Comédie loufoque, The Last Viking permet au réalisateur Anders Thomas Jensen de surfer entre plusieurs genres avec une vraie science du décalage. Mads Mikkelsen y est étonnant dans un rôle à contre-emploi.
Synopsis : Après quinze ans derrière les barreaux, un braqueur de banque sort de prison et veut récupérer le butin qu’il avait confié à son frère avant son arrestation. Mais ce dernier, convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable…
Et de six films…
Critique : Sixième collaboration entre le réalisateur Anders Thomas Jensen et le duo d’acteurs formé par Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, The Last Viking (2025) poursuit donc une œuvre globalement cohérente fondée sur un certain humour noir et une vision plutôt décalée du monde qui nous entoure. Toutefois, si certaines réalisations du trio ne nous ont pas franchement convaincues, ce dernier essai parvient enfin à maîtriser son difficile exercice d’équilibriste entre plusieurs genres apparemment antagonistes.

© 2025 Zentropa Entertainments, Film i Väst, Zentropa International Sweden, Zentropa Productions. All Rights Reserved.
Effectivement, The Last Viking multiplie à l’envi les dérapages incontrôlés à l’intérieur d’un cadre que l’on pourrait résumer à une intrigue classique de polar. Ainsi, le personnage principal interprété par Nikolaj Lie Kaas – toujours parfait pour jouer les gros durs – sort de prison au bout de 15 ans et cherche à récupérer son butin caché dans la forêt par son frère. Par ailleurs, il est poursuivi par son ancien partenaire de casse, particulièrement vindicatif et violent – l’excellent Nicolas Bro.
Bienvenue chez les dingues!
Mais derrière cette trame simple, voire simpliste, se camoufle plusieurs autres longs métrages. Assez rapidement, la mécanique bien huilée du thriller déraille car le frère joué par un Mads Mikkelsen en total contre-emploi se trouve être atteint d’un trouble dissociatif de la personnalité. Ainsi, lorsque l’ancien taulard retrouve son frangin Manfred, celui-ci est désormais persuadé d’être John Lennon. Il ne se souvient donc pas du tout où il a caché l’argent. Pire, ne supportant pas qu’on l’appelle par son véritable prénom, il ne cesse de se jeter par la fenêtre la plus proche afin d’échapper à une réalité qu’il ne veut plus voir.
Toute cette première partie de The Last Viking s’avère fort drôle grâce à la prestation impressionnante de Mads Mikkelsen dont on n’arrive jamais à anticiper les réactions. Il est en quelque sorte l’auguste face au clown blanc qu’incarne Nikolaj Lie Kaas. Pourtant, en cours de route, le film va encore prendre un chemin de traverse en se faisant nettement plus sombre et psychanalytique.
Quand la réalité est trop dure à affronter
Finalement, lorsque l’ancien taulard creuse la terre à la recherche de son butin, il ne fait rien d’autre que déterrer un secret longtemps enfoui dans son subconscient. Certes, la métaphore n’est pas la plus fine qui soit, mais elle a le mérite de plonger le spectateur dans l’expectative en découvrant les dessous de l’histoire tragique de ces deux frères. Tous les deux victimes d’un trauma refoulé, l’un a opté pour une amnésie totale (le taulard), tandis que l’autre s’est réfugié dans une personnalité parallèle qui lui permet d’affronter à sa manière iconoclaste l’horreur de ce passé qui ne passe pas.

© 2025 Zentropa Entertainments, Film i Väst, Zentropa International Sweden, Zentropa Productions. All Rights Reserved.
Parallèlement à cette quête psychologique, le film suit également le parcours de plusieurs patients de l’hôpital psychiatrique qui se sont échappés avec les frangins, ce qui donne une allure loufoque à l’ensemble. Evoluant sur une ligne de crète fort étroite, Anders Thomas Jensen parvient à toujours retomber sur ses pieds et à ne pas chuter. Il évite ainsi l’humour méprisant, la noirceur inutile, le pathos et dynamite chaque scène par des trouvailles originales qui font de son long métrage un modèle d’équilibre.
The Last Viking, un gros succès au Danemark
Réalisé de manière efficace, profitant des superbes décors – la maison dans la forêt, entièrement construite pour le film – et de paysages forestiers magnifiques, The Last Viking est donc une œuvre totale, à la fois drôle, violente, touchante et même carrément émouvante.
Présenté au Festival de Venise en 2025, mais aussi à celui de Toronto, The Last Viking a systématiquement reçu les applaudissements nourris du public. A sa sortie au Danemark, le film a également pulvérisé plusieurs records au box-office national, ce qui explique une distribution en France, contrairement à Riders of Justice (2020), le précédent film du cinéaste sorti uniquement en vidéo chez nous.
Box-office estival de The Last Viking
Proposé en France dans une combinaison assez restreinte de 101 salles par le distributeur Motel dès le 15 juillet 2026, The Last Viking a fédéré 26 660 cinéphiles pour une 16ème place hebdomadaire. Un démarrage plutôt encourageant, mais c’est véritablement la deuxième semaine qui démontre la réalité d’un bon bouche à oreille. Le thriller dingue ne perd que 37 % de spectateurs avec encore 16 733 retardataires.
Dès lors, le distributeur injecte davantage de copies en troisième semaine et parvient à faire remonter les entrées à 16 973 (total de 60 000). Au bout d’un mois, les exploitants demandent encore des copies et le métrage se maintient à 16 213 tickets vendus. Tutoyant désormais les 100 000 entrées, The Last Viking connaît actuellement une bien jolie carrière, faisant de lui un vrai sleeper de l’été 2026.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 juillet 2026

© 2025 Zentropa Entertainments, Film i Väst, Zentropa International Sweden, Zentropa Productions / Affiche : Metanoia. Tous droits réservés.
Biographies +
Anders Thomas Jensen, Mads Mikkelsen, Søren Malling, Lars Ranthe, Nikolaj Lie Kaas, Lars Brygmann, Nicolas Bro, Sofie Gråbøl
Mots clés
Cinéma danois, Cinéma suédois, Comédie décalée, Comédie noire, Les relations entre frères au cinéma, Les enfants maltraités au cinéma, La santé mentale au cinéma