Time and Tide est un film d’action quasi expérimental, totalement azimuté, signé Tsui Hark peu après son aventure américaine. Essentiel et immanquable, une page vertigineuse du cinéma hongkongais.
Synopsis : A Hong Kong, la brève rencontre entre Tyler, un jeune homme habitué aux dangers de la rue, et Jo, une femme policier infiltrée, ne sera pas sans conséquence : celle-ci tombe enceinte. Afin de gagner de l’argent rapidement, Tyler devient garde du corps. Au service de Hong, le chef d’une puissante triade, il s’associe avec Jack, un ancien mercenaire décidé à entamer une nouvelle vie avec Hui, la fille de Hong, qu’il vient d’épouser et qui attend un enfant de lui. Ensemble, Tyler et Jack parviennent à déjouer une tentative d’assassinat dirigée contre leur employeur, mais leur collaboration va être de courte durée. De complots en guets-apens, d’intérêts opposés en trahisons, ils vont se retrouver opposés et entraînés vers une confrontation mortelle.
Critique : Après deux Van Damme assez misérables, Tsui Hark, maître absolu du cinéma hongkongais, retourne au pays pour rebattre les cartes, exploser les canons narratifs, et livrer l’une des œuvres les plus folles du cinéma asiatique de cette époque. Time and Tide répond ainsi aux ascensions mondiales de John Woo, Ringo Lam et Johnny To, en rappelant à chacun qui est le maître à bord. Embarquant avec lui Koan Hui, le coscénariste de The Blade, son dernier classique en date, tourné avant de migrer aux States, le cinéaste embrase à nouveau le cinéma hongkongais, alors sous assauts esthétiques de Wong Kar-wai, à l’aurore du renouveau du cinéma taiwanais chinois dit de sabre, avec Tigre et Dragon d’Ang Lee. Time and Tide est un film fou. Dément dans son montage, dingue dans ses cascades, hallucinant dans son utilisation exponentielle d’une caméra qui ne connaît aucune limite et semble être là pour sonner le glas d’un type de cinéma, alors en voie de disparition, puisque l’on va très vite, surtout en Chine, s’adonner aux facilités des images de synthèse. Time and Tide y recours timidement, mais le gros du film, c’est de la baston en béton, des voltiges aériennes, un sens inné du rythme (un peu moins de 2 heures de séquences qui demeurent inégalées à ce jour). En employant des acteurs d’une nouvelle génération, le minet Nicholas Tse, le rockeur Wu Bai et la jeunette Candy Lo, le cinéaste, pourtant sur le point de traverser le désert avant de resurgir de l’au-delà une décennie plus tard, avec le premier segment de la trilogie Detective Dee, fait fi de toutes les modes, transcende le style Matrix et transfigure le cinéma hongkongais avec l’une de ses œuvres les plus explosives de son illustre carrière. Après vingt ans de tournage non-stop, cette réinvention était, en 2000, tout à fait exceptionnelle.
En 2019, Carlotta propose le film dans une édition DVD/blu-ray dite de Prestige, l’image est sublime et confirme : Time and Tide n’a non seulement pas pris une ride, il s’avère – en dépit d’un récit particulièrement confus mais in fine secondaire -, plus jubilatoire qu’auparavant, car, ce n’est pas de l’effet numérique que l’on se prend dans la poire, mais bel et bien du cinéma de chair et de sueur, qui corrobore le génie intemporel du bonhomme.
Les sorties de la semaine du 12 décembre 2001

© 2000 Columbia Pictures Film Production Asia – Film Workshop. Tous droits réservés.
Test blu-ray Carlotta de Time and Tide
Huitième édition prestige DVD/Blu-ray édité par Carlotta.
Les suppléments : 5 / 5
Cette édition est magnifique. Le coffret contient un nouveau visuel du film, dans une boîte cartonnée du meilleur effet, à l’intérieur, on peut compter seize reproductions de lobby cards, ces fameuses photos d’exploitation qui habillaient les halls des cinémas dans le passé. On apprécie la présence d’une affichette, d’une reproduction couleur du dossier de presse français, que Columbia Tri Star (aujourd’hui Sony), proposait aux journalistes, avant d’entrer dans les salles de projection privées. Cerise sur le gâteau, on peut également trouver un fac-similé d’époque du Cinéphage n° 13, avec une très longue interview du cinéaste mythique (1993). Juste énorme. Dans ce somptueux coffret, on notera que le film est proposé en Blu-ray et DVD, donc sur deux disques contenus dans un digipack. Concernant les bonus audiovisuels, on approche les 50 minutes, hors du commentaire audio de Tsui Hark qui est proposé en anglais, sous-titré en français.
Time and Tide par Karim Debbache : ce module propose un entretien très pertinent avec le créateur de la web-série Chroma, fan de Tsui Hark, dont il parle avec une grande fluidité et une bonne connaissance, en particulier du film Time & Tide.

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Action vérité (20 mn) est peut-être le complément le plus passionnant. Il donne la parole à Charles Tesson, spécialiste du cinéma asiatique, délégué général de la Semaine de la Critique, qui livre une approche historique passionnante. Il place ainsi la sortie de Time and Tide en perspective de la rétrocession de Hong Kong à la Chine et donne à l’œuvre de Hark une position charnière dans la transition entre un cinéma de Hong Kong libre et fécond, à une cinématographie peu à peu tournée sur la Chine historique. Ses connaissances de la filmographie de Hark, qu’il connaît depuis le début des années 80, sont impeccables, et l’entretien délivre une restitution intellectuelle, culturelle et historique, parfaite.
Le tout-puissant (24 mn) : Julien Carbon et Laurent Courtiaud, les deux réalisateurs de Les nuits rouges du bourreau de jade, qui ont déjà écrit pour Tsui Hark, évoquent le style du cinéaste, son approche, la symbolique de ce film qu’ils considèrent comme une ré-assertion de la toute-puissance du réalisateur à Hong Kong. Vraiment très intéressant.
Une bande-annonce d’époque pique les yeux, et montre à quel point la HD est une merveille dont on aurait tort de se passer.
L’image : 4 / 5
Superbe copie qui n’a rien perdu de son caractère cinématographique dans son piqué ; la HD est bénéfique à l’esprit multidimensionnel du film. L’espace joue un rôle primordial, s’étirant de façon extensive grâce à la profondeur de champ du support. La colorimétrie est parfaitement maîtrisée, jamais trop accentuée, et ne tire donc jamais vers le kitsch, alors que l’esthétique de cet action flick est très prononcée.
Le son : 4 / 5
Les deux pistes DTS HD Master Audio 5.1, en VO et VF s’épanouissent sur ce support physique, avec un investissement marqué des arrières. Le film joue avec les enceintes, au gré des rafales ; les douilles alimentent le dynamisme d’une projection agitée comme on les aime. Les voix françaises sont plutôt bien placées, un cran au-dessus des voix originales ; elles sont même plutôt agréables à suivre. Il faut juste ne pas se concentrer sur les bouches qui articulent. Gare aux décalages inhérents à ce type d’exercice.

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