St. Agatha : la critique du film et le test blu-ray (2019)

Epouvante-Horreur | 1h39min
Note de la rédaction :
4/10
4

Note des lecteurs

Loin de l’univers des Conjuring, le dernier film de Darren Lynn Bousman préfère reproduire les effets chocs de la saga Saw au profit d’une intrigue assez banale et prévisible. Excessif, parfois trash, mais surtout désespérément inconséquent.

 Synopsis : Dans les années 1950, dans une petite ville de Géorgie, une jeune femme enceinte nommée Agatha cherche refuge dans un couvent. Ce qui semble être l’endroit idéal pour avoir un enfant se change en une nappe sombre où le silence est forcé, les secrets les plus horribles sont cachés, et chaque once de volonté d’Agatha est testée tandis qu’elle prend conscience de l’infâme réalité du couvent et des gens qui se cachent dans ses couloirs.

Critique : Réalisateur diversement inspiré de trois volets de la saga Saw (les numéros 2,3 et 4), Darren Lynn Bousman n’a cessé depuis de tourner des œuvres inégales.

St. Agatha préfère les ambiances glauques et évacue tout surnaturel

Avec St. Agatha, il continue à explorer la psyché désordonnée des êtres humains et propose ainsi une horreur débarrassée de tout l’attirail surnaturel habituel. Pourtant situé dans un couvent, le réalisateur ne se laisse jamais tenter par une atmosphère fantastique, faisant confiance au sadisme inhérent à la nature humaine pour fournir au spectateur son quota de scènes chocs. En la matière, Bousman n’est plus un novice et il sait mieux que quiconque créer une atmosphère désagréable et nauséabonde, mettant aussitôt le spectateur mal à l’aise.

Bousman recycle ses tics de mise en scène vus dans la saga Saw

Ici, il réutilise tous ses tics de mise en scène expérimentés sur la saga Saw, avec notamment un montage cut à la lisière de l’hystérie, des inserts ponctués de sons violents qui agressent le public et des images qui passent en un clin d’œil du flou à une mise au point très précise. Si l’on ajoute à cela quelques séquences gore dérangeantes (une langue sectionnée aux ciseaux, une séquence sadique où une jeune femme doit manger son propre vomi), St. Agatha prouve que le cinéaste aime toujours autant le trash.

Copyright 2019 M6 Vidéo. Tous droits réservés.

Le problème vient du fait que cet univers outrancier – qui entretient un rapport avec la nunsploitation des années 70 – se déploie dans un contexte réaliste qui ne colle pas avec la forme choisie par le réalisateur. Certes, nous savons bien que des instituts religieux ont servi de havre de paix à des jeunes filles enceintes dans les années 50 et nous sommes aussi avertis que certaines sœurs en ont profité pour vendre des bébés à des familles aisées en manque de progéniture, ce qui est suffisamment horrible en soi, mais pourquoi avoir choisi la voie de l’outrance pour traiter de ce sujet si sérieux ?

Une mise en place précipitée, puis le vide

Pressé de nous indiquer que quelque chose cloche dans ce couvent, le réalisateur nous balance à la figure des séquences chocs au bout de dix minutes, ce qui interdit ensuite toute montée de tension. Les nonnes sont tellement odieuses dès le début qu’il paraît impossible que des jeunes filles normalement constituées acceptent de telles humiliations sans réagir. Le contexte social n’étant pas approfondi, leur inaction face aux pressions des sœurs est tout bonnement incohérente. Dès lors, le spectateur doit attendre patiemment la fin d’un film qui a vidé toutes ses cartouches en une vingtaine de minutes, d’autant que le script est totalement prévisible.

Bousman peine à masquer le manque de moyens

Sans doute conscient du manque de ressorts de son script, Bousman a donc opté pour la fuite en avant vers toujours plus d’outrance, histoire d’habiller un film décidément très pauvre sur le plan thématique et dépourvu du moindre intérêt. La plupart des personnages sont réduits à des caricatures (ou pire des ombres fugitives) perdues au milieu d’un désert narratif. Tout ceci n’est pas aidé par une production au rabais, avec un décor inintéressant (on a rarement vu couvent si peu charismatique), des images laides et une musique pseudo-religieuse qui confine au kitsch le plus ostentatoire. Finalement, St. Agatha n’a pas beaucoup de qualités à son actif, même si on apprécie encore la volonté de Darren Lynn Bousman de pousser le curseur de l’abjection toujours plus loin. Ici, cela tourne à vide, ce qui l’entraîne à passer à côté de son sujet.

Le test blu-ray   

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Compléments & packaging : 1/5

Boitier classique pour un DTV qui ne vous proposera qu’une bande-annonce en supplément. Le strict minimum donc.

Image : 3,5/5

Les éclairages du film sont un peu frustres et le blu-ray ne parvient pas à changer la donne. On a le sentiment de visionner une copie SD qui serait de bonne tenue. La faute à une certaine absence de profondeur de champ liée au huis clos et à une copie insuffisamment contrastée. Ce n’est pas épouvantable, mais on a davantage l’impression de regarder un téléfilm de bas étage qu’une œuvre de cinéma.

Son : 4/5

C’est assurément le point positif de cette édition avec deux pistes 5.1 DTS HD Master Audio en anglais et en français. La première est naturelle, tout en occasionnant quelques sursauts à cause de sons volontairement stridents. On notera aussi la présence sans cesse menaçante du caisson de basses, régulièrement sollicité. Pour une fois, la piste en français ne démérite pas avec un bon équilibre général et un doublage de qualité.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

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