La Femme d’à côté est un drame passionnel qui suscite l’enthousiasme et s’inscrit parmi les grandes œuvres de François Truffaut.
Synopsis : Dans la banlieue de Grenoble, Bernard vit paisiblement auprès de sa femme, Arlette, et de leur petit garçon, Thomas. De nouveaux voisins s’installent en face de chez eux et Bernard reconnaît dans la femme, Mathilde, son amour qui l’a quittée huit ans auparavant. Son équilibre mental et son ménage vont être bouleversés.
Dissection de la passion amoureuse
Critique : Né du désir de relater une histoire d’amour passionnel entre un homme et une femme qui se retrouvent par hasard, des années après s’être séparés, La Femme d’à côté est un projet longtemps mûri dans la tête de François Truffaut. Il attendait seulement le déclic, la fusion entre un acteur et une actrice, dès le premier regard. Cela se fera en mars 1981, lors de la remise des César où son film, Le dernier métro triomphe, avec 10 prix, dont celui du Meilleur film et du Meilleur réalisateur.
Présent avec sa compagne, Fanny Ardant, François Truffaut voit tout de suite l’étincelle lorsque celle-ci rencontre Depardieu lors de la cérémonie. Quelques semaines plus tard démarre le tournage de ce qui s’annonce être son avant-dernier film. A peine un mois et demi de tournage durant le printemps, avant une sortie en salle, à succès, en octobre de la même année.

Fanny Ardant et Gérard Depardieu dans La Femme d’à côté (1981)- Copyright Film : 1981, Les Films du Carrosse, TF1 Films Productions. Tous droits réservés.
Le cinéaste qui ressentait le besoin de légèreté et de flexibilité dans cette aventure veut s’éloigner du cinéma immersif qu’a été Le dernier métro, encombré par un long tournage, une équipe artistique très lourde… Avec sa complice de La nuit américaine, de L’argent de poche, et du Dernier métro, la scénariste fidèle Suzanne Schiffman, il écrit le script et les dialogues au fil du tournage, ne dévoilant qu’à peine l’issue dramatique de son drame d’amour et de vertige, à ses acteurs dont l’histoire prend forme avec l’incertitude des existences.
Depardieu, après Le dernier métro et son César, est partant pour cette mise en scène d’un fait-divers provincial malgré la montagne de projets qui l’attend. Si Belmondo et Louis de Funès sont les champions au box-office, il est l’acteur numéro 1 dans un cinéma total, entre œuvres exigeantes et divertissement commercial. Il sort de Bertrand Blier, Alain Resnais Maurice Pialat, Claude Berri, mais aussi Claude Zidi. Et il est sur le point de triompher dans La Chèvre. La proposition d’une saynète de la vie, belle et dramatique, celle de l’intimement romanesque, lui offre un certain repos à l’écart de Paris, dans la région de Grenoble.
La femme d’à côté, c’est Fanny Ardant
La Femme d’à côté de lui, c’est Fanny Ardant. Le réalisateur est tombé amoureux d’elle en la découvrant à la télévision dans la mini-série, Les dames de la côte, de Nina Companeez, qui est diffusée à la télévision en fin d’année 1979. La trentaine d’une maturité resplendissante, l’actrice trouve son premier grand rôle au cinéma. Et quel rôle. Celui d’une femme éperdument amoureuse, dévorée par les remorts, la tentation, l’impulsivité, mais aussi la maladie que génèrent autant de vertiges. Son personnage ira même faire une cure de sommeil, euphémisme d’époque pour signifier une thérapie pour dépression.

