Jolie romance adolescente, Deux enfants qui s’aiment de Lewis Gilbert séduit par sa douceur et sa délicatesse, et ceci malgré un sujet qui pouvait tomber dans le scabreux.
Synopsis : Un jeune homme, Paul Harrison, fils d’un riche homme d’affaires britannique vivant à Paris, rencontre une belle et jeune orpheline, Michelle Latour. Les deux adolescents quittent Paris pour se rendre en Camargue.
Les sources d’inspiration de Deux enfants qui s’aiment
Critique : Alors qu’il vient de signer plusieurs grosses productions commerciales, dont le James Bond On ne vit que deux fois (1967), le cinéaste et producteur britannique Lewis Gilbert désire revenir à une échelle plus intimiste pour son prochain long métrage. Dès le début des années 70, il tente d’obtenir les droits d’adaptation du Lagon bleu, roman de l’écrivain irlandais Henry De Vere Stacpoole publié en 1908 qui raconte la découverte de la sexualité par deux adolescents naufragés sur une île déserte.
Toutefois, il ne parvient pas à démêler l’imbroglio autour des droits du bouquin et doit donc abandonner ce projet (qui sera finalement réalisé en 1980 par Randal Kleiser). Dès lors, il choisit de s’en inspirer, tout en mélangeant une autre influence littéraire, à savoir le roman français Paul et Virginie (1788) de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre. Mais là encore, il faut ruser pour ne pas être accusé de plagiat.
Un tournage à Paris et en Camargue
Finalement, Lewis Gilbert, en tant que producteur indépendant, opte pour un scénario original écrit à quatre mains par Vernon Harris (qui vient tout juste de travailler sur le triomphal Oliver ! de Carol Reed) et Jack Russell (plutôt spécialisé dans les produits télévisés). Ainsi est né le script de Deux enfants qui s’aiment (1971) qui va être tourné intégralement en France, et notamment dans les superbes paysages sauvages de la Camargue.
L’intrigue imagine la rencontre entre un adolescent bourgeois en pleine crise de rébellion vis-à-vis de son père et d’une jeune orpheline britannique qui débarque à Paris en étant parachutée chez un membre de sa famille (interprétée par Pascale Roberts). Après quelques rencontres furtives, les deux ados décident de fuguer et de vivre en autarcie dans une maison située en Camargue. L’occasion pour eux de passer d’une franche amitié vers un amour inconditionnel.
La douceur des premiers émois adolescents
Il est important de signaler que l’histoire n’est pas forcément très crédible, puisque les autorités vont tout de même mettre un an avant de retrouver les fugueurs (ce qui demeure d’ailleurs hors champ à la fin du film). Toutefois, la romance entre les deux adolescents est suffisamment naïve et à la fois jolie pour que le spectateur fasse appel à sa suspension d’incrédulité. En fait, sur le modèle des films de Robert Mulligan consacrés à l’adolescence (on pense beaucoup à Un été 42, justement tourné en cette même année 1971), Deux enfants qui s’aiment charme par la beauté des paysages, la douceur de la bande originale composée par Bernie Taupin et son complice Elton John.
Mais bien entendu, l’ensemble ne serait pas aussi agréable à suivre sans l’implication totale des deux jeunes comédiens Sean Bury et Anicée Alvina, tous deux déjà vus enfants dans d’autres productions. Leur amour fusionnel transpire de l’écran et évoque avec une réelle douceur la beauté des premiers émois amoureux. Justement, l’emploi de deux comédiens qui avaient 17 ans lors du tournage (même s’ils paraissent plus jeunes) peut légitimement interroger de nos jours, puisque leurs scènes d’amour, certes filmées avec goût, laissent entrevoir leurs corps nus. Dans le long métrage, cela ne choque aucunement puisque les deux amoureux sont en parfaite communion l’un avec l’autre et que leur tendresse réciproque est bien visible.
Des passages osés pour une romance conventionnelle dans le fond
Toutefois, le spectateur contemporain peut se poser la question du regard posé par le cinéaste sur ses jeunes comédiens. Certains pourront donc être dérangés par ces quelques instants furtifs où la caméra s’arrête plus que de raison sur les corps des jeunes protagonistes. Dès l’époque, ce caractère légèrement osé a choqué certains critiques et spectateurs. Mais le cinéaste s’est tout de même engouffré dans la brèche d’une censure plus tolérante, ce qui donnera lieu à d’autres excès bien plus regrettables par la suite. Dans le cas de Deux enfants qui s’aiment, tout ceci semble globalement innocent, d’autant que les deux comédiens ont même accepté de reprendre leurs rôles dans une suite intitulée Paul et Michèle (1974), toujours dirigé par le même cinéaste.
D’autres pourront aussi reprocher au cinéaste son évident conformisme dans la façon de traiter les rapports du couple naissant. Ainsi, lorsque les ados sont confrontés à des responsabilités d’adultes, ils se comportent exactement de la même façon que la société alentour. Dès lors, la jeune fille s’occupe de la petite maison et de la cuisine, tandis que le garçon va prendre son courage à deux mains en allant chercher du travail à l’extérieur. Nos deux tourtereaux ne sont donc absolument pas des grands révolutionnaires de type hippie, malgré leur fugue, et ils reproduisent servilement les stéréotypes de genre à l’œuvre dans la société bourgeoise de l’époque.
Box-office de Deux enfants qui s’aiment
Jolie romance adolescente, parfois un peu trop sucrée, Deux enfants qui s’aiment a connu un certain succès en Angleterre, au point de pouvoir générer une suite. Il n’a en revanche pas du tout fonctionné aux Etats-Unis, malgré la bande originale composée et chantée par Elton John dont la carrière commençait à décoller outre-Atlantique.
Sorti en France le 12 juillet 1972 par CIC pour le compte de la Paramount, Deux enfants qui s’aiment a écopé d’une interdiction aux moins de 13 ans tout à fait méritée et n’a quasiment pas été vu dans la capitale. Le métrage n’a généré que 13 578 entrées sur Paris-Périphérie. Cependant, le film a réussi à circuler dans toute la France au cours de l’été 1972 et a ainsi glané jusqu’à 612 828 tickets. Grâce à la province, le long métrage fut donc une bonne affaire, permettant la sortie sur nos écrans de la suite Paul et Michèle en avril 1975 pour un résultat insignifiant.
Depuis cette époque, le film a été largement oublié puisqu’il n’a jamais fait l’objet d’une exploitation vidéo en France. Il est désormais disponible sur la plateforme Paramount +.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 12 juillet 1972
Voir le film en VOD

© 1971 Paramount Pictures / Affiche : Jacques Vaissier. Tous droits réservés.
Biographies +
Lewis Gilbert, Ronald Lewis, Pascale Roberts, Anicée Alvina, Sean Bury
Mots clés
Cinéma britannique, Romances adolescentes, La sexualité des adolescents au cinéma, L’adolescence au cinéma, Films sur le couple, Paris au cinéma