Les solitaires : la critique du film (2000)

Drame, Fantastique | 1h15min
Note de la rédaction :
8/10
8
Les solitaires, l'affiche

  • Réalisateur : Jean-Paul Civeyrac
  • Acteurs : Jean-Claude Montheil, Philippe Garziano, Lucia Sanchez, Mireille Roussel, Margot Abascal
  • Date de sortie: 12 Avr 2000
  • Nationalité : Français
  • Scénario : Jean-Claude Montheil et Jean-Paul Civeyrac
  • Directeur de la photographie : Laurent Desmet
  • Musique : Jean-Sébastien Bach, Carl-Philippe Emmanuel Bach, François Couperin, Jean-Yves Rivaud
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Editeur vidéo : Blaq Out
  • Sortie vidéo : 8 juin 2006
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 550 entrées / 1 131 entrées
  • Crédits affiche : © 1999 LFP - Les Films Pelléas / Affichiste : Soazig Petit. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Malgré la pauvreté des moyens engagés, Les solitaires est assurément un très beau film d’auteur, exigeant, fort et poignant, par-delà quelques maladresses. Enthousiasmant.

Synopsis : Pierre ne s’est jamais tout à fait remis de la mort de sa femme. Aussi préfère-t-il, depuis qu’elle l’a quitté, rester seul chez lui. Il n’y a d’ailleurs que là, dans ce foyer qu’ils ont si longtemps partagé, que le fantôme de la défunte, illusion ou réalité, vient parfois le visiter, lui fournissant le réconfort et l’apaisement dont il a tellement besoin. Baptiste, le frère de Pierre, lui annonce alors qu’il vient s’installer chez lui…

Jean-Paul Civeyrac, cinéaste des tourments intimes

Critique : Après la réception en demi-teinte de son tout premier long-métrage, l’inégal Ni d’Eve ni d’Adam (1997), Jean-Paul Civeyrac emprunte une voie encore plus radicale et personnelle avec son deuxième long intitulé Les solitaires (2000). Désormais éloigné des structures de production classique, Civeyrac peut toutefois compter sur le soutien des Films Pelléas qui ont déjà produit son premier film et sur Les Films du Losange pour assurer la sortie en salles.

Coffret DVD Jean-Paul Civeyrac

© 2006 Blaq Out. Tous droits réservés.

L’économie est clairement celle d’une production minimale, avec un tournage dans un décor quasiment unique (à l’exception d’un café et d’un plus grand appartement lors des dernières scènes), un nombre restreint de comédiens et un rendu vidéo à l’image qui nous renvoie à un certain cinéma d’auteur du début des années 2000.

Un rendu vidéo brut et des acteurs en mode récitatif

Malgré les efforts du directeur de la photographie Laurent Desmet pour créer une image en clair-obscur, les moyens vidéo de l’époque débouchent sur un visuel frustre qui brusque la rétine. Il faut donc que le spectateur accepte ce rendu brut de décoffrage pour pouvoir entrer dans le film.

Une fois cette étape franchie, le deuxième obstacle potentiel vient du jeu parfois aléatoire des acteurs et notamment celui de Jean-Claude Montheil dont la diction est particulière. Bien entendu, ceux qui ont l’habitude de visionner des œuvres de la Nouvelle Vague ou encore de Rohmer ne seront guère surpris et trouveront même du charme à ce qui peut initialement apparaître comme une maladresse.

Un cinéma d’auteur exigeant, mais ô combien passionnant

En réalité, ces quelques réserves sont rapidement balayées par le sentiment d’assister ici à la réelle naissance d’un auteur qui cherchait encore ses marques sur son premier long. Suivant les traces d’un certain cinéma français exigeant à la Robert Bresson, mais on pourrait aussi citer Jean-Claude Brisseau ou encore Vincent Dieutre, Civeyrac nous propose de suivre le lent cheminement d’un homme vers le suicide.

Marqué par la mort de sa compagne, Pierre vit désormais reclus dans son appartement où il ne cesse d’entrer en contact avec le fantôme de la disparue. Malgré les injonctions de celle-ci qui souhaite que son époux reprenne le cours de son existence, Pierre est sans cesse poursuivi par sa dépression. L’arrivée de son frère, lui-même quitté par sa femme, vient bouleverser son quotidien, lui offrant une éventuelle porte de sortie, tant les deux frangins s’avèrent complices. Dès lors, Civeyrac développe aussi bien les thématiques du deuil et de la dépression que celle des liens familiaux.

L’avenir de l’homme passe par les femmes

Par une proximité autant physique que mentale, il peint le portrait de deux frères aux vies cabossées, dont le seul espoir potentiel passe par les femmes. Si les personnages féminins peuvent sembler périphériques de prime abord, leur importance ne cesse de croître au fur et à mesure du film. D’ailleurs, le cinéaste leur donne les plus beaux rôles et les trois actrices principales sont toutes très justes dans leur jeu.

Baigné d’une atmosphère sombre, uniquement relevée de temps à autre par des intrusions musicales de Bach, Les solitaires est une œuvre épurée qui s’inspire des Leçons de Ténèbres (genre musical liturgique du 17ème siècle) pour décrire le désarroi de l’être humain face à la disparition des êtres aimés.

Les solitaires ou le retour de la poésie à l’état brut

Il en tire pourtant une œuvre qui, par-delà sa noirceur intrinsèque, dégage aussi une profonde croyance envers la continuité de la présence des disparus. Civeyrac le fait en usant d’un fantastique d’une simplicité biblique, faisant s’incarner les disparus à l’écran en les mêlant aux vivants. Pas besoin d’être croyant pour être touché par ces scènes qui prouvent que la poésie peut surgir du quotidien.

Avec Les solitaires, Jean-Paul Civeyrac prouve sa capacité à susciter le trouble et l’émotion avec un minimum de moyens. Ce qui est assurément la marque des grands auteurs.

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Critique de  Virgile Dumez 

Les sorties de la semaine du 12 avril 2000

Les solitaires, l'affiche

© 1999 LFP – Les Films Pelléas / Affichiste : Soazig Petit. Tous droits réservés.

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