Chantal Akerman

Réalisatrice, Scénariste, Productrice, Ecrivaine, Artiste
Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles, affiche du film

Personal Info

  • Nationalité : Belge
  • Date de naissance : 6 juin 1950, Etterbeek (Belgique)
  • Date de décès : 5 octobre 2015, (à l'âge de 65 ans, Paris 20e (France)

Biographie

Note des spectateurs :

Chantal Akerman est une réalisatrice belge à œuvre conséquente. L’autrice est immortalisée par son pamphlet féministe Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles qui est redécouvert en 2007, grâce à l’éditeur vidéo Carlotta, puis, en 2022, à l’échelle internationale. Le classement des Meilleurs films de l’histoire du cinéma que publie la revue britannique Sight and Sound, toutes les décennies depuis 1952, lui donne une visibilité inédite. Le film y apparaît en première place.

Chantal Akerman est une artiste belge aux talents pluriels. Après de nombreux courts, moyens métrages et documentaires, elle réalise Je, tu, il, elle, premier long de fiction avec Niels Arestrup ; elle en occupe le rôle principal. Cette oeuvre pose les jalons d’un cinéma épris de liberté, éminemment féministe, au carrefour entre le documentaire et l’expérimentation. Cette liberté portera toutefois toujours les stigmates thématiques de sa relation à la mère, de son sentiment d’étouffement dont elle ne pourra jamais se débarrasser.

Elle développe bien des aspects de ce son premier essai concluant dans son monument aux femmes, Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, filmé en temps réel pour un montage final de plus de 3h00. Elle dévoile le pamphlet féministe en 1975 ; il y est question de l’aliénation de la ménagère dans les années 70. Mais aussi, indirectement de sa mère. Delphine Seyrig dans le rôle éponyme y est sublime. Si le métrage ne connaît qu’une petite renommée dans les cinémas art et essai, ne dépassant pas les 32 000 entrées France, il marque en revanche la critique et les spectateurs qui le découvrent. Gus Van Sant s’inspirera de la technique de la jeune réalisatrice des décennies plus tard pour réaliser Last Days, vision cinématographique des derniers jours de Kurt Cobain, le leader de Nirvana. Il partage avec Akerman son goût pour les plans longs, son approche de la temporalité. Ironiquement, celle qui refusera toujours qu’on évoque son oeuvre par le mot carrière, car elle n’avait pas de but de construction d’une oeuvre à proprement parler, est célébrée pour sa technicité, là encore, chose qu’elle réfute. Intuitive, autodidacte, elle a des choses à exprimer. La pellicule et plus tard le numérique lui permettent de se raconter, à l’instar d’une thérapie.

Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles lance une bonne fois pour toute Akerman, la réalisatrice-conteuse, mais au lieu de la condamner à une vision consensuelle du 7e art, la jeune femme belge poursuit dans une forme de radicalité qui la placera à l’écart du cinéma mainstream. Documentaire, docu-fiction, le cinéma comme expédient est l’outil de communication où elle se mélange avec ses personnages, comme dans le film d’errance ferroviaire, Les rendez-vous d’Anna, qu’elle sort en 1978. Aurore Clément y incarne son miroir en tant que personnage réalisatrice, époque où la femme était pionnière à fouler l’astre de lumière. Cet essai au sens littéraire du terme, très réussi, remporte le Prix de la Mise en scène au Festival de Paris, en 1978.

Akerman est actrice parallèlement et tourne également dans différents longs, notamment d’auteurs qui lui ressemblent. Ainsi, elle figure en 1985 dans Elle a passé tant d’heures sous les Sunlights de Philippe Garrel, avec Mireille Perrier, Jacques Bonnaffé et Jacques Doillon. Une oeuvre atypique proche de l’essai cinématographique. Mais n’est-elle pas proche elle-même de Paul Vecchiali et de toute sa bande ?

En 1982, Chantal Akerman dirige sa propre mère dans Toute une nuit. Un lien très fort l’unit à celle-ci, cette mère juive qui avait connu l’enfermement à Auschwitz et la solitude dans son ménage. Déjà, dans le documentaire News from Home, tourné dans les années 70, elle racontait New York où elle vécut au début de cette décennie, en lisant à voix haute les lettres que sa mère lui envoyait. Un exercice que Duras reprendra d’une certaine façon en filmant Rome (Dialogue de Rome, 1982).

En 1986, la réalisatrice sort de l’empreinte dépressive et pessimiste que l’existence lui a imposé avec une comédie musicale inattendue qui marque un tournant plus commercial dans son oeuvre. Golden Eighties, avec Delphine Seyrig, Myriam Boyer et la reine du Top 50 de l’époque, Lio, est une oeuvre sur le couple, les couples en fait, lumineuse, fraiche, pêchue, dans le ton des années 80 auxquelles elle avait consacré un documentaire sur un autre ton en 1983. La critique réagit positivement à Golden Eighties qui sort dans la foulée de sa présentation à la Quinzaine cannoise mais le public boude ce qui apparaît comme un rendez-vous raté.

