Mystery train : la critique du film (1989)

Comédie | 1h45mn
Note de la rédaction :
8/10
8

Note des lecteurs

Jarmusch revisite les mythes de Memphis à travers une comédie à sketches resplendissante de beauté visuelle et prégnante d’ambiance nocturne moite et lancinante.

Synopsis : Memphis, Tennessee, la ville du King Elvis Presley. Un couple de Japonais en pèlerinage, une jeune femme venant chercher les restes de son mari, quelques copains dépressifs et alcooliques vont se croiser sans vraiment se rencontrer, dans une sorte de comédie romantique et nostalgique.

Critique : Amateur de saynètes humoristiques (celles de Coffee and cigarettes ont jalonné sa carrière), Jarmusch touche en 1989 avec Mystery train au film à sketches comique. Son quatrième métrage, juste après le triomphe inespéré de Down by law, lui permet de revenir à Cannes où il décroche le prix de la Meilleure Contribution Artistique. Malheureusement, le film passe en France relativement inaperçu avec 188 000 curieux, alors que son précédent opus en avait attiré 634 000.
Vite oublié du public et donc considéré comme un Jarmusch mineur, Mystery train tient pourtant, à juste titre, une place importante chez les fidèles du cinéaste. De mineur, il n’en a que les chiffres. Ce film synthétise en effet toutes les qualités d’une œuvre cohérente basée sur la passion d’un homme et de son équipe (Lurie, Müller…) pour le rock et le blues, les personnages marginaux, les lieux dépouillés transcendés par la photographie et les dialogues décalés.

Regard fasciné et fascinant de magicien dU bas quartiers.

Aussi, en écumant les bas quartiers de Memphis, Jarmusch transforme la ville d’Elvis en cité fantôme, en zone d’errance irréelle, terre d’accueil de tous les paumés. L’on y croise des touristes lost in translation, un couple de deux japonais farfelus de 18 ans qui parcourent les USA pour rendre hommage aux légendes du rock, lui petit blanc-bec canaille, elle midinette groupie émerveillée par l’Amérique, y compris celle des outsiders ; une italienne de passage, effarée et effrayée, retardée par un avion capricieux qui comme le temps semble s’être arrêté dans ce no man’s land du Tennessee ; deux employées noirs d’un hôtel miteux – l’un étant la figure sensationnelle du blues Screamin’ Jay Hawkins – ; et une bande de losers locaux, reflets pathétiques des réalités sociales d’une ville sur le déclin. Tous ces personnages incroyablement charismatiques jusque dans leurs insupportables défauts (l’incessante bavasseuse qui noie chacune de ses apparitions dans des flots de paroles improbables) se croisent sur un terrain d’amertume, qui stigmatise la dure réalité d’un lieu mythique, où le regard omniprésent d’Elvis (son spectre ?) laisse transparaître une infinie tristesse. Le décalage entre l’image mythique du lieu, marqué par les plus grands noms du rock américain, et sa réelle indigence naturaliste est systématique. La gare devient le symbole même de ce visage abîmé de l’Amérique. Terre d’accueil et d’exil, elle offre un visage misérable à ce haut lieu touristique, et ne donne qu’une envie : emboîter le pas vers un Mystery train (une chanson du King) pour fuir à jamais le misérabilisme que Jarmusch évite par son regard fasciné et fascinant de magicien des bas quartiers, qui construit du sublime à partir des bouges les plus indécrottables.

Critique de Frédéric Mignard

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Crédit : Collier Delepine

 

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