El Lute : Marche ou crève – critique du film et test-blu-ray (1987)

Biopic, Historique, Drame, Thriller | 2h02min
Note de la rédaction :
7/10
7
El Lute en blu-ray chez Artus

  • Réalisateur : Vicente Aranda
  • Acteurs : Victoria Abril, Ricardo Palacios, Charly Bravo, Manuel Zarzo, José Canalejas, José Manuel Cervino, Imanol Arias, Antonio Valero
  • Date de sortie: 30 Oct 1987
  • Année de production : 1987
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : El Lute (camina o revienta)
  • Titres alternatifs : El Lute: Run for Your Life (titre international) / Fly för livet (Suède) / Bieg ku wolności (Pologne) / El lute, o cammina o schiatta (Italie) / Jagt und tötet ihn - Teil 1 (Allemagne)
  • Casting : Imanol Arias, Victoria Abril, Antonio Valero, Carlos Tristancho, Diana Peñalver, Margarita Calahorra, Raúl Fraire, Manuel de Blas, Luis Marín, Manuel Zarzo, José Cerro, Rafael Hernández, José Manuel Cervino, Alicia Agut, José Luis Alexandre, Mari Carmen Alvarado, Román Ariznavarreta, Máximo Astray, Luis Barbero, Jorge Bosso, Charly Bravo, Anastasio Campoy, José Enrique Camacho, José Canalejas, Ignacio Carreño, Paco Catalá, Saturno Cerra, Francisco Clement, Antonio Dechent, Vicente del Águila, Isabel del Palacio, Amador Dobarganes Ruiz, Jesús Enguita, Mabel Escaño, José María Escuer, Pedro Falla, José María Gambín, José María García, Chema Gil, Agustín Guevara, María Jesús Hoyos, José María Labernié, José Luis Lemos, Mery Leyva, Arturo López, Javier Lozano, Francisco Maestre, Carlos Marcet, Felipe Martín Puertas, Fernando Martín, Daniel Medrán, Enrique Navarro, Ricardo Palacios, Miguel Palenzuela, José Ramón Pardo, Raúl Pazos, Francisco Piquer, Santi Pons, Álvaro Quiroga, Paco Racionero, Ramón Repáraz, Antonio Ross, José María Sacristán, Manuel Salgueró, Yelena Samarina, Óscar San Juan, José Segura, Mario Siles, Rubén Tobías, Manuel Torremocha, Alfonso Vallejo, Rafael Vaquero, Francisco Vidal, José Vivó, José Yepes
  • Scénaristes : Joaquim Jordà, Vicente Aranda, Eleuterio Sánchez
  • D'après : une œuvre autobiographique de Eleuterio Sánchez
  • Monteuse : Teresa Font
  • Directeur de la photographie : José Luis Alcaine
  • Compositeur : José Nieto
  • Chef Maquilleur : Juan Pedro Hernández
  • Chef décorateur : Josep Rosell
  • Producteur : José María Cunillés
  • Productrice exécutive : Isabel Mulá
  • Sociétés de production : Multivideo (Multivideo, S.A.), MGC Producciones Cinematográficas y Audiovisuales (M.G.C.P.C.A., S.A.), Televisión Española (TVE)
  • Distributeur : Film inédit en France. La date ci-dessus est celle de la sortie espagnole.
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 16 juin 2026
  • Box-office France / Paris-Périphérie : Inédit
  • Classification : Non présenté au CNC.
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Stéréo
  • Festivals : Festival du film de San Sebastian 1987 : en compétition officielle / Festival du film policier de Cognac 1988 : en compétition
  • Nominations : Goyas 1988 : Meilleur film ; Meilleur réalisateur, Meilleur acteur pour Imanol Arias et Meilleure actrice pour Victoria Abril
  • Récompenses : Festival du film de San Sebastian 1987 : Prix du meilleur acteur pour Imanol Arias ; Prix de la meilleure actrice pour Victoria Abril / Festival du film policier de Cognac 1988 : Prix spécial du jury ; Prix Coup de Cœur / Fotogramas de Plata 1988 : Meilleur film espagnol, ex aequo avec La Loi du désir ; Meilleur acteur pour Imanol Arias ; Meilleure actrice pour Victoria Abril
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Premimum Cine. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : 1er volet du diptyque El Lute
Note des spectateurs :

Faux film quinqui, El Lute : Marche ou crève de Vicente Aranda est surtout une œuvre sociale et politique visant à critiquer le franquisme et les injustices d’un régime dictatorial sans pitié. Un triomphe espagnol à découvrir pour la première fois en France.

