Un havre de paix : la critique du film (2019)

Comédie dramatique | 1h31min
Note de la rédaction :
8/10
8
Un havre de paix affiche

  • Réalisateur : Yona Rosenkier
  • Acteurs : Yona Rosenkier, Yoel Rosenkier, Micha Rosenkier
  • Date de sortie: 12 Juin 2019
  • Nationalité : Israélien
  • Distributeur : Pyramide Films
  • Éditeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie :
  • Festival : Festival de Locarno 2018, Cinéastes du présent, prix de la critique suisse et prix du jury jeune Festival de Jérusalem 2018, meilleur film, meilleur premier film, meilleur acteur et meilleure image Festival de Toronto 2018 Festival des Trois Continents 2018, prix du public
Note des lecteurs

A travers le portrait de trois frères aux aspirations différentes, le réalisateur israélien Yona Rozenkier signe un film fort sur l’ampleur des traumatismes engendrés par les conflits guerriers.

 Synopsis : Trois frères se retrouvent pour enterrer leur père dans le kibboutz de leur enfance. Avishaï, le plus jeune, doit partir deux jours plus tard à la frontière libanaise où un nouveau conflit vient d’éclater. Il sollicite les conseils de ses frères qui ont tous deux été soldats. Itaï souhaite endurcir le jeune homme tandis que Yoav n’a qu’une idée en tête : l’empêcher de partir. Dans ce kibboutz hors du temps, le testament du père va réveiller les blessures secrètes et les souvenirs d’enfance…

 

La guerre, les bombes et le havre de paix

 Critique : A peine est-il descendu du bus que le jeune militaire reçoit un message d’alerte à la bombe sur son téléphone. Juste le temps pour lui de se mettre à l’abri que déjà au loin, on entend le bruit de l’explosion. Pourtant, dans ce kibboutz du nord d’Israël composé de champs de fleurs multicolores et de falaises spectaculaires règne le calme. Ne demeurent que des personnes âgées qui ont fait couper les sirènes d’alarme pour pouvoir dormir tranquilles. Entre humour débridé et résignation, il y a longtemps qu’elles ne prêtent plus attention au bruit des hélicoptères et des bombes qui sautent à quelques kilomètres de là, dans ce pays où la guerre ne s’arrête jamais vraiment.

 Il ne s’agit néanmoins pas d’un film sur la guerre (qui sera maintenue à distance et dont nous ne verrons aucune image), mais bien plutôt d’une dénonciation des ravages souterrains infligés aux hommes qui la subissent, comme le témoigne l’attitude de ces trois frères qui ne se sont pas vus depuis longtemps et qui se retrouvent autour de la dépouille de leur père, un homme adepte d’une virilité à tout crin qu’il a transmise à son fils aîné et qu’il poursuit au-delà de sa mort en exigeant de ses fils qu’ils récupèrent une partie de son corps immergée dans un grotte marine dangereuse.

Un havre de paix - pyramide fims

Crédits Gaudeamus Production-DW, Pyramide

Le poids du devoir

Ces deux personnages symbolisent le poids du devoir qui pèse sur ces jeunes soldats qui risquent leur vie sous couvert d’une injonction de masculinité si toxique qu’elle empoisonne toutes les relations familiales, y compris avec la mère.

D’ailleurs Yoav, le deuxième fils, sans doute le plus attachant, à qui le frère du réalisateur prête ses traits, s’est exilé à Tel Aviv pour fuir le mépris de ce père qui ne le voit plus que comme un sous-homme depuis qu’il a développé un syndrome post-traumatique après son passage au sein de l’armée israélienne.

 Nombreuses sont les tensions avec son frère ainé Itaï (endossé par le réalisateur lui-même), un militant qui joue les durs même s’il parvient difficilement à camoufler les troubles qui l’envahissent et dont la violence refoulée sera mise en exergue à travers cette inoubliable scène de paintball mue en séance d’entraînement au combat. Mais c’est sans doute pour Avishaï, le plus jeune, que le choix est le plus difficile. La peur le tenaille et il ne se sent nullement l’esprit guerrier. La vie au grand air et les soins donnés à ses poussins le comblent parfaitement. Alors, comment trouver sa place entre Itaï pour qui il n’est pas de plus grand honneur que de servir l’armée et Yoav qui, s’il ne remet pas en cause le devoir patriotique, déploie toute sorte de subterfuges pour l’empêcher de partir.

 

Quelques bulles d’humour

 Dans ce climat de violence se faufilent subrepticement quelques bulles d’humour décalé qui aèrent un récit au ton extrêmement dépouillé. S’il déroute dans premier temps, il a l’avantage d’entretenir une atmosphère mystérieuse propre à tenir en éveil l’attention. La mise en scène, qui ne nous livre aucun détail de quelconques événements antérieurs, ne se fait guère plus démonstrative et laisse à chacun le soin de prendre la mesure de la douleur de ces jeunes gens.

 Dans un décor irréel inspiré de celui de sa propre vie, Yona Rozenkier parle avec pudeur du quotidien des Israéliens qui doivent vivre avec le poids du doute, la pression machiste et sociale et la honte de devoir avouer des blessures invisibles.

Le site du distributeur

Critique de Claudine Levanneur

Les sorties de la semaine du 12 juin 2019

Crédits Gaudeamus Production-DW, Pyramide

 

 

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