorussie. Alors qu’il s’ennuie à l’école, le jeune Ernst se passionne rapidement pour le théâtre, ce qui n’est guère du goût de son père qui l’engage dans son magasin. Toutefois, rien n’y fait, car Ernst Lubitsch passe ses soirées comme acteur de cabaret.
Lubitsch, acteur de théâtre, puis de cinéma
Très rapidement, le jeune comédien en herbe est présenté à Max Reinhardt qui l’emploie dans sa troupe du Deutsches Theater, entre 1911 et 1912. Alors que le cinéma est un médium en pleine expansion en Allemagne, Ernst Lubitsch se fait embaucher par le studio Bioscop et commence à apparaître en tant qu’acteur dans de nombreuses comédies dès 1912. Ainsi, l’acteur va jouer dans une trentaine de courts métrages entre 1912 et 1920, pour la plupart perdus.
D’ailleurs, à partir de 1914, l’homme ambitieux commence à passer de l’autre côté de la caméra et réalise plusieurs courtes comédies qui lui permettent d’affirmer son style. En fait, il arbore à cette époque la triple casquette de scénariste, acteur et réalisateur afin de développer ses idées personnelles.
Les premiers succès allemands
Parmi ses premières œuvres marquantes, on peut citer une version de Carmen (1918) ou encore l’excellent La Poupée (1918) qui démontrent déjà de belles capacités de réalisation et une inventivité qui ne le quitteront plus jamais. Il rencontre de très gros succès en Allemagne grâce à Passion (1919) et La Princesse aux huîtres (1919) qui lui offrent la possibilité de diriger des films historiques imposants comme Anne Boleyn (1920) et La Femme du pharaon (1922). Grâce à sa nouvelle stature internationale, Ernst Lubitsch est l’un des premiers réalisateurs européens à quitter le vieux continent pour Hollywood.
Billet simple pour Hollywood
Arrivé en Californie en 1923 sur l’invitation de l’actrice Mary Pickford, Lubitsch signe Rosita, chanteuse des rues (1923) qui lui permet d’obtenir un contrat avec la Warner. Il peut enchaîner avec Comédiennes (1924) et Trois femmes (1924) qui mettent en place la fameuse Lubitsch Touch, qui désigne des comédies raffinées et prestigieuses. La même année, le cinéaste passe à la Paramount pour diriger la grande star Pola Negri dans un film historique prestigieux intitulé Paradis défendu (1924). Puis, il s’empare de l’œuvre d’Oscar Wilde pour son premier chef d’œuvre américain L’éventail de Lady Windermere (1925).

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Passé à la MGM, Lubitsch continue une brillante carrière avec Le Prince étudiant (1927), puis Le Patriote (1928) qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Pourtant, il retourne à la Paramount pour une dizaine d’années qui vont voir son étoile briller de mille feux. Au passage du parlant, il réalise Parade d’amour (1929) avec notre Maurice Chevalier national. Lubitsch y gagne une deuxième nomination aux Oscars.
Dès lors, le réalisateur s’impose comme un des premiers maîtres de la comédie musicale grâce à des films comme Le Lieutenant souriant (1931) et Une heure près de toi (1932). Toujours dans le domaine de la comédie raffinée, le cinéaste ravit les spectateurs avec Haute pègre (1932) et surtout l’excellent Sérénade à trois (1933) où un « ménage à trois » échappe à toute forme de vulgarité pour nous faire rire de bon cœur.
Le temps des chefs d’œuvre de la comédie hollywoodienne
Toujours en grande forme, Lubitsch enchaîne avec La Veuve joyeuse (1934) dont le budget était alors le plus important dégagé par la MGM. Par la suite, Ernst Lubitsch stoppe un temps ses activités de metteur en scène pour devenir uniquement producteur à la Paramount entre 1935 et 1936. Toutefois, il finit par revenir derrière la caméra avec Ange (1937) où il fait jouer Marlène Dietrich et Gary Cooper.

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A partir de là, Lubitsch aborde la période la plus inspirée de sa production avec une suite implacable de chefs d’œuvre. Parmi eux, on compte La Huitième femme de Barbe-Bleue (1938), Ninotchka (1939) avec la grande Greta Garbo, Rendez-vous (The Shop Around the Corner, 1940) avec James Stewart ou encore le très réussi Illusions perdues (1941).
Toutefois, Lubitsch n’a pas encore épuisé son inspiration et il livre encore des chefs d’œuvres indémodables comme Jeu dangereux (To Be or Not to Be, 1942) et Le Ciel peut attendre (1943). Ce dernier long métrage lui offre une dernière nomination aux Oscars.

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Une fin précipitée qui nous as privé d’un génie du cinéma
Les trois films suivants, encore de belle facture, paraissent légèrement moins bons comparés aux autres, mais rien de déshonorant par ailleurs. Finalement, en 1947, Ernst Lubitsch reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, mais il décède peu de temps après d’une crise cardiaque à l’âge de 55 ans. Il était alors en plein tournage de La Dame au manteau d’hermine (1948) qui fut terminé par Otto Preminger.
En tout cas, le nom d’Ernst Lubitsch continuera longtemps à briller au panthéon d’Hollywood tant ses comédies raffinées ont marqué leur époque.