Toujours plus dans l’épure, Miroirs No. 3 de Christian Petzold ausculte la psyché humaine par le non-dit et les silences entendus, ce qui n’exclut pas l’émotion. A découvrir.
Synopsis : Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.
Christian Petzold ou le sens de l’épure
Critique : Au fur et à mesure du temps, le réalisateur et scénariste allemand Christian Petzold cherche à épurer de plus en plus son cinéma. Ici, il emploie comme une sorte de ligne claire, nimbant seulement de mystère le secret intime que dissimule la famille décomposée qui reçoit la jeune accidentée incarnée par Paula Beer. Pour le reste, le cinéaste ne cherche jamais à forcer l’émotion du spectateur et il s’inscrit de plus en plus clairement dans un cinéma bergmanien, voire antonionien par son aspect parfois taiseux.

© 2025 Schramm Film Koerner & Weber, Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF), ARTE. Tous droits réservés.
Avec Miroirs No. 3 qui est le titre d’un morceau de piano composé par Maurice Ravel, le cinéaste confronte deux douleurs féminines liées à un deuil. D’un côté, une jeune femme accidentée qui vient tout juste de perdre son petit ami (Paula Beer, très bien dans son aspect mutique) et de l’autre une femme plus âgée qui cache sous des dehors affables une fêlure intime très grave, mais dont nous ne révélerons rien ici. En tout cas, les deux solitudes finissent par se compléter dans un jeu très bergmanien de glissement d’identité.
De la résilience
Par ailleurs, la présence de l’accidentée offre l’occasion à cette femme solitaire – magnifique Barbara Auer – de renouer avec son mari (très juste Matthias Brandt) et son fils plutôt maladroit et bourru (bon Enno Trebs). Dès lors, une espèce de famille recomposée semble se dessiner au fur et à mesure des séquences sans que le spectateur sache véritablement les dessous de l’affaire.
Finalement, dans le dernier quart d’heure, la révélation que le spectateur sentait venir bouleverse l’équilibre précaire du quatuor. Toutefois, Miroirs No. 3 se refuse à basculer dans le drame absolu et le mélodrame. En réalité, Christian Petzold parle ici surtout de résilience et, même si cela se fait désormais à distance, les deux femmes finissent par se réparer l’une l’autre.
Une musique rare, mais parfaitement choisie
Le tout est filmé avec une grande économie de moyen, sans aucun effet de manche et en évitant toujours de sombrer dans le sentimentalisme. Cela n’empêche aucunement l’émotion de s’installer au fur et à mesure des bobines, notamment grâce à quelques trouées musicales bienvenues dont le fameux thème de Maurice Ravel, mais aussi le magnifique Prélude no 4 de Frédéric Chopin (qui a servi de base à la chanson Jane B de Serge Gainsbourg). Enfin, en matière de musique pop, Christian Petzold nous propose un morceau très entrainant de The Four Seasons intitulé The Night.

© 2025 Schramm Film Koerner & Weber, Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF), ARTE. Tous droits réservés.
On peut sans doute regretter la durée très ramassée du long métrage qui ne permet pas d’approfondir pleinement la psychologie des différents protagonistes. Mais cela s’accorde finalement avec la volonté générale du cinéaste d’épurer au maximum son long métrage et de n’en retenir que la substantifique moëlle.
Une sortie discrète en pleine rentrée
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2025, le film a reçu un accueil globalement favorable, mais pas autant que les œuvres précédentes du réalisateur allemand. Dès lors, il est reparti sans un seul prix. Il n’y a guère qu’au Festival du film de Lisbonne que Miroirs No. 3 a décroché un Prix spécial du jury destiné à Christian Petzold.
Sorti en France par Les Films du Losange à partir du 27 août 2025 dans une combinaison assez large de 165 cinémas d’art et essai, Miroirs No. 3 n’a guère passionné les foules à une période de l’année compliquée pour l’exploitation. Ainsi, ils n’ont été que 25 325 estivants à faire le déplacement pour une ridicule 20ème place hebdomadaire. Autant dire que les salles concernées sont restées désespérément vides. Toutefois, en deuxième semaine, le métrage se maintient plutôt bien en ne perdant que 20 % de son public et réunissant 18 258 retardataires.
Christian Petzold ne retrouve pas les scores du début des années 2010
La tendance s’inverse en troisième septaine avec une chute à seulement 8 842 tickets, mais cela permet au long métrage de franchir la barre des 60 000 entrées. Après une première exploitation décevante, le métrage est revenu sur les écrans en janvier 2026 à la faveur d’une reprise concernant les grands films de l’année 2025. Le succès est davantage au rendez-vous et le métrage finit par engranger 86 935 entrées, ce qui est plutôt favorable au vu de sa première semaine catastrophique.
Bien entendu, on est loin ici des succès obtenus autrefois par Christian Petzold, notamment avec Barbara (291 933 entrées) et Phoenix (171 576), mais Miroirs No. 3 constitue le plus gros succès français de son auteur depuis maintenant plus de dix ans. Preuve d’un bouche à oreille favorable pour une œuvre pourtant assez difficile d’accès.
Critique de Virgile Dumez
Les films du Festival de Cannes 2025
Les sorties de la semaine du 27 août 2025

Affiches Brutes, d’après une photo de Christian Schulz © Schramm Film. Tous droits réservés / All rights reserved