L’héritage des 500 000 : la critique du film et le test blu-ray (2019)

Aventures | 1h38min
Note de la rédaction :
6/10
6
L'héritage des 500 000, affiche 2019

Unique film réalisé par Toshirô Mifune, L’héritage des 500 000 manque de souffle, mais constitue un bon témoignage sur la mentalité nippone d’après-guerre.

Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Matsuo participe à l’ensevelissement de plusieurs milliers de pièces d’or dans la jungle philippine. Alors qu’il pensait ce trésor enfoui à tout jamais, voilà qu’un riche homme d’affaires, Mitsura Gunji, lui propose de partir à la recherche du butin. Contraint d’accepter, Matsuo retourne aux Philippines accompagné de quatre hommes recrutés par Gunji…

Une expérience unique dans la carrière de Toshirô Mifune

Critique : Au début des années 60, Toshirô Mifune est une immense star au Japon et la firme Toho le pousse à créer sa propre société de production (Mifune Productions), afin qu’il monte ses projets qui seront ensuite distribués par la compagnie. Cette prise de pouvoir de plus en plus importante de l’acteur le motive pour passer enfin derrière la caméra, lui qui envisageait initialement une carrière plus technique qu’artistique.

Toutefois, histoire d’assurer ses arrières, il s’entoure de l’équipe technique et artistique d’Akira Kurosawa. On retrouve notamment au scénario Ryûzô Kikushima, collaborateur habituel du maître japonais. Mais aussi sa scripte et son directeur de la photographie Takao Saitô. Autant dire que le film pourrait parfaitement être signé Kurosawa tant l’équipe est similaire. Pourtant, Toshirô Mifune n’est clairement pas aussi visionnaire que son ami et mentor. D’ailleurs, l’expérience fut plutôt douloureuse, à tel point que Mifune s’est juré de ne jamais réitérer. L’apprenti-réalisateur s’est apparemment beaucoup appuyé sur ses collaborateurs pour livrer un produit digne d’être diffusé en salle.

Photo tirée de L'Héritage des 500 000, de Toshiro Mifune

© 1963 Toho Co. Ltd. Tous droits réservés. © 2019 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Un film d’aventures banal, sauvé par un arrière-plan historique intéressant

Il faut dire que le scénario n’est pas forcément le plus passionnant du monde, avec cette intrigue banale de chasse au trésor. Les péripéties inventées par Kikushima ne sont aucunement novatrices. Elles sont filmées platement par un cinéaste qui ne semble pas à l’aise avec l’action. De fait, ceux qui viendraient voir un film d’aventures trépidant risquent bien de déchanter devant la mollesse du rythme. Souvent assis à discourir, les personnages du commando à la recherche de l’or perdu des Japonais, parlent beaucoup et agissent peu. De même, la fin, inspirée de celle du Trésor de la Sierra Madre (Huston, 1948) n’étonnera guère les cinéphiles les plus pointus par son mélange de désenchantement et son cynisme. Ce twist a été utilisé jusqu’à plus soif à l’époque, devenant quasiment un cliché.

Photo tirée de L'Héritage des 500 000, de Toshiro Mifune

© 1963 Toho Co. Ltd. Tous droits réservés. © 2019 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Pourtant, si L’héritage des 500 000 n’est assurément pas un grand film d’aventures, il est davantage intéressant sur le plan purement historique dans ce qu’il révèle de la mentalité nippone d’après-guerre. Ainsi, les personnages reviennent aux Philippines (magnifiques paysages au passage) plusieurs années après la guerre pour récupérer un trésor laissé sur place par les occupants – il s’agit d’une légende solidement ancrée au Japon. Ce périple est l’occasion pour les différents protagonistes, mais aussi pour les auteurs, de revenir sur une période ambivalente de l’histoire nationale. Effectivement, comment rendre hommage à la bravoure des soldats morts pour l’Empire, alors même que l’histoire leur a donné tort ?

Entre nationalisme et pacifisme, Mifune n’arrive pas vraiment à choisir

C’est la gageure que tente Toshirô Mifune, lui qui a d’ailleurs fait la guerre et en est ressorti traumatisé. Les scènes les plus poignantes sont celles où il rend hommage aux soldats tombés. Même si l’on sent poindre une forme de nationalisme, Mifune s’en prend également aux gradés qui ont abandonné leurs hommes et il aborde de manière frontale l’absurdité de la guerre.

Toutefois, une certaine animosité envers l’envahisseur américain est palpable dans le long-métrage. Ainsi, celui qui tire toutes les ficelles et finit par l’emporter n’est-il pas d’origine américaine ? Ces éléments contradictoires font tout l’intérêt de ce film assez bancal.

Plombé par un rythme languissant et par de sérieux passages à vide, L’héritage des 500 000 n’est clairement pas une grande œuvre cinématographique, mais un témoignage de premier plan sur la mentalité japonaise des années 60, partagée entre un nationalisme honteux et un sentiment ambivalent envers les Etats-Unis. Preuve de ce décalage culturel, le film fut un très gros succès au Japon, mais il n’est jamais sorti en Europe. Il a fallu attendre les bons soins de Carlotta Films pour que l’on puisse le redécouvrir en version restaurée, d’abord dans les salles, puis en vidéo.

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Compléments & packaging : 4/5

La présentation des blu-ray Carlotta est toujours simple, mais très classe, avec un fourreau agréable au toucher. Le boitier contient également un fac-similé du dossier de presse japonais du film. Même si on ne comprend pas ce qui est écrit, cela constitue une jolie base de données photographiques. On apprécie également les affiches du film, et même les publicités japonaises d’époque.

Sur le blu-ray proprement dit, on est heureux de retrouver la bande-annonce 2019 et surtout une intéressante préface de 7min par Pascal-Alex Vincent, spécialiste du cinéma japonais. Ce module peut aisément être visionné avant le film tant il permet de le mettre en perspective, sans jamais faire de spoiler.

L'héritage des 500 000, jaquette du blu-ray

© 1963 Toho Co. Ltd. Tous droits réservés. © 2019 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Mais le supplément le plus précieux est assurément le documentaire sur Toshirô Mifune (1h20min tout de même) qui remet sa carrière en contexte au sein de l’histoire du cinéma japonais. On apprend beaucoup de choses, même si on peut regretter une focalisation quasi exclusive sur sa collaboration avec Kurosawa. On aurait aimé en apprendre davantage sur des films plus rares. Il n’est d’ailleurs jamais fait mention de son passage à la réalisation, preuve des limites du module. Toutefois, les témoignages de la scripte de Kurosawa ou des maîtres d’armes de l’époque sont précieux. Le documentaire datant de 2016, il est proposé en HD. A noter les participations de Steven Spielberg et de Martin Scorsese.

L’image : 4/5

La copie proposée est issue d’une très récente restauration. Elle nous permet de découvrir ce film rare avec un confort maximal. Le noir et blanc est bien contrasté, la définition fait honneur au blu-ray, tandis que le grain d’origine est présent sans être trop prononcé. Dans les séquences moins lumineuses (notamment en nuit américaine), le contraste laisse entrevoir quelques défauts mineurs. Rien de bien gênant toutefois.

Le son : 3/5

Le film n’étant jamais sorti en salles à l’époque, il n’existe pas de doublage français. L’unique piste audio est un mono japonais en DTS-HD Master-Audio qui est assez clair, même si on peut noter un léger souffle. L’ensemble est de bonne tenue.

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Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 3 avril 2019

L'héritage des 500 000, affiche 2019

© 1963 Toho Co. Ltd. Tous droits réservés. © 2019 Carlotta Films. Tous droits réservés.

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