La chute des feuilles : la critique du film et le test blu-ray (1969)

Drame, Romance | 1h35min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Coffret Otar Iosseliani

  • Réalisateur : Otar Iosseliani
  • Acteurs : Ramaz Giorgobiani, Gogi Kharabadze, Marina Kartsivadze
  • Date de sortie: 16 Avr 1969
  • Année de production : 1966
  • Nationalité : Soviétique
  • Titre original : Giorgobistve
  • Titres alternatifs : Falling Leaves (titre international) / Die Weinernte (Allemagne) / Outono (Portugal) / Cierpkie wino (Pologne) / Lombhullás (Hongrie) / Novembro (Brésil)
  • Casting : Ramaz Giorgobiani, Gogi Kharabadze, Marina Kartsivadze, Aleksandre Omiadze, Baadur Tsuladze, Tengiz Daushvili, Bukhuti Zakariadze, Akaki Kvantaliani, Dodo Abashidze, Otar Zautashvili, Ioseb Gogichaishvili, Bichiko Amaglobeli, Givi Berikashvili, Rusudan Kiknadze
  • Scénaristes : Amiran Chichinadze, Otar Iosseliani
  • Monteuse : Julietta Bezuashvili
  • Directeur de la photographie : Abessalom Maisuradze
  • Compositeur : Natela Ioseliani
  • Chef Maquilleur : Givi Urigashvili
  • Chef décorateur : Dimitri Eristavi
  • Directeur artistique : Dimitri Eristavi
  • Producteur : G. Gvenetadze
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : Georgia-Film, Gruziya Film, Kartuli Pilmi
  • Distributeur : Cinémas Associés
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Blaq out (DVD, en coffret, 2004) / Carlotta Films (blu-ray en coffret intégrale uniquement, 2024)
  • Date de sortie vidéo : 19 mai 2004 (DVD) / 3 décembre 2024 (blu-ray)
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie :
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Rentabilité :
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.33 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals : Festival de Cannes 1968 : Semaine de la Critique
  • Nominations :
  • Récompenses : Festival de Cannes 1968 : Prix de la FIPRESCI / Prix Georges Sadoul du meilleur Premier film 1968
  • Illustrateur/Création graphique : © Otar Iosseliani (dessins jaquettes blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Kartuli Pilmi. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse :
  • Tagline :
  • Franchise :
Note des spectateurs :

Premier film du grand Otar Iosseliani, La chute des feuilles démontre déjà une qualité réelle dans l’observation du quotidien de personnages banals, tout en critiquant ouvertement le système communiste alors en vigueur en Géorgie soviétique.  

Synopsis : Fraîchement diplômés de l’Institut d’œnologie de Tbilissi, Niko et Otar entrent dans une coopérative vinicole. Otar, plus âgé et plus assuré, se conforme aux exigences des chefs, alors que Niko, naïf et sincère, éprouve quelques difficultés…

Un premier essai tourné rapidement

Critique : En 1966, Otar Iosseliani a déjà tourné plusieurs courts métrages depuis 1958, mais il n’a pas encore réussi à franchir l’étape du long. Il peut enfin espérer que sa situation se débloque lorsqu’il écrit avec Amiran Chichinadze le scénario de La chute des feuilles. Comme le font la plupart des cinéastes durant l’ère soviétique, Iosseliani écrit une première version du script qui est validée par les autorités et la censure, puis il en écrit une deuxième mouture plus subversive qui sera effectivement tournée.

Par ailleurs, le cinéaste se débrouille pour tourner son film en seulement deux mois, contre les six attribués généralement par le régime. Il peut se le permettre car il a pris l’habitude de storyboarder l’intégralité de son film avant le tournage. Dès lors, lorsque les censeurs arrivent pour la première fois sur le plateau, le film est déjà intégralement dans la boite.

Un film bien sous tous rapports, en apparence seulement

Se présentant comme un récit initiatique assez classique, La chute des feuilles avait pourtant tout pour séduire les autorités communistes puisque l’intrigue se situe dans une coopérative vinicole respectueuse du plan quinquennal. Le préambule décrit d’ailleurs en une suite de plans fixes documentaires les travaux effectués par les paysans dans les vignes. De quoi satisfaire – en apparence seulement – les adeptes du réalisme socialiste.

Pourtant, dès que les personnages principaux apparaissent, la belle machine du système soviétique montre ses limites. Tout d’abord, les deux jeunes diplômés en œnologie (très bons Ramaz Giorgobiani et Gogi Kharabadze) ne semblent pas particulièrement à l’aise dans leur travail. Ils doivent notamment donner des ordres à des ouvriers agricoles nettement plus vieux qu’eux, preuve de l’inversion de l’ordre social voulu par le régime.

La naïveté s’accorde mal avec les réalités du système soviétique

Mais surtout, Otar Iosseliani se moque ouvertement de la gestion des coopératives par des apparatchiks que l’on voit toujours jouer au billard, tandis qu’ils n’ont qu’une préoccupation : achever le plan quinquennal. Dès lors, peu importe la qualité de la production puisqu’il suffit d’afficher les chiffres de production pour que tout le monde soit satisfait. Pourtant, le vin produit est décrit comme une infame piquette totalement indigne de la réputation vinicole de la Géorgie.

