Monsieur Verdoux : la critique du film (1948)

Comédie, Policier | 2h04min
Note de la rédaction :
9/10
9
Monsieur Verdoux, affiche de la reprise 2019

  • Réalisateur : Charles Chaplin
  • Acteurs : Martha Raye, Mady Correll, Robert Lewis, Charles Chaplin
  • Date de sortie: 14 Jan 1948
  • Nationalité : Américain
  • Distributeur : Les Artistes Associés
  • Éditeur vidéo : MK2 / Potemkine
  • Box-office France / Paris-périphérie : 2 601 601 entrées / 861 631 entrées
  • Box-office USA : 323 000 $
  • Budget : 2 M$
  • Reprise : Rétrospective Chaplin au Théâtre du Temple
  • Date de la reprise : 10 juillet 2019
Note des lecteurs

Charles Chaplin troque le costume du vagabond pour celui d’un serial-killer philosophe et signe ainsi une comédie cynique à l’humour noir particulièrement cinglant. Son propos, d’une belle intelligence, élève ce divertissement au rang des chefs d’œuvre des années 40.

Synopsis : Monsieur Verdoux, bon père et bon époux, séduit puis assassine douze femmes…

Critique : En 1941, le cinéaste Orson Welles approche Charles Chaplin afin que celui-ci interprète le rôle d’un serial-killer dans un film qu’il souhaite consacrer au criminel français Henri Désiré Landru (1869-1922), connu pour avoir escroqué et assassiné onze femmes au cours des années 10. Toutefois, le projet n’aboutit pas et Charles Chaplin pense que ce thème lui fournirait la base idéale de son prochain opus. Il négocie donc avec Orson Welles et obtient le droit d’exploiter comme il l’entend cette idée contre une somme d’argent. Désormais, le nom d’Orson Welles apparaît au générique comme inspirateur de l’idée originale. Il faut attendre toutefois la fin de la guerre pour que le projet voie le jour.

Un projet initié par Orson Welles

Dans sa volonté d’effacer une bonne fois pour toute son personnage du vagabond, Charles Chaplin incarne ici un tueur philosophe qui n’a de cesse de séduire la gente féminine afin de lui soutirer de l’argent. Abandonnant définitivement un style hérité du muet, Chaplin fonde l’intégralité du métrage sur les dialogues, ainsi que sur une maîtrise parfaite de l’espace, jouant même avec brio du hors champ afin de ne jamais dévoiler les meurtres. L’aspect purement subversif de Monsieur Verdoux vient du capital sympathie que nous éprouvons naturellement pour le comédien, toujours aussi séduisant bien qu’il incarne un monstre cynique. Le cinéaste nous place dans la situation inconfortable d’être systématiquement de son côté. Parfois, nous rageons même qu’il n’arrive pas à ses fins, d’autant que le personnage incarné avec beaucoup de puissance comique par Martha Raye est insupportable.

Monsieur Verdoux, affiche de la reprise 2019

Charlie Chaplin Copyrights Bubble Inc S.A.

Une dénonciation flagrante de l’hypocrisie d’une certaine société bourgeoise

Toutefois, la subversion ne s’arrête pas à mettre en valeur un criminel, mais également à se faire le critique acerbe d’une société hypocrite condamnant le meurtre commis par un homme mais valorisant le crime de masse lorsqu’une guerre éclate. Le contexte de l’après-guerre est ici indispensable à connaître pour mieux comprendre cette prise de position de Charles Chaplin, alors stigmatisé dans la presse américaine et devant répondre de sympathies communistes au moment où s’ouvre la fameuse chasse aux sorcières à Hollywood. Les propos tenus par Verdoux / Chaplin n’ont finalement rien à voir avec la personnalité de Landru, mais font davantage écho aux problèmes du comique aux States. Il finira d’ailleurs par quitter le pays peu de temps après, victime d’une cabale politico-médiatique.

 Corrosive, jubilatoire, osé, le succès est limité

Autre élément qui n’a guère plu à l’époque, Verdoux proclame de manière flagrante un athéisme qui ne peut guère trouver d’écho aux Etats-Unis. Pourtant, ce sont ces propos qui font de Monsieur Verdoux une comédie délicieuse, à la fois cynique, rageuse et d’un humour noir profondément corrosif, même encore de nos jours. La science des cadrages et la beauté de la photographie de Roland Totheroh, fidèle collaborateur du réalisateur, font du métrage un petit bijou qui mérite largement une réévaluation. Effectivement, lors de sa sortie aux Etats-Unis, le film fut très critiqué et même boycotté dans de nombreuses villes, au point de devenir le plus cuisant échec financier de son auteur. A l’étranger, Monsieur Verdoux a été globalement mieux accueilli, notamment en France où il a glané plus de deux millions de spectateurs. Toutefois, il ne s’agissait aucunement d’une performance à l’heure où le cinéma connaissait une embellie des entrées dans l’Hexagone. Ce n’est donc que très tardivement que le film fut redécouvert, notamment dans les années 70, prouvant que Chaplin avait eu une fois de plus de l’avance sur son temps. Son propos humaniste et progressiste est d’ailleurs toujours d’actualité.

Critique de Virgile Dumez 

Sorties de la semaine du 10 juillet 2019

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Monsieur Verdoux, affiche de la reprise 2019

Bande-annonce rétrospective Charlie Chaplin

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