Synopsis : En 1960, une famille nomade de potiers vivant dans la précarité parcourt l’Estrémadure. La vie dure qu’ils mènent entraîne la mort de la mère. Le fils, Eleuterio Sánchez, “El Lute”, vole des poulets et est condamné à six mois de prison. Des années plus tard, en 1965, après l’assaut d’une bijouterie de la rue Bravo Murillo à Madrid, dans lequel le vigile meurt, il est jugé et condamné à mort.

Eleuterio Sánchez, le premier vrai quinqui ?

Critique : Du milieu des années 70 aux années 80, le cinéma quinqui a déferlé sur les écrans espagnols, rencontrant un succès quasiment ininterrompu durant une bonne décennie. Le terme quinqui vient tout d’abord du mot quincaillerie qui était la marchandise vendue par les mercheros, ces nomades qui ont fini par être surnommés quinquis.

Or, un glissement sémantique est intervenu dans les années 60 lorsque l’un d’entre eux, un certain Eleuterio Sánchez dit El Lute, est devenu une célébrité dans le monde de la petite délinquance. Dès ce moment, le terme quinqui a fini par désigner des petites frappes adeptes de trafics en tous genres. Après plus d’une décennie consacrée au cinéma quinqui, il semblait donc naturel qu’un cinéaste s’intéresse au destin de celui qui est à l’origine du terme, d’autant qu’il est devenu entre-temps un écrivain et avocat célèbre, après sa libération au début des années 80.

El Lute, packaging blu-ray

© Artus Films, Premium Cine / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Un biopic sérieux davantage qu’un film d’exploitation

Finalement, le cinéaste Vicente Aranda s’est lancé dans cette aventure, mais en souhaitant se démarquer du cinéma de genre quinqui qui commençait à ne plus faire recette au milieu des années 80. Au lieu de proposer une œuvre qui embrasserait l’intégralité de la vie tumultueuse du renégat, Vicente Aranda fait le pari osé de ne proposer que l’adaptation du premier volet de l’autobiographie du délinquant intitulé Marche ou crève.

Car ce qui intéresse véritablement Vicente Aranda est de replacer la vie du jeune homme dans le contexte du franquisme des années 60. Ainsi, son film ne couvre que six ans de la vie d’El Lute, depuis ses premiers pas au sein de la communauté marginalisée des mercheros jusqu’au fameux cambriolage d’une bijouterie qui lui vaudra d’écoper de la peine de mort, commuée en peine de 30 ans de prison, sachant qu’il n’a fait que participer à un coup raté ayant coûté la vie à un vigile – mais ce n’est pas lui qui a tiré.

Vicente Aranda fait le procès du franquisme

En fait, Vicente Aranda n’a pas souhaité réaliser une œuvre trépidante, mais bien une pertinente analyse à la fois sociale et politique. A travers le destin de son anti-héros qui demeure grandement innocent des faits qui lui sont reprochés, le cinéaste en profite pour régler ses comptes avec une société espagnole intolérante envers les gens du voyage, tout en soulignant la dureté du régime franquiste. En ligne de mire, le réalisateur insiste sur la cruauté de la Guardia civil, bras armé du régime dictatorial de Franco, en multipliant les scènes de torture sur la personne d’El Lute, misérablement exposé dans toute sa nudité face à ses tortionnaires. Ces séquences, bien que tournées sans voyeurisme, remettaientt au centre du débat la dureté du régime franquiste en 1987, à l’heure où s’achevait la Transition démocratique espagnole.

Pour exposer les premières années de la vie d’El Lute, le cinéaste prend le temps de décrire sa vie dans les bidonvilles espagnols, avec sa compagne et son jeune fils. Vicente Aranda ne cherche jamais à créer de belles images ou à rendre hommage aux paysages ibériques puisque tous ses décors sont miteux, les paysages pouilleux et les images globalement peu lumineuses. En fait, cette esthétique volontairement terne renforce l’idée d’une Espagne franquiste à l’horizon bouché, sans échappatoire possible. Toutefois, même si ses scènes sont globalement longues, El Lute : Marche ou crève passe à une vitesse folle grâce à un montage de Teresa Font parfaitement maîtrisé.