Fanny Ardant dans La Femme d’à côté (1981) – Copyright Film : 1981, Les Films du Carrosse, TF1 Films Productions. Tous droits réservés.
La future diva, qui n’aura plus qu’un film à vivre avec son mentor – Truffaut décède en 1984, un an après la sortie du film noir et facétieux Vivement dimanche ! -, affirme une présence et un jeu aussi puissant que Depardieu qui a pourtant davantage de bouteille. Elle incarne l’émotivité, les émotions réprimées ou déversées, avec une aisance que sa diction mythique sculpte dans le marbre du 7e art en train de s’écrire, avec elle, devant nos yeux. Elle sera d’ailleurs nommée aux César l’année suivante, en 1982, dans la catégorie de la Meilleure actrice, sans passer par la case des espoirs qui, de toute façon, n’existe pas encore. Evidemment, face au jeu éprouvé d’Isabelle Adjani dans Possession, elle n’aura pas d’autre choix que de renoncer au prix qu’elle devra attendre longtemps (Pédale douce, en 1997).
Des décennies après sa sortie, La Femme d’à côté avec sa narration imbriquée, brille toujours pas son écriture éclatante. Truffaut trouve les mots et les vecteurs de fiction qui confine à un universel, celui du premier amour ardent, comme son actrice, aveuglé par son intensité et sa capacité à détruire, car incapable de saisir la maturité et l’apaisement qu’une vie rangée pourrait leur offrir.
La réalisation structurée de Truffaut se distingue comme celle d’un maître peintre d’un cadrage simple mais élaboré, dans un environnement que Chabrol aurait pu s’approprier, mais avec la malice de la noirceur et de la perversité.
La Femme d’à côté est un authentique beau film à côté duquel il serait dommage de passer.
En 2024, il ressort en salle, dans le cadre d’une rétrospective 5 héroïnes de François Truffaut. Le cinéaste dont on célèbre la mémoire 40 ans après la mort, fait aussi l’objet d’un magnifique coffret blu-ray, édité par Carlotta, en collaboration avec MK2, contenant Les Deux Anglaises et le continent, Vivement dimanche ! et La Peau douce. La restauration 4K est une splendeur.

Copyright Affiche : Ferracci. Copyright Film : 1981, Les Films du Carrosse, TF1 Films Productions. Tous droits réservés.
Box-office :
François Truffaut a réalisé 12 films millionnaires sur un peu plus d’une vingtaine de longs. La femme d’à côté en fait partie, avec pas moins d’ 1 093 635 spectateurs. Ce succès fait suite aux 3 384 045 spectateurs de Dernier métro, c’est-à-dire son deuxième plus gros succès personnel après Les Quatre cent coups (3 542 000). Un beau sursaut pour l’auteur pour lequel la fin des années 70 avaient été décevantes, avec les flops de La chambre verte (153 525 entrées) et L’amour en fuite (433 709 nostalgiques des aventures d’Antoine Doinel).
Pour Fanny Ardant, il s’agira de l’un de ses seuls longs millionnaires durant la décennie 80. Si elle avait eu un petit rôle chez Lelouch dans Les uns et les autres, en 1981, un carton à 3 234 000 entrées, elle retrouvera le million avec Vivement dimanche ! de Truffaut, en 1983 (1 169 000). Il lui faudra attendre 1994 et Le colonel Chabert pour regoûter à l’enivrement du million (1 694 000). Ses plus gros succès resteront Pédale douce (4 159 000), Ridicule (2 064 000), 8 femmes (3 564 000) et La Belle époque du jeune Bedos (1 291 000).
Biographies +
François Truffaut, Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Henri Garcin, Roger Van Hool, Véronique Silver

Affiche reprise cinéma 2024 de La femme d’à côté – Design : L’étoile graphique. Copyright Film : 1981, Les Films du Carrosse, TF1 Films Productions. Tous droits réservés.
Le Test Blu-ray
Compléments & packaging : 3.5 / 5
Issu d’un coffret au design luxueux, avec des titres individualisés dans des étuis cartonnés, La femme d’à côté est une exclusivité à cette sortie collector proposant quatre longs métrages et un documentaire inédit sur François Truffaut (101min).
Dans le cas spécifique de la galette de La femme d’à côté, les bonus ne sont pas récents, on retrouve le commentaire émouvant de Fanny Ardant et Gérard Depardieu commentant de nombreuses scènes du film, une présentation par Serge Toubiana, biographe du cinéaste, un commentaire audio de Véronique Silver et Serge Toubiana, ainsi qu’un extrait d’une émission Le magazine du cinéma dans laquelle François Truffaut répond aux questions de Patrick Lion à la veille de la sortie du film.
Il figure enfin la bande-annonce originale d’époque, au montage élaboré pour vendre un film dramatique à suspense, avec une issue dramatique.
L’image : 4.5 / 5
La restauration 4K a fait des miracles en rééquilibrant les couleurs et un contraste plus agréable, moins terne qu’auparavant, et surtout plus naturel.
Le son : 4 / 5
Le film avait été tourné en Mono. Celui-ci bénéficie du DTS HD Master Audio, pour la somptueuse musique de George Delerue. En revanche, les voix sont assez basses et nécessitent une augmentation du volume. Elles sont claires et nullement embrumées par un souffle, ce qui est à souligner. Très belle copie.

Design : L’étoile graphique. Copyright Film : Les Films du Carrosse, Carlotta, MK2. Tous droits réservés.