Made in Hong Kong : la critique du film + test blu-ray (1999)

Drame, Tragédie, Film Noir | 1h49min
Note de la rédaction :
9/10
9
Affiche de la reprise de Made in Hong Kong, en 2018, par Carlotta

  • Réalisateur : Fruit Chan
  • Acteurs : Sam Lee, Neiky Yim, Wenders Li
  • Date de sortie: 06 Oct 1999
  • Année de production : 1997
  • Nationalité : Hongkongais
  • Titre original : Heung Gong jai jo
  • Titres alternatifs :
  • Scénaristes : Fruit Chan
  • D'après l'œuvre de : -
  • Directeur de la photographie : Wah-Chuen Lam / Sing-Pui O
  • Monteur : Fruit Chan (sous le nom de Sam-Fat Tin)
  • Compositeur : Wah-Chuen Lam
  • Producteurs : Doris Yang
  • Sociétés de production : Nicetop Independent Ltd.
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Distributeur reprise : Carlotta Films
  • Date de sortie reprise : 09 mai 2018 sur 3 salles
  • Editeur vidéo : Carlotta (DVD, blu-ray, VOD)
  • Date de sortie vidéo : 27 janvier 2021
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 3 876 entrées / 2 546 entrées (5 semaines) - 738 entrées / 590 entrées (5 semaines)
  • Box-office USA / Monde -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs (35 mm) / Mono
  • Festivals et récompenses : Locarno Film Festival (1997), Pusan International Film Festival (1997), Hong Kong International Film Festival (1998) - Hong Kong Film Awards (Meilleur Film, 1998)
  • Illustrateur / Création graphique : Dark Star © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Made in Hong Kong © 1997 Nicetop Independent Limited. Tous droits réservés. / All rights reserved
Note des spectateurs :
[Total : 0   Moyenne : 0/5]

Made in Hong Kong est la quintessence du film révolté des années 90. Poétique, violent, inspiré. Et surtout éblouissant. Sur fond de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, ce bijou de Fruit Chan est un monument à la génération 90.

Synopsis : Hong Kong, été 1997. Mi-Août est un jeune marginal ayant abandonné le collège il y a quelques années pour vivre de menus larcins. Il est à présent collecteur de dettes pour un certain M. Wing, proche des triades locales. Le quotidien de Mi-Août va se trouver bouleversé par deux événements : la découverte par Jacky, petit voyou handicapé mental qu’il a pris sous son aile, de deux lettres d’adieux laissées par une jeune suicidée, et sa rencontre avec la jolie Ah Ping dont il tombe rapidement amoureux. Or cette dernière est atteinte d’une maladie incurable…

Photo de Sam Lee dans Made In Hong Kong

© 1997 Nicetop Independent Limited. Tous droits réservés.

Critique : Made in Hong Kong est une œuvre méconnue des cinéphiles en France. En 1999, MK2 Diffusion propose le futur classique de Fruit Chan de façon discrète, deux ans après sa présentation à Locarno. Les miettes au box-office (moins de 4 000 entrées) seront cohérentes avec les entrées de la reprise salle que propose Carlotta en 2018 ; le distributeur faisait alors l’un de ses pires scores annuels, sur une vingtaine de longs métrages diffusée en salle. Fruit Chan était en 1999 inconnu en France et, en 2018, il était tout simplement passé de mode depuis son savoureux Nouvelle Cuisine et ses mets cannibales (2006).

Un arrière-plan historique solide

Poussé par MK2, Wild Side et désormais Carlotta, Fruit Chan, en tant que cinéaste ingénieux, se doit pourtant d’être redécouvert. Made in Hong Kong, lui, mérite un autel. Un culte. Le sujet  – la délinquance juvénile, le trafic de drogue, l’endettement des familles monoparentales, sur fond de rétrocession historique de Hong Kong à la Chine – est passionnant. Le récit peut aussi désormais être vu par le prisme de l’actualité (la répression chinoise sur les étudiants hongkongais, l’oppression d’un régime qui veut faire marcher au pas cet ancien territoire britannique). Cependant, c’est bien un aspect universel qui transpire dans son récit de révolte et de poésie adolescente.