Coffret Otar Iosseliani, coffret blu-ray détails

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

Dès lors, une rupture a lieu entre le jeune naïf Nico (Ramaz Giorgobiani) et son collègue Otar (Gogi Kharabadze) puisque le premier décide de ne pas valider cette politique, tandis que le second plie sous le poids des pressions politiques. D’une naïveté absolue, le jeune Nico l’est également sur le plan sentimental puisqu’il s’entiche d’une jeune fille (très juste Marina Kartsivadze) qui s’amuse avec le jeune garçon, sans jamais s’engager avec lui. Dès lors, La chute des feuilles se pare d’une forme de désillusion, confrontant un naïf à la dure réalité de la vie de tous les jours, qui plus est dans un système communiste totalement cadenassé.

La chute des feuilles critique subtilement le régime en place

Seule échappatoire dans cette débâcle, l’alcool permet d’entretenir une forme de solidarité entre soulards, un thème qui ne cessera de revenir dans la filmographie du réalisateur géorgien. Celui-ci propose donc déjà un cinéma subversif, mais par petites touches impressionnistes et sans s’appuyer sur les dialogues, déjà minimalistes. Sur le plan formel, Otar Iosseliani n’a pas encore trouvé son style, mais il commence déjà à multiplier les plans fixes très composés. Encore marqué par une certaine tradition, il se permet ici des panoramiques et même quelques mouvements d’appareil, ce qui tendra à disparaître lorsque s’affirmera sa conception d’un cinéma épuré au maximum.

Plaisant de bout en bout et faisant preuve d’un vrai courage dans sa description acerbe d’un système soviétique inopérant, La chute des feuilles s’impose donc comme une première œuvre valeureuse. Pourtant, le film fut interdit de diffusion en URSS après une sortie discrète dans une seule salle en Géorgie. Comme souvent dans ce cas, le pays vend tout de même le long métrage à l’étranger où il peut notamment être présenté dans des festivals. Ainsi, La chute des feuilles est proposé au Festival de Cannes en 1968 où il reçoit le Prix de la FIPRESCI (même si les événements de mai 68 poussent les organisateurs à anticiper la fin du festival et que les esprits sont ailleurs). La même année, le métrage est diffusé à la Semaine du Jeune cinéma soviétique en décembre au cinéma Ranelagh dans le 16ème arrondissement.

Enfin, le métrage bénéficie d’une petite sortie dans les salles parisiennes à partir du 16 avril 1969. Resté longtemps invisible, le long métrage a été récemment restauré en 2K et a été intégré au magnifique coffret consacré à l’intégrale Iosseliani par l’éditeur Carlotta.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 avril 1969

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Coffret Otar Iosseliani

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

Biographies +

Otar Iosseliani, Ramaz Giorgobiani, Gogi Kharabadze, Marina Kartsivadze

Mots clés

Cinéma soviétique, Cinéma géorgien, Récit initiatique, Le monde paysan au cinéma

 

Le test du coffret Otar Iosseliani

Magnifique initiative que de publier l’intégralité de l’œuvre du maître géorgien, y compris ses courts et documentaires, le tout en blu-ray. Test réalisé à partir du produit définitif.

Packaging & suppléments : 5 / 5

Les différents blu-ray (9 au total) qui contiennent tout de même 21 films (courts, longs et documentaires) sont inclus dans un boitier au design sobre, mais cohérent, ornés à chaque fois de dessins d’Otar Iosseliani. Le tout est agrémenté d’un copieux livre de 216 pages qui laissent s’exprimer pleinement un cinéaste capable de théoriser à l’infini son cinéma. Le bouquin, d’une richesse impressionnante propose de revenir sur chaque film à l’aide de son réalisateur, puis offre la retranscription d’un séminaire donné au cinéma Lumière de Bologne en 1997. Le cinéaste y explicite sa méthode et livre aussi une théorie complète – et complexe – du cinéma.

Les suppléments vidéo sont quant à eux répartis sur les différentes galettes en fonction des œuvres. Ainsi, les films les plus récents bénéficient de bonus plus fournis avec des making of et autres interventions du cinéaste. L’ensemble est tout simplement dantesque et indispensable pour les amoureux du septième art.

L’image de La chute des feuilles : 4 / 5

Le film en noir et blanc a bénéficié d’une restauration en 2K, comme l’ensemble du coffret. Cela se voit avec un résultat quasiment parfait puisque les scories ont été éliminées de l’image, à la fois très bien définie et très stable. Les contrastes sont également bien gérés et l’ensemble est donc tout à fait satisfaisant.

Le son de La chute des feuilles : 3 / 5

Le métrage est proposé dans une unique piste en mono et VO sous-titrée. On notera la faiblesse d’ensemble du rendu, obligeant à pousser le son de votre installation pour profiter véritablement d’une bonne ambiance. Cet étouffement est accompagné d’un manque certain de sous-titres, avec des pans entiers de conversations qui n’ont pas fait l’objet d’une traduction. Certes, la situation demeure compréhensible, mais cette économie en matière de sous-titres peut désarçonner dans un premier temps.

Test blu-ray : Virgile Dumez

Intégrale Otar Iosseliani, coffret blu-ray

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

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