Faux film catastrophe, En plein feu est en réalité un énième drame du deuil plutôt mal écrit et qui emprunte tous les mauvais chemins.
Synopsis : Un feu géant ravage la forêt des Landes. A la suite d’une alerte évacuation, Simon et son père Joseph quittent leur domicile mais se retrouvent rapidement prisonniers de leur véhicule au milieu de ce cauchemar climatique. Le brasier se rapproche. Que faire ? Attendre les secours…? Ou n’est-ce pas en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de la forêt brûlante qu’ils trouveront le moyen de s’en sortir… ?
Quentin Reynaud retrouve une fois de plus Alex Lutz
Critique : Déjà auteur de deux longs-métrages tournés avec le comédien Alex Lutz, Quentin Reynaud avait trouvé le ton juste pour évoquer le destin d’un joueur de tennis dans 5ème set (2020) qui nous a laissés une très bonne impression. Aussi, la mise en chantier de ce troisième long-métrage intitulé En plein feu (2023) ne pouvait que nous intriguer d’autant que le cinéaste y retrouve son complice Alex Lutz et qu’il aborde pour la première fois un genre assez peu courant en France, à savoir le film catastrophe.
Originaire de Bordeaux et ayant passé une partie de son enfance sur les plages des Landes, Quentin Reynaud a donc imaginé la progression d’un vaste incendie détruisant tout sur son passage. Au cœur de la tourmente, il suit les pas d’un quadragénaire (Alex Lutz en mode ronchon) et de son père (André Dussollier, plutôt sobre) qui tentent de fuir l’issue fatale promise par le destin. Lors du prologue, le cinéaste présente très rapidement les deux protagonistes et laisse entrevoir un fossé entre ces deux hommes qui n’ont visiblement plus rien à se dire. Dès cette entame, les personnages paraissent peu aimables, voire franchement désagréables, ce qui entame quelque peu l’empathie nécessaire à ce type d’intrigue.
En plein feu crame rapidement ses cartouches
En moins de dix minutes, Quentin Reynaud nous plonge au cœur des flammes et sa réalisation laisse supposer une réelle capacité à créer une tension et un certain suspense. Malheureusement, le script enferme ses deux personnages pendant une bonne demi-heure au sein de l’habitacle de la voiture et le spectateur comprend alors que le réalisateur n’a aucunement l’intention de livrer un film trépidant, mais bien un énième drame du deuil dont la portée se veut psychologique. Encore fallait-il pour cela écrire des dialogues passionnants et chercher à pénétrer la psyché torturée des personnages.

© 2023 22h22 – Apollo Films – StudioCanal – Gapbusters – Alliance de Production Cinematographique (APC) / Photographie : Marie-Camille Orlando. Tous droits réservés.
En fait, En plein feu passe totalement à côté de son sujet et le spectateur s’ennuie ferme devant les tergiversations de protagonistes atones. Au bout d’une cinquantaine de minutes, le cinéaste ose se débarrasser d’un des personnages phare pour ne plus se concentrer que sur le drame personnel d’un père qui doit impérativement faire le deuil de son enfant disparu pour rejoindre le monde des vivants. Dès lors, la troisième partie se déroule comme dans un rêve, avec intrusion de personnages secondaires peu crédibles dont on se demande à quoi ils peuvent servir. Ces figures fugitives ne font que noyer un peu plus une histoire qui se consume en même temps que le feu ravageant la forêt landaise.
Un feu de paille en salles
En bon cinéaste français, Quentin Reynaud s’est donc refusé à embrasser le genre qu’il aborde – à savoir le film catastrophe – pour livrer un énième pensum auteurisant sur le deuil nécessaire pour pouvoir continuer à vivre. Outre que la métaphore n’est pas fine, on était tout de même en droit d’exiger une écriture plus ciselée des personnages afin de créer une œuvre profonde et bouleversante. En lieu et place du feu d’artifices attendu, En plein feu est surtout un gros pétard mouillé qui nous laisse dans une indifférence totale vis-à-vis des protagonistes. Certes, les séquences de feu sont plutôt bien réalisées, mais elles ne procurent finalement aucune émotion réelle.
Le grand public ne s’y est pas trompé en évitant consciencieusement le long-métrage qui n’a été qu’un feu de paille en salles. Proposé dans 199 salles le jour de sa sortie (le 8 mars 2023), En plein feu s’est éteint dès l’allumage avec seulement 2 794 spectateurs pour une moyenne de 14 rescapés dans des salles désespérément vides. En une semaine, le métrage n’a déplacé que 20 637 personnes et se retrouve donc encore plus bas que le score déjà catastrophique de 5ème set (mais lui avait l’excuse d’une sortie durant la période Covid).
Une mauvaise affaire pour les exploitants
Les exploitants qui ne parviennent pas à remplir leurs salles se débarrassent rapidement du canard boiteux et le film s’effondre en semaine 2 avec seulement 7 932 retardataires. En troisième septaine, la messe est dite avec 2 343 tickets déchirés. En plein feu est retiré de l’affiche au bout d’un petit mois avec seulement 32 522 spectateurs à son bord. Depuis, le métrage est sorti en DVD et peut être vu sur les plateformes de VOD. Mais n’est-ce pas une énorme perte de temps, car si le film est court, il semble s’éterniser au-delà du raisonnable ?
Avec un budget d’environ 5 millions d’euros, il s’agit de l’un des plus gros échecs français de 2023.
Critique de Virgile Dumez
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© 2023 22h22 – Apollo Films – StudioCanal – Gapbusters – Alliance de Production Cinematographique (APC) / Photographies affiche : Marie-Camille Orlando. Tous droits réservés.
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Quentin Reynaud, André Dussollier, Alex Lutz
Mots clés
Survival, Le réchauffement climatique au cinéma, Film sur le deuil, Les relations père-fils au cinéma