Yves : la critique du film (2019)

Comédie | 1h47min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche du film Yves

Note des spectateurs :

Présenté en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs, Yves bénéficie d’un pitch séduisant mais souffre d’une première partie un peu molle. Il finit toutefois par installer un véritable rythme de comédie, tout en proposant une satire mordante des nouvelles technologies.

Synopsis : Jérem s’installe chez sa mémé pour y composer un disque de rap. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool, qui le persuade de prendre à l’essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie. Petit à petit, le frigo va gagner l’amitié de Jérem, jusqu’à faire de lui une star en devenant son ghost writer.

« Je préfère rester dans la lose toute ma vie que de devoir mon succès à un frigo »

Critique : Yves est le troisième long métrage de Benoit Forgeard, après Réussir sa vie et Gaz de France, satire politique décalée et potache présentée à la section ACID du Festival de Cannes en 2015. Il poursuit dans la même voie de la dénonciation des dérives du monde contemporain et bénéficie d’un scénario plus élaboré et rigoureux, coécrit avec Alain Layrac et le rappeur Alexandre Majirus. Ce dernier a contribué à croquer le personnage de Jérem, musicien raté et à l’ouest, contraint de se compromettre avec une société commerciale de produits high tech, avant de pactiser carrément avec un réfrigérateur intelligent qui cherchera à le manipuler. Après avoir abordé les jeux de pouvoir et les pièges de la communication politique, le cinéaste aborde ici des thèmes aussi divers que la fracture numérique et la place que prend l’intelligence artificielle dans l’économie et la société des années 2020.

Dans le dossier de presse, il a ainsi déclaré : « Le culte de la performance a enfanté les objets intelligents. Ces objets n’arrivent pas les mains dans les poches – si je puis dire – ils sont chargés d’une idéologie, ont une mission : l’optimisation de la vie collective, mais aussi individuelle. Le frigo ne se contente pas de libérer Jérem des tâches désagréables en décongelant la moussaka ou en commandant les courses, il apprend à le connaître en accumulant les données, devient son meilleur expert, établit un diagnostic sur son existence et lui propose une solution. Sur le papier, ça semble chouette, et ça l’est en partie. Mais ça s’arrête quand ? Y a-t-il moyen de faire autrement, de trouver une parade, de s’affranchir ? Avec ce film, j’essaie de rêver une technologie qui ne soit pas anti-humaniste ».

Yves possède un goût jubilatoire pour l’absurde et se présente comme un séduisant objet visuel

Le propos de Benoit Forgeard n’est certes pas novateur. Charles Chaplin dans Les Temps modernes ou Jacques Tati dans Mon oncle avaient déjà en leur temps dénoncé les excès de la robotisation et son caractère aliénant tant pour le travailleur que le consommateur. Et le septième art a déjà présenté de troublantes machines modernes, du robot HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick à la voix du programme informatique dans Her de Spike Jonze.

Doria Tillier et William Lebghil dans Yves

Copyright Ecce Films

Cela n’enlève rien au mérite du réalisateur qui a su trouver le ton juste entre l’émotion et la légèreté, avec un goût pour l’absurde et la dérision qui ne sont pas sans évoquer l’univers de Quentin Dupieux dans Le Daim. Bien épaulé par son chef opérateur Thomas Favel, Benoit Forgeard propose aussi un séduisant objet visuel, alternant des scènes naturalistes et d’autres carrément hallucinatoires, notamment une jubilatoire scène de cocktail frigorifique. Et le métrage culmine avec une savoureuse parodie du Concours Eurovision de la chanson qui restera, n’en doutons-pas, dans les mémoires.

Une première partie qui ressemble à un sketch trop long

Pourtant, tout n’est pas parfait dans Yves : on sourit plus qu’on ne rit aux déboires de ce rappeur pris au piège de la modernité et le rythme peine à se mettre en place dans la première partie qui ressemble à un sketch trop long. Quant aux acteurs, ils manquent un brin de charisme ou de drôlerie, ce qui est un comble pour une œuvre qui se veut aussi comédie romantique. Mais ces réserves ne doivent pas occulter les qualités que nous avons évoquées et Yves est un film recommandable qui devrait élargir l’audience d’un réalisateur jusque-là cantonné à un cinéma d’auteur confidentiel.

Critique : Gérard Crespo

Les sorties du 26 juin 2019

Affiche du film Yves

Copyright Ecce Films 2019

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Affiche du film Yves

Bande-annonce de Yves

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