Akerman se réfugie dans ce qu’elle sait faire de mieux. L’art, même s’il est réservé à une élite culturelle branchée, féministe, en tout cas curieuse. En 1989, Histoires d’Amérique (Food, Family and Philosophy) passe inaperçu, et en 1991, Nuit et jour, avec Guilaine Londez, Thomas Langmann et François Négret, s’il est projeté à Venise, ne marque pas son époque. On la retrouve finalement aux commandes d’une comédie romantique insipide en 1996, Un divan à New York, où elle dirige le couple naissant Juliette Binoche et William Hurt. Un succès d’estime à 265 000 spectateurs. On lui préfèrera La captive, thriller psychologique avec Stanislas Merhar, Sylvie Testud et Olivia Bonamy, produit par Paulo Branco. L’adaptation de Proust est co-écrite par Eric de Kuyper avec lequel elle avait déjà collaboré à l’époque de Je, tu, il, elle. En 2004, elle embraie avec la comédie Demain on déménage. Le casting est beau (Sylvie Testud, Aurore Clément, Jean-Pierre Marielle, Natacha Regnier, Lucas Belvaux, Dominique Reymond, Elsa Zylberstein), mais le public ne vient pas. L’enthousiasme de la critique vendant un divertissement grinçant n’y fera rien.

En 2006, Chantal Akerman revient au documentaire avec Là-bas ; elle y explore sa vision d’Israël loin des clichés qu’aimeraient lui imposer l’état hébreux. En 2012, elle sort La folie Almayer, pour lequel elle retrouve Stanislas Merhar. Cette fois-ci, elle adapte Joseph Conrad, auteur dont elle apprécie visiblement sa peinture de la folie. L’oeuvre évoque Marguerite Duras. Une fois de plus, leurs deux oeuvres se croisent. Sa petite sortie (22 salles sur tout le territoire) condamne à ce pur moment d’art et essai à l’anonymat, avec moins de 7 000 entrées. Malgré tout, des papiers solides l’accompagnent encore.

En février 2016, le distributeur Zeugma Films sort de façon posthume No Home Movie, un portrait documentaire que la cinéaste a réalisé sur sa mère, Natalia Akerman. Celle-ci vient de décéder et le sentiment d’angoisse de Chantal Akerman accentue une dépression qui la conduit au suicide, le 5 octobre 2015, à Paris, dans le XXe arrondissement. Désormais, une allée y porte son nom. Chantal Akerman l’abîmée n’est plus, mais son empreinte est belle et bien là. Elle va même muer en égérie pour toute une nouvelle génération d’artistes femmes qui se découvrent des libertés inconcevables quelques années auparavant. Le mouvement #MeToo a frappé et l’homme découvre enfin la femme. Celle-ci ressemble davantage à Jeanne Dielman, dans l’ombre de l’homme, qu’aux modèles glamour ou sexué de ses fantasmes longtemps avoués.

No Home Movie Official Trailer 1 (2016) – Chantal Akerman Documentary HD – YouTube

Productrice (La mémoire courte d’Eduardo de Gregorio, 1979, avec Léotard, Baye, Ogier et Jacques Rivette), actrice ailleurs que dans ses propres longs (55% de risque de Jean Pourtalé, 1980…), écrivaine (quatre ouvrages, dont un autoportrait), et réalisatrice de nombreuses installations artistiques, enseignant parfois le cinéma, Chantal Akerman était une artiste totale, à la vie entièrement consacrée à la réflexion sur sa propre existence, et celle de sa mère. Mais elle n’était pas hermétique au monde extérieur. La société et ses injustices lui inspiraient des combats cinématographiques. Dans le documentaire Sud, en 1999, elle dénonce le lynchage d’un Afro-américain par trois blancs. Dans De l’autre côté, présenté à Cannes en 2002, hors compétition, elle s’émeut de la situation des migrants mexicains vers les Etats-Unis. Des thématiques tragiquement d’actualité des décennies plus tard, et des années après sa mort.

En 2022, Chantal Akerman rentre définitivement dans l’histoire avec la reconnaissance du travail des femmes cinéastes. Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles est reconnue Meilleur film de tous les temps par le magazine Sight and Sound, dans le cadre d’un classement décennal existant depuis 1952. Les rétrospectives pleuvent. Son oeuvre est restaurée.

Au total, elle a réalisé quarante longs métrages.

Frédéric Mignard

Fondation Chantal Akerman

Filmographie (longs métrages, réalisation)

  • 1974 : Je tu il elle
  • 1975 : Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles
  • 1976 : New From Home
  • 1978 : Les Rendez-vous d’Anna
  • 1982 : Toute une nuit
  • 1983 : Les Années 80
  • 1984 : Paris vu par… vingt ans après
  • 1986 : Golden Eighties
  • 1986 : Lettre d’Amérique (co-réalisé avec Françoise Merle)
  • 1988 : Histoires d’Amérique
  • 1991 : Contre l’Oubli
  • 1991 : Nuit et jour
  • 1993 : D’Est
  • 1995 : Un divan à New York
  • 1999 : Sud
  • 2000 : La Captive
  • 2001 : De l’autre côté
  • 2004 : Demain on déménage
  • 2006 : Là-Bas
  • 2011 : La Folie Almayer
  • 2015 : No Home Movie

https://youtu.be/OJm5Q1rbnu4

 

Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles, affiche du film

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