Un autel à la génération 90

Au firmament des productions jeunes et tempétueuses des années 90, cette déferlante issue de la Nouvelle Vague hongkongaise s’apparente autant au poétique My Own Private Idaho de Van Sant qu’aux chaotiques ersatz de Tarantino (True Romance que le réalisateur de Réservoir Dogs avait écrit, par exemple), avec cette vibe indépendante empruntée au cinéma de Godard, dont Jarmush ou Hal Hartley avaient perpétué le culte durant toute la décennie.

Made in Hong Kong, dans sa furie naturaliste, ses explosions de violence parfois gore (le film est interdit aux moins de 16 ans) et son incarnation désespérée de la vie (le suicide d’une jeunesse sans lendemain, la maladie qui fige la beauté de la jeunesse à tout jamais) est un monument à la génération 90 qui y retrouvera tous les éléments qui ont pu la faire vibrer à cette époque.

Photo de Sam Lee dans Made In Hong Kong (3)

© 1997 Nicetop Independent Limited. Tous droits réservés.

Malgré sa temporalité, le désormais classique de Fruit Chan parle énormément aux autres générations. La virtuosité de la réalisation, son montage effréné, ses trouvailles de réalisation, son sens impitoyable du rythme en font un objet de cinéma à louer. Pour un vrai premier film (on oublie les premiers essais de Fruit Chan), c’est un coup de maître. L’instant presse, l’impatience et le sentiment d’urgence n’ont de sens que dans la richesse de l’arrière-plan et des personnages entre eux. Dans une zone où l’humain baigne dans le nauséeux et un déterminisme crasse, des étincelles de beauté rendent le drame d’une jeunesse à fleur de peau, brillant dans ses exaltations existentielles.

Made in Hong Kong est le prototype du cinéma culte, total et immanquable

Plus de deux décennies après sa sortie, le chef d’œuvre de Fruit Chan est un pur miracle, désormais transcendé par sa propre copie HD, malgré le grain parfois disgracieux de scènes tournées avec des restes de pellicule trouvés ici et là, et donc pas toujours de bonne qualité. Au-delà du système D, le cinéaste a surmonté les épreuves. Fruit Chan a écrit, dirigé, monté et auto-produit le projet, arrivant à un résultat insensé. Le nabab Andy Lau, impressionné, est venu in fine doubler l’apport d’argent pour financer la finalisation du film, aider sa sortie et les ventes à l’étranger.

Se dire cinéphile et amateur de cinéma coréen en 2021 (la fameuse génération Parasite) et ne pas avoir vu la version HD de Made in Hong Kong est désormais une erreur à corriger fissa. Attention, le collector de Carlotta est limité en Digipack à 1000 exemplaires... Foncez.

Frédéric Mignard

La jeunesse paumée au cinéma

Les sorties du 6 octobre 1999

Affiche de la reprise de Made in Hong Kong, en 2018, par Carlotta

© 1997 Nicetop Independent Limited. Tous droits réservés. Design : Dark Star

Box-office France  :

Sorti en toute discrétion chez MK2 Diffusion dans 3 cinémas, le 6 octobre 1999, soit deux ans après sa diffusion à Locarno, Made in Hong Kong réalisait 209 entrées pour son premier jour. Les spectateurs étaient accaparés ce jour-là par le magnifique Ghost Dog de Jim Jarmusch (7 654 spectateurs dans 29 cinémas) qui visait le même public, et à un moindre niveau par La débandade de Claude Berri, en mode échec avec 3 106 spectateurs quinqua dans 44 cinémas. Me Myself and I et La tête dans le carton étaient les autres grosses sorties ce jour-là.

Diffusé aux MK2 Hautefeuille, Beaubourg et Parnasse, le film de Fruit Chan entraîne dans son rythme 1 396 spectateurs curieux. En 2e semaine, c’est la débandade au sens figuré, avec 569 cinéphiles dans 2 salles. Seul le Beaubourg fait encore illusion.

En 3e semaine, désormais programmé dans un seul cinéma, au Beaubourg, la production hongkongaise dépasse les 2 000 spectateurs, grâce à un maigre apport de 430 tickets.

Le MK2 Parnasse embraie en 4e semaine avec la seule copie disponible sur la capitale et un total très insuffisant de 85 spectateurs. En 5e et dernière semaine, ce sont 66 spectateurs qui se pressent dans ce même cinéma pour son ultime apparition en première exclusivité.

