Avec Les rites sexuels du diable, José Ramón Larraz, réalisateur de Symptom et Vampyres, livre un film érotique à l’ambiance ésotérique qui ne cherche jamais à créer un quelconque suspense. Pas le meilleur jalon de son auteur mais une curiosité bisseuse d’un temps révolu.
Synopsis : Après la mort brutale de son frère, Carol se rend en Angleterre avec son fiancé chez sa belle-sœur. Très vite, elle découvre que cette dernière s’adonne à des pratiques de messes noirs, au sein d’une secte d’adorateurs du Diable. L’aversion de Carol devant ces orgies de sexe et de débauche vire au cauchemar lorsque son fiancé est entraîné dans le groupe.
Critique : Inédit en France pendant de nombreuses décennies, Les rites sexuels du diable intervient en 1982, au cœur d’une décennie qui ne permettra pas au cinéaste José Ramón Larraz de se faire un nom en France où il reste toujours méconnu. A l’époque des sacrosaintes VHS, sa filmographie reste curieusement sous-exploitée de par chez nous. Il faut dire que ses films des années 70, aussi charismatiques étaient-ils, n’ont connu que des carrières confidentielles dans l’Hexagone, y compris ses trois meilleurs longs Whirlpool ou l’enfer de l’érotisme, le cannois Symptoms (sélectionné en compétition) et Vampyres que n’aurait pas renié Jean Rollin.
Les Rites sexuels du diable permet au cinéaste de revenir en Angleterre où il avait démarré loin du franquisme, alors que l’on pensait sa page anglaise tournée. Le casting est toutefois, à l’exception de l’acteur principal, celui d’un film exclusivement ibérique. Surtout, Larraz revient à un cinéma paranoïaque qui fut celui de ses débuts. Pourtant, embrassant le cinéma satanique à la mode dans les années 70, Jose Ramón Larraz semble complètement hors mode avec son orgie pour le diable qui évoque le fameux Escalofrio – nuit infernale (1977) de Carlos Puerto et autres réjouissances que les Italiens, les Américains et autres exploitants de modes douteuses ont lessivé sous tous les formats.
Avec son affiche culte qui bordera les Notules lunaires de Mad Movies, Les Rites sexuels du diable annonce la couleur, une offrande féminine pour le Malin, un bouc malveillant, des sorcières aux formes insidieuses et une ambiance gothique. Tous ces éléments tranchent avec les slashers à la mode du début des années 80 que le cinéaste finira par imiter sur la fin des années 80, avec Deadly Manor et Edge of the Axe, tous deux édités chez Arrow en blu-ray.

(C) 1980 Jose R. Larraz
D’ailleurs, du film d’épouvante, Black Candles n’en a guère les ingrédients. Deux trépas, une scène de mise à mort violente mais peu sanglante censurée en Angleterre, et un enchaînement sans fin de déballage érotiques, parfois un peu grotesque (les scènes peu ragoutantes avec Carmen Carrión)… C’est que dans le titre français, Les Rites sexuels du diable, l’adjectif “sexuel” n’était pas là pour faire de la figuration. Les ébats s’enchaînent de façon chorégraphiée, avec parfois quelques éléments subversifs comme par exemple un flirt avec la zoophilie qui renvoie le cinéaste à son surréaliste The Coming of Sin et sa femme jument, typique de la décennie dingue des années 70. A l’époque les spectateurs étaient visiblement prêts à tout. Aujourd’hui, ils se sont déportés sur internet. Ce n’est pas plus propre.

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Avec Les Rites sexuels du diable, le cinéaste catalan se réapproprie la campagne anglaise pour une histoire, somme toute bourgeoise, de dépravation où le corps offert à Satan évoque davantage une volonté d’échapper au puritanisme en s’adonnant coup sur coup au saphisme et classisme – puisqu’il s’agit aussi de se livrer au personnel le plus bas de classe -, et évidemment à des orgies, ces actes à plusieurs incluant surtout des hommes laids, poilus, boucs humains qui cassent un peu l’évocation de sensualité que tentent ces dames. Premier nom au générique, l’inénarrable Helga Liné (des décennies de cinéma bis, dont Kriminal d’Umberto Lenzi, mais aussi Les élèves de Madame Olga d’un certain José Ramón Larraz) tourne là l’un de ses derniers films à l’âge respectable de 50 ans. Elle finira sa carrière en beauté en 1987 avec La loi du désir de Pedro Almodóvar.
Et dire qu’on pensait éventuellement assister à un spectacle gothique et macabre inhérent au cadre anglais qui ne demandait que cela… Les Rites sexuels du diable est donc à réserver à un public de curiosités européennes datées mais restaurées, de cinéma bis qui a gardé toute son étrangeté d’ambiance, et de cinéma lancinant. Du cinéma occulte froid et sombre, à ranger dans sa dévédéthèque aux côtés des sorties récentes du coffret ibérique de Carlotta (incluant Une bougie pour le diable et Escalofrio) et La furie des vampires de León Klimovsky proposé parallèlement chez Rimini.

Affiche originale : Jano. (C) 1980 Jose R. Larraz
Le test blu-ray : Les rites sexuels du diable
Attention, rareté. Sorti en blu-ray au début des années 2020 chez Severin sous son titre original, Black Candles, Les rites sexuels du diable parvient pour la première fois en France chez l’éditeur Artus Films, à l’occasion d’un combo DVD+Blu-ray. Une première pour ce film totalement inédit en France hors festival (Hallucinations Collectives, à Lyon, en 2023).
Packaging & Compléments : 3 / 5
Le design est à l’avenant des autres sorties Artus Films, avec un étui classieux et un digipack que l’on qualifiera de “diabolique” dans son illustration. Les deux picture-discs en revanche ne sont pas d’un très bon goût. Mais l’ensemble est beau, notamment la réutilisation de l’affiche originale de Jano qui a été magnifiquement réadaptée par le graphiste Benjamin Mazure.
Au niveau des suppléments, pendant 41 minutes, Emmanuel Le Gagne de Culturopoing et le spécialiste du cinéma bis à tendance saignante Sébastien Gayraud, reviennent sur la carrière de José Ramón Larraz film par film. Un bonus maison intéressant pour ceux qui ne connaissent rien à cet auteur.
Au final, Artus délivre le minimum syndical