Révélée par Christophe Ruggia et Céline Sciamma, Adèle Haenel a été la muse d’un certain cinéma d’auteur français. Elle est lauréate de deux César.
Adèle Haenel est révélée dans Les Diables (2002) de Christophe Ruggia, où elle partage l’affiche avec Vincent Rottiers. Mais c’est Naissance des pieuvres (2007) le premier long métrage de Céline Sciamma, qui élargit son audience. Elle devient alors la muse d’un certain cinéma d’auteur. L’actrice fait partie des pensionnaires de L’Apollonide (Souvenirs de la maison close) de Bertrand Bonello (2011) et participe la même année au film choral Après le sud de Jean-Jacques Jauffret.
En 2012, elle donne la réplique à Pio Marmaï dans Alya d’Elie Wajeman, et à Raphaël Personnaz dans Trois mondes de Catherine Corsini. Et on la voit au Festival d’Avignon dans la Cour d’honneur du Palais des papes, pour une adaptation d’avant-garde de La Mouette, de Tchekhov, mis en scène par Arthur Nauzyciel. En 2013, elle interprète la sœur de Suzanne (jouée par Sara Forestier) dans le second long métrage de Katell Quillévéré, une prestation qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
En 2014, elle est à l’affiche de deux œuvres. L’Homme qu’on aimait trop, d’André Téchiné, la met dans la peau d’Agnès Le Roux, l’héritière de casino niçoise. Tandis que Les Combattants, premier long métrage de Thomas Cailley, la montre dans un registre plus léger. Le film lui vaut le César de la meilleure actrice. Adèle Haenel alterne ensuite premiers et seconds rôles : médecin face à un cas de conscience dans La Fille inconnue (2016) des frères Dardenne, militante associative dans 120 battements par minute (2017) de Robin Campillo, inspectrice de police dans la comédie En liberté ! (2018) de Pierre Salvadori.
Au Festival de Cannes 2019, Adèle Haenel est à l’affiche du romanesque Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (Prix du scénario), et du très décalé Le Daim de Quentin Dupieux, en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.
À partir de 2019, Adèle Haenel brise le silence et rejoint le mouvement #MeToo avec fracas. Elle accuse, en novembre de cette année, via le média d’information indépendant Médiapart, le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel, lorsqu’elle était mineure. Le 3 février 2025, le réalisateur des Diables, jadis vu comme son “pygmalion”, est reconnu coupable d’agressions sexuelles sur la jeune actrice ; il est condamné à quatre ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique. Il a depuis fait appel.
Adèle Haenel bascule dans une forme de militantisme total en février 2020, lors de la 45e cérémonie des César. L’actrice de Portrait de la jeune fille en feu se révolte lors de l’attribution du César de la Meilleure réalisation à Roman Polanski, et quitte la salle avec fracas.
Devenue la voix de la lutte contre les violences faites aux femmes dans le milieu du cinéma, en 2023, Adèle Haenel publie une lettre dans Télérama dans laquelle elle officialise son retrait du cinéma, pour dénoncer la complaisance du milieu envers les agresseurs sexuels.
La jeune femme se consacre désormais à des activités artistiques alternatives et au militantisme dans différentes causes, devenant une icône aux yeux de toute une génération en quête de justice.
Filmographie d’Adèle Haenel
- 2002 : Les Diables de Christophe Ruggia
- 2007 : Naissance des pieuvres de Céline Sciamma
- 2011 : Après le sud de Jean-Jacques Jauffret
- 2011 : En ville de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer
- 2011 : L’Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
- 2012 : Confession d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde
- 2012 : Trois mondes de Catherine Corsini
- 2012 : Alyah d’Élie Wajeman
- 2013 : Suzanne de Katell Quillévéré
- 2014 : L’homme qu’on aimait trop d’André Téchiné
- 2014 : Les Combattants de Thomas Cailley
- 2015 : La Chambre interdite de Guy Maddin et Evan Johnson
- 2016 : Les Ogres de Léa Fehner
- 2016 : La Fille inconnue de Jean-Pierre et Luc Dardenne
- 2016 : Nocturama de Bertrand Bonello
- 2017 : Orpheline d’Arnaud des Pallières
- 2017 : 120 Battements par minute de Robin Campillo
- 2017 : Les Fleurs fanées de Chris Kraus
- 2018 : En liberté ! de Pierre Salvadori
- 2018 : Un peuple et son roi de Pierre Schoeller
- 2019 : Le Daim de Quentin Dupieux
- 2019 : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
- 2019 : Les héros ne meurent jamais d’Aude Léa Rapin