Romería, troisième film de Carla Simón, évoque une histoire familiale très personnelle qui pâtit d’un script trop éparpillé et d’une tendance à tenir l’émotion à distance. Intéressant, mais sans doute trop cérébral.
Synopsis : Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quitté, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Romería, une histoire à la première personne
Critique : Cinéaste espagnole qui a réalisé de nombreux courts métrages dans les années 2010, Carla Simón a déjà été repérée comme une réalisatrice aux thématiques très personnelles avec ses deux premiers longs métrages : Eté 93 (2017) et Nos soleils (2022). A chaque nouveau film, l’artiste développe son thème de prédilection qui est celui de la famille.

© 2025 Elastica Films S.L., Romería Vigo, A.I.E., Ventall Cinema GmbH, Dos Soles Media, S.L. / Photographie : Quim Vives, Elastica Films. Tous droits réservés.
Pourtant, avec Romería (2025), elle franchit un nouveau cap en abordant directement sa propre histoire personnelle. Effectivement, Carla Simón a bel et bien perdu ses parents alors qu’elle était enfant à cause de l’épidémie du sida. Orpheline, elle a été placée dans une famille d’accueil, avant de retrouver ses grands-parents paternels dans le but d’obtenir une bourse universitaire.
Retrouver la trace des parents disparus
A cette occasion, la jeune femme a découvert de nombreux secrets de famille qui ont ravivé son désir de retrouver la trace de ses géniteurs, même si ce n’est que par la pensée. Avec Romería, c’est bien cette histoire très personnelle que nous raconte la réalisatrice, à travers le destin de la jeune Marina qui débarque dans la famille de son père pour bénéficier d’une reconnaissance de paternité. Si l’accueil paraît plutôt chaleureux durant le premier quart d’heure du film, l’ambiance se dégrade progressivement et le spectateur sent bien qu’un secret empêche toute cohésion familiale.
Bien entendu, nous ne dévoilerons pas l’un des éléments du film, mais tout ceci est lié à l’épidémie du sida qui a déferlé sur le monde au cours des années 80 et surtout sur la honte que cela induisait dans les familles concernées par la maladie. Ainsi, il ne faut pas oublier que les malades sont restés longtemps considérés comme des pestiférés, d’autant que le phénomène touchait en premier lieu les homosexuels et les drogués. On retrouve d’ailleurs ici une thématique qui était largement abordée dans le cinéma quinqui du début des années 80, à savoir le développement hors de contrôle de la drogue au sein de la jeunesse postfranquiste.
Du style documentaire à l’onirisme, un changement de style abrupt
Toutefois, si Carla Simón évite l’écueil du mélodrame, on peut sans doute lui reprocher une trop grande distance par rapport à son sujet pourtant si personnel. Tout d’abord, elle emploie une réalisation quasiment documentaire sur une grosse heure de métrage, avant de changer radicalement de style pour se lancer dans un quart d’heure onirique plutôt réussi, mais qui tranche sérieusement avec ce qui précède. En fait, la jeune fille rejoue en rêve l’histoire de ses parents, ce qui lui permet d’une certaine manière de les retrouver. Malheureusement, la rupture de ton ne se fait pas de manière harmonieuse, d’autant que cela s’interrompt de nouveau de manière abrupte, pour revenir à un style plus frustre.

© 2025 Elastica Films S.L., Romería Vigo, A.I.E., Ventall Cinema GmbH, Dos Soles Media, S.L. / Photographie : Quim Vives, Elastica Films. Tous droits réservés.
Il s’agit assurément d’un choix parfaitement volontaire de la part de la réalisatrice, mais on est en droit de trouver cet éparpillement narratif un rien aventureux. Finalement, à cause de ces affèteries stylistiques, l’émotion et la nostalgie inhérentes au sujet a tendance à se diluer, d’autant que le long métrage dure près de deux heures, parfois un brin ennuyeuses.
Des jeunes acteurs séduisants pour un ensemble trop disparate
En ce qui concerne les jeunes interprètes, ils assurent bien dans des doubles rôles pas évident à assumer. Ainsi, la novice Llúcia Garcia est aussi crédible en jeune fille d’aujourd’hui qu’en femme des années 80, tandis que Mitch, par ailleurs musicien de rock espagnol, est lui aussi à l’aise dans les deux emplois. Pour ce qui est des adultes, leurs rôles sont sans doute insuffisamment développés pour qu’ils nous marquent durablement.
Finalement, Romería est une œuvre très personnelle, mais qui manque sans doute encore de maturité et qui pâtit d’un script trop éparpillé et brouillon pour pleinement convaincre. Présenté au Festival de Cannes 2025, le film est reparti bredouille. Toutefois, la jeune Llúcia Garcia a justement obtenu le Prix de la meilleure révélation féminine lors de la cérémonie des Gaudi 2026 (qui récompense les films catalans). Celui-ci est mérité, tant la jeune comédienne illumine l’écran de sa présence solaire.
Depuis sa sortie en France au début du mois d’avril 2026, Romería a su attirer le public d’art et essai, cumulant déjà plus de 100 000 entrées en un mois, ce qui est plutôt rare pour une œuvre espagnole, hors filmographie d’Almodóvar.
Critique de Virgile Dumez
Notes cannoises :
Conclusion d’une trilogie consacrée à la famille, Romeria évoque la quête d’identité, celle d’une jeune femme qui part en quête des parents qui l’ont rejetée et cédée à l’adoption.
Après Eté 93 (Prix du Meilleur Premier Film, Berlin, 2017) et Nos soleils (Ours d’or à Berlin, 2023), la cinéaste espagnole Carla Simon, elle-même orpheline puisque ses parents ont été emportés par le sida lorsqu’elle était jeune, livre une nouvelle oeuvre personnelle et intime qui devrait séduire le jury du festival de Cannes.
Rarement mis en avant sur la Croisette, le cinéma espagnol trouve enfin, avec Sirat d’Oliver Laxe, un titre en compétition officielle après des années de disette.
Notes cannoises de Frédéric Mignard
Les films du Festival de Cannes 2025
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Adaptation de l’affiche : Victor de Ladonchamps / Good Time. © Ad Vitam. All Rights Reserved.