Merci patron ! : la critique du film (2016)

Documentaire social et politique | 1h23min
Note de la rédaction :
7/10
7
Merci patron !, affiche du film de François Ruffin

  • Réalisateur : François Ruffin
  • Date de sortie: 24 Fév 2016
  • Année de production : 2015
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Merci patron !
  • Titres alternatifs : Thanks Boss (Finlande), ¡Gracias jefe! (Espagne),
  • Monteur : Cécile Dubois
  • Producteurs : Anne-Cécile Berthomeau, Edouard Mauriat, Johanna Silva
  • Sociétés de production : Fakir, Mille et Une Productions
  • Distributeur : Jour2Fête, Fakir
  • Editeur vidéo : Jour2Fête
  • Date de sortie vidéo : 6 octobre 2016 (DVD)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 518 158 entrées / 142 163 entrées
  • Box-office monde : 3 770 006$ (approximatif)
  • Budget : 160 000 €
  • Rentabilité : 1 052% (film le plus rentable de l'année 2016)
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleur
  • Festivals et récompenses : César du Meilleur documentaire (2017)
  • Illustrateur / Création graphique : © Ludovic Rio. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Fakir, Mille et Une Productions. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Merci patron ! est un documentaire politique à l’humour débridé largement inspiré de la bonhomie de Michael Moore. L’approche de François Ruffin fait mouche. Le film fut un phénomène au box-office français.

Synopsis : Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, et risquant désormais de perdre sa maison.
C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d’un inspecteur des impôts belge, d’une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d’ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l’assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l’emporter contre un Goliath milliardaire ?
Du suspense, de l’émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l’homme le plus riche de France ?

Servir ses poches, asservir les travailleurs, merci qui ?

Critique : Dans la grande tradition du documentaire de gauche qui profane la bienséance des discours économiques ressassés sur les grandes chaînes d’information en continu, Merci patron ! sort en plein débat sur la révision du Code du travail par le gouvernement de Manuel Valls, sous François Hollande, marqué par l’influence d’un certain Emmanuel Macron. Cette heureuse coïncidence vient rappeler aux endormis de la République les ravages d’un certain capitalisme qui, sous prétexte d’offrir des postes aux travailleurs, enrichit l’unité d’un homme (le cas du milliardaire Bernard Arnault, sur lequel tout le projet est bâti) contre l’unité des travailleurs, vassaux jetables, exploités et licenciés, au nom d’une entreprise tentaculaire qui semble vivre non pas pour servir l’ouvrier, mais, selon cette thèse, pour l’asservir.

Ruffin en Michael Moore rustique

Sur le ton d’un humour jovial toujours pertinent dans sa manifestation, celui du journaliste François Ruffin, fondateur du journal Fakir, qui emprunte beaucoup dans sa démarche à Michael Moore, la charge contre le grand capital est jubilatoire. La dénonciation des méthodes opaques sur lequel le gourou de LVMH semble avoir érigé son empire, en se repaissant de la misère de gens conduits au désespoir, se traduit par la fausse incarnation des idées du milliardaire par le journaliste réalisateur qui vient trouver les dépossédés de cette ascension en leur vantant les mérites humains et professionnels de la seconde fortune de France.
La confrontation culottée des idées libérales avec la dure réalité des laissés-pour-compte du système Arnault, consistant à fermer des usines, délocaliser ou se spécialiser dans des domaines plus rentables (ah, le luxe, pas élitiste du tout, ce domaine), permet des rencontres franches, cocasses et in fine émouvantes, même si le ton n’est jamais au pathos, à l’émotion artificielle comme dans un documentaire sensationnel de deuxième partie de soirée sur nos chaînes de télévision.

Merci Patron, un triomphe au box-officeAu jeu de la caméra cachée tu perdras…

Faute d’inserts pop à l’américaine comme Michael Moore aime agrémenter ses thèses, le style journalistique de Ruffin est rustique, mais fort d’une féroce ironie et d’une grande tendresse qui transpire à l’écran, nonobstant la façade humoristique à laquelle on ne s’arrêtera évidemment pas, tant les témoignages humains sont puissants dans leur simplicité. Au jeu du déguisement et de la caméra cachée, le trublion parvient à toucher des vérités bien connues de chacun, mais souvent oubliés par l’esprit émoussé du téléspectateur moyen, manipulé par certains médias pour qui tout milliardaire mérite son argent et ne devrait pas rougir de honte devant sa réussite.

Merci patron ? Non !

Effectivement, on ne remerciera pas l’altruisme du patron du CAC 40, mais plutôt l’effort d’une vérité rarement entendue, celle d’un Robin des Bois des temps modernes, armé d’impertinence et d’un jusqu’au-boutisme en guise d’arc et de flèches. Avec plus de 500 000 entrées en France en moins de quatre mois, Merci patron ! devint le film le plus rentable de l’année 2016, faisant de François Ruffin une star politique en devenir. En 2017, il sera élu député sous l’étiquette de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Au final, on dit quoi ? Merci qui ? Merci Bernard

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 24 février 2016

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Merci patron !, affiche du film de François Ruffin

Affiche © Ludovic Rio

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Merci patron !, affiche du film de François Ruffin

Bande-annonce de Merci Patron !

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