Le duo Imanol Arrias – Victoria Abril au sommet

Ainsi, chaque phase (l’entrée dans la délinquance, la prison, l’évasion et la cavale) s’articulent parfaitement les unes aux autres. Et même si le schéma narratif est bien connu de tous, le réalisateur lui offre une plus-value par son regard distancié vis-à-vis du franquisme qu’il juge très sévèrement.

Pour donner plus de poids à son évocation des années 60, le cinéaste a reconstitué son duo gagnant de Le Temps du silence (1986), à savoir Imanol Arias et Victoria Abril. Les deux jeunes comédiens sont déjà très bien connus et identifiés du public espagnol et constitue donc un attrait supplémentaire qui s’ajoute à l’extrême popularité de l’histoire d’El Lute dans la mémoire collective. Outre l’alchimie parfaite entre les deux comédiens, l’extrême efficacité du long métrage peut expliquer le triomphe qu’il a rencontré dans les salles ibériques en 1987.

Le film espagnol le plus vu de 1987 en Ibérie

En fait, il s’agit ni plus ni moins du long métrage espagnol le plus vu de cette année 1987. Cela a fait de ses deux interprètes de véritables stars, tandis que les producteurs n’ont eu qu’une hâte : convaincre le trio de se reformer pour adapter immédiatement le deuxième volet de l’autobiographie d’El Lute. Tout le monde retourne donc sur le terrain pour livrer un El Lute II : Demain je serai libre qui sortira dans les salles en 1988. Toutefois, malgré l’énorme succès dans la péninsule, aucun distributeur français n’a été intéressé par un sujet que l’on jugeait trop ancré dans la réalité locale, et donc peu parlant pour le public hexagonal.

Il a donc fallu attendre 2026 pour que l’audacieux éditeur Artus Films nous propose ce qui est devenu un diptyque dans une édition DVD / blu-ray indispensable pour tous les amoureux de cinéma espagnol.

Critique de Virgile Dumez

Acheter les deux films en DVD et blu-ray

El Lute, jaquette blu-ray

© Artus Films, Premium Cine / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

Vicente Aranda, Victoria Abril, Ricardo Palacios, Charly Bravo, Manuel Zarzo, José Canalejas, José Manuel Cervino, Imanol Arias, Antonio Valero

Mots clés

Cinéma espagnol, Cinéma quinqui, Les délinquants au cinéma, Les gitans au cinéma, Film de prison, Les évasions au cinéma, Les cavales au cinéma

Le test du blu-ray d’El Lute : Marche ou crève

Artus Films propose les deux longs métrages du diptyque dans une unique édition sobrement intitulée El Lute. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 4 / 5

Comme le reste de sa collection espagnole, Artus Films propose les deux films enrobés d’un étui sobre et luxueux. Il renferme un beau digipack illustré des deux affiches espagnoles du premier et second volet. A l’intérieur se tiennent les quatre galettes (2 DVD et 2 blu-ray).

Enfin, pour chaque film, le critique Marcos Uzal se livre à une introduction d’une demi-heure riche en informations et en analyses. Sa prestation sur le premier film (30min) est vraiment passionnante et d’une belle fluidité. Enfin, l’éditeur propose son traditionnel diaporama avec une affiche et des photos d’exploitation espagnoles d’époque.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Même si le film a clairement été restauré en 2K, le résultat est parfois un peu inégal en fonction des scènes. Certaines séquences plus lumineuses sont parfaitement définies et font largement honneur au support blu-ray, mais quelques passages nettement plus sombres démontrent une maîtrise toute relative du grain et une compression un peu fragile. Toutefois, cela ne concerne pas l’intégralité du long métrage et toute la deuxième heure semble plus valeureuse.

Le son du blu-ray : 3 / 5

Le long métrage est proposé uniquement en version originale sous-titrée (PCM 2.0 Stéréo) puisqu’il n’a jamais fait l’objet d’une exploitation en France, ni au cinéma, ni en vidéo. Les cinéphiles ne s’en offusqueront pas, mais noteront toutefois un nombre assez conséquent de craquements en fond sonore qui rappelle que la source est ancienne. Cela n’est pas forcément désagréable, mais nous sommes de moins en moins habitués à ces scories qui démontrent une restauration imparfaite dans ce domaine.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

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