Avec un total parisien de 2 546 entrées, MK2 ne réussit pas à faire de cette sortie une belle aventure cinématographique. En 2018, Carlotta aura le même problème avec 590 spectateurs pour la reprise parisienne.

Le test blu-ray

Edition simple et brillante du chef d’œuvre de Fruit Chan totalement indispensable. Le fin digipack collector est beau, peu cher, et limité à 1 000 exemplaires (site de l’éditeur + Fnac en exclusivité). Il serait dommage de le rater ou de devoir acheter le simple DVD amaray quand un collector existe. Vous le trouverez ici. 

Compléments & Packaging : 4 / 5

Au niveau du graphisme, on aime la conception de Dark Star , le design luxueux et la finesse du packaging collector. Il n’y a rien à redire.

Les compléments valent aussi le coup. Ils sont composés de plus de 70 minutes d’interviews passionnantes.

On commence par l’impérial entretien avec Fruit Chan. Le cinéaste prend la parole pendant 47 minutes. Il relate la genèse de ce film, sa transition à un cinéma d’auteur personnel quand il aurait pu se perdre dans le mainstream. Il s’agit aussi de revenir sur un tournage compliqué, avec une équipe constituée de proches qu’il ne payait pas et qu’il devait réveiller tous les jours par téléphone pour les motiver. Passionnant, d’autant que le cinéaste, entre technique et anecdotes de tournage et de festival, donne également du sens à l’arrière-plan narratif et historique.

Viennent ensuite des entretiens avec les producteurs Doris Yang et Daniel Yu (7 et 13 minutes). On retiendra en particulier ce dernier, qui relate l’humeur du tournage, la débrouille, la difficulté pour Fruit Chan de motiver une équipe de tournage, amateure, jeune, et non rémunérée. Lui-même officiant pour Andy Lau, Daniel Yu a dû demander l’autorisation à l’acteur-producteur, afin de s’atteler à ce projet alors que la production hongkongaise tournait au ralenti, dans une société en crise.

On finit par une présentation un peu brève, mais nécessaire, de la sélection du film à Locarno en 1997. Le directeur artistique Marco Müller évoque la découverte de l’œuvre en Asie et sa volonté d’engager au plus vite un accord pour la diffusion lors de la prochaine édition de son festival. Quand on tombe sur une pépite, il faut savoir s’en accaparer au plus vite…

Artwork 2020 de Made in Hong Kong de Fruit Chan

Design : Dark Star © 1997 Nicetop Independent Limited. Tous droits réservés.

L’image : 4 / 5

Au premier abord, Made in Hong Kong propose des images un peu crasses pour une présentation HD. On peut être surpris car l’éditeur, Carlotta, a sorti le même jour Judo (Throw Down) de Johnny To dans une copie à la restauration 4K absolument magnifique.

On peut toutefois vite se rassurer. Certaines scènes souffrent (faussement, car cela accroît en fait le caractère naturaliste du film) d’un grain de pellicule disgracieux en raison de la qualité de la pellicule récupérée pour pas grand chose dans des conditions expliquées en bonus. Forcément, Fruit Chan dans la restitution de son œuvre, s’est heurté à l’ADN même de son engeance. Néanmoins, la beauté est bien au rendez-vous, avec des éclairages, des plans époustouflants qui apparaissent dans des proportions esthétiques inédites. Découvrir Made in Hong Kong dans ces conditions relève du miracle.

Son : 3.5 / 5

Malgré son appartenance à la décennie 90, Made in Hong Kong n’a pas bénéficié d’un budget suffisamment conséquent pour un Dolby Stéréo. Le drame a dû se contenter d’un Mono qui accuse forcément une baisse de puissance pour nos oreilles contemporaines habituées à des monstres sonores. Sur sa seule piste originale avec sous-titres, l’écart de volume est vite oublié par le dynamisme de la piste frontale qui ne manque jamais, dans sa musique et la profusion de personnages, de tonus.

Trailers & Vidéos

trailers
x
Affiche de la reprise de Made in Hong Kong, en 2018, par Carlotta

Bande-annonce de Made in Hong Kong

Drame, Tragédie, Film Noir

x