Nous le peuple : la critique du documentaire (2019)

Documentaire, Politique | 1h39min
Note de la rédaction :
8/10
8
Nous le peuple - affiche

  • Réalisateur : Patrice Chagnard Claudine Bories
  • Date de sortie: 18 Sep 2019
  • Nationalité : Français
  • Distributeur : Epicentre Films
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-Périphérie
  • Festivals : Festival La Rochelle Cinéma 2019 Etats Généraux du film documentaire - Lussas 2019

Tourné quelques mois avant la naissance du mouvement des gilets jaunes, Nous le peuple traite de la crise de la démocratie et donne la parole aux laissés-pour-compte de la République.

Synopsis : Ils s’appellent Fanta, Joffrey, Soumeya… Ils sont en prison, au lycée, au travail, ne se connaissent pas et communiquent par messages vidéo. Ils ont en commun le projet un peu fou d’écrire une nouvelle Constitution. Pendant près d’un an,  ils vont partager le bonheur et la difficulté de réfléchir ensemble. Ils vont redécouvrir le sens du mot politique. Ils vont imaginer d’autres règles du jeu. Cette aventure va les conduire jusqu’à l’Assemblée nationale.

Nous le peuple ravive la flamme politique d’initiative populaire

Critique : Après Les arrivants qui, en 2008, se penchait sur la vérité complexe de l’immigration, suivi en 2014 de La règle du jeu,  traitant de l’absurdité des nouvelles méthodes de recrutement, Claudine Bories et Patrice Chagnard ouvrent le troisième volet d’un état des lieux de la France. Désireux de réinvestir le champ politique sous un nouvel angle, ils évitent de dénoncer les turpitudes et les mensonges du pouvoir et  laissent de côté la dérision et le cynisme qui s’imposent dès qu’il s’agit de politique pour se consacrer aux invisibles, à ceux qui n’ont pas la parole, ne sont pas ou peu représentés. Pour ce faire, ils s’intéressent aux ateliers constituants animés par l’association les Lucioles du Doc qui met en place des espaces d’éducation populaire politique. De janvier à juillet 2018, ils filment les trois groupes qui composent ces ateliers et dont le but est de donner naissance à une nouvelle Constitution permettant aux citoyens de participer aux prises de décisions politiques. Les détenus de Fleury-Mérogis, tous volontaires, constituent le premier groupe. Les femmes de Villeneuve-Saint-Georges, des mères de familles immigrées pour la plupart qui décident dans un premier temps de s’unir pour tenter de mettre fin aux violences des cités, puis au fur et à mesure, gèrent les multiples problèmes du quartier, forment le second groupe. Enfin, le troisième groupe réunit une quinzaine d’élèves issus des classes de Première ES du lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, dont certains rêvent d’intégrer Sciences Po.

Des ateliers de parole de bon sens et d’intelligence animent le documentaire

Ces trois groupes, vivant dans des lieux différents, communiquent entre eux par message vidéo, épaulés par les animateurs des Lucioles du Doc qui fluidifient les échanges. Il se rassemblent autour de débats parfois vifs, quelquefois contradictoires auxquels participent des personnes souvent peu cultivées et politisées mais qui font preuve d’une intelligence, d’une lucidité et d’un bon sens vivifiants. Car tous ont quelque chose à dire sur le décrochage scolaire, la fracture numérique, les tensions avec la police, la discrimination, la disparition des services publics mais aussi la solidarité qui existe dans ces cités montrées du doigt ou sur l’envie de s’en sortir de ces détenus entassés dans des prisons surpeuplées. Cependant si passionnants soient-ils, ces ateliers de parole n’auraient pu constituer à eux seuls la trame du film. 

Alors qu’a lieu le tournage, l’Assemblée nationale examine la réforme de la Constitution voulue par Emmanuel Macron.(réforme qui sera finalement abandonnée en juillet 2018). La diffusion en parallèle des images « officielles » de l’Assemblée nationale, des interventions de la Garde des Sceaux et de la présidente de la Commission des Lois contribue à témoigner largement du fossé entre deux mondes qui s’ignorent. Le président de l’Assemblée Nationale (François de Rugy à l’époque) pénètre solennellement dans ce lieu chargé des fastes républicains pour porter un événement que la présidente de la Commission des Lois qualifie d’historique pour le pays. 

Le changement, c’est (après-) demain

L’espoir d’un changement en profondeur est alors tangible, jusqu’à ce que la Ministre de la Justice ne l’anéantisse en affirmant sans la moindre réserve que seule l’Assemblée nationale est habilitée à étudier toute décision politique. Aucun doute, la parole du peuple demeure inaudible. Ce qui n’empêchera pas nos trois groupes de travail de porter, après plusieurs mois de travail, leur projet de nouvelle Constitution devant la Commission des Lois. Une lettre au ton mielleux et compassé leur signifiera une fin de non-recevoir. Soutenus par quelques députés de la France Insoumise, ils iront jusqu’à investir l’hémicycle pour présenter sous forme d’un amendement, les réflexions issues des ateliers, elles aussi balayées d’un revers de main, mais dont le plus bel avantage est de nous livrer quelques scènes chargées d’émotions au moment où les apparats de la République se heurtent à la détresse de ceux qu’elle laisse délibérément sur le bord de la route, quand sous la compassion affichée se faufile sournoisement le mépris, quand la force du malentendu est telle qu’elle scelle la scission irrémédiable entre la classe politique et la grande majorité de ses citoyens.

Le peuple, ce contre-pouvoir souverain

Sans ostentation ni démagogie, Nous le peuple se fait avant tout pédagogique mais aussi optimiste en dévoilant la capacité du peuple à s’unir pour tenter de reprendre les rênes de son destin et sa détermination à semer des graines qui tôt ou tard construiront l’Histoire.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties du mercredi 18 septembre 2019

 

Nous le peuple - affiche

Création : Patrick Cennan – © Ex Nihilo – Les films du Parotier – 2019

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Bande-annonce de Nous le peuple

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