Trois étés : la critique du film (2020)

Drame | 1h34min
Note de la rédaction :
8/10
8
Trois étés : l'affiche du film

  • Réalisateur : Sandra Kogut
  • Acteurs : Regina Casé, Rogério Fróes, Jéssica Ellen
  • Date de sortie: 11 Mar 2020
  • Nationalité : Brésilien, Français
  • Titre original : Três Verões
  • Année de production : 2019
  • Distributeur : Paname Distribution
  • Éditeur vidéo :
  • Sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie : A venir
  • Budget : 300 000 $
  • Festival : Sélection Officielle TIFF 2019 / Prix de la Meilleure Actrice pour Regina Casé au Rio de Janeiro International Film Festival et au Antalya Golden Orange Film Festival
  • Crédits images et affiche : Création affiche : Jérôme Le Scanff - La Gachette / © Republica Pureza Filmes et Gloria Films / Distribué par Paname Distribution
Note des spectateurs :
[Total : 0   Moyenne : 0/5]

Dénonciation sans fard d’un Brésil gangrené par la corruption et les malversations, Trois étés est aussi et surtout le magnifique portrait d’une femme du peuple digne et admirable. Regina Casé y est formidable.

Synopsis : Chaque année, Edgar et Marta organisent une grande fête dans leur luxueuse résidence d’été, orchestrée par leur gouvernante Mada et les autres employés de la maison. Mais, en trois étés, tout va basculer. Alors que le monde de ses riches patrons implose, balayé par des scandales financiers, Mada se retrouve en charge de la propriété dont elle est bien décidée à tirer le meilleur parti. Le portrait décapant d’une société néo-libérale à bout de souffle, rongée par ses démons.

Un film pré-Bolsonaro

Critique : La réalisatrice brésilienne Sandra Kogut a majoritairement travaillé dans le documentaire, et ceci malgré quelques percées dans la fiction (avec Mutum en 2007 ou Campo Grande en 2015). Elle confirme pourtant un véritable talent d’observatrice avec son troisième long-métrage de fiction intitulé Trois étés, qui a été tourné en 2018, soit quelques mois seulement avant l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil.

Regina Casé, radieuse dans Trois étés

Trois étés © Republica Pureza Filmes et Gloria Films / Distribué par Paname Distribution

Trois étés doit donc être davantage vu comme un commentaire acerbe sur le Brésil d’avant l’arrivée au pouvoir du populiste d’extrême droite. Effectivement, la réalisatrice se concentre sur le destin hors norme d’une gouvernante aux ordres d’une famille très riche.

Regina Casé, magnifique en femme du peuple dynamique

Lors du premier tiers du film, le spectateur assiste donc à la présentation des différents personnages, dont une excentrique et volubile Mada, magnifiquement incarnée par Regina Casé, déjà remarquée dans le superbe Une seconde mère (Muylaert, 2015). Cette femme d’un certain âge dégage une force incroyable, portée par un optimisme qui confinerait presque à de la naïveté par moments. L’actrice incarne ici un certain bon sens populaire qui se double d’une réelle intelligence de la vie.

Plongée dans un monde de nouveaux riches, cette femme digne emporte immédiatement la sympathie du spectateur et l’on se dit qu’elle va sans doute être un symbole de la domination d’une classe sociale sur une autre. Pourtant, lors du deuxième été – qui se situe en décembre au Brésil puisque nous sommes dans l’hémisphère sud – un renversement de situation s’opère avec l’arrestation du chef de famille pour malversations et corruption. Le film fait alors écho à la situation économique catastrophique du Brésil, pays émergent empêtré dans un nombre considérable de scandales financiers.

La fièvre de l’argent et du libéralisme, un virus redoutable!

Sandra Kogut présente d’ailleurs son pays de manière très ironique, en insistant sur le fait que tout le monde est gagné par la fièvre de l’argent facile et du libéralisme. Croyant le développement du pays inexorable, tous les Brésiliens ont eu foi en la libre entreprise. La grande qualité du film vient du fait qu’elle ne stigmatise aucunement les plus riches et qu’elle montre bien que même les plus défavorisés ont participé à la faillite générale. D’ailleurs, le seul personnage intégralement sympathique est le vieux professeur interprété par Rogério Fróes. Cet homme est le seul à ne jamais parler d’argent et à continuer à chérir ses livres comme des trésors. Il fait vraiment peine à voir et suscite l’émotion lorsqu’il s’aperçoit que son monde de culture est en voie de disparition (tout comme lui d’ailleurs) .

Trois étés de Sandra Kogut, photo

Trois étés © Republica Pureza Filmes et Gloria Films / Distribué par Paname Distribution

Alors que Mada est elle-même gagnée par le démon de l’entreprenariat, elle finit par livrer le lourd secret qu’elle dissimule derrière sa jovialité de façade. Cela nous donne droit à un magnifique plan-séquence dans lequel Regina Casé donne tout. La détresse de cette femme nous touche alors au plus profond et nous contraint à porter un autre regard, plein de compassion, envers ce personnage décidément terriblement charismatique.

Sandra Kogut réussit un très beau film

Si l’on peut trouver l’ultime été un peu moins convaincant que les deux autres, cette séquence de révélation vient couronner d’émotion une œuvre très fine et qui ne sacrifie jamais ses personnages sur l’autel de la démonstration. Certes, le film propose un commentaire sur le Brésil des années 2010, mais il n’en oublie jamais de faire vivre des êtres humains dont aucun n’est totalement condamnable. Ce qui est une énorme qualité.

Le film sur le site du distributeur 

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 11 mars 2020

Trois étés : l'affiche du film

Création affiche : Jérôme Le Scanff – La Gachette / © Republica Pureza Filmes et Gloria Films / Distribué par Paname Distribution

Trailers & Vidéos

trailers
x
Trois étés : l'affiche du film

Bande-annonce de Trois étés (VOstf)

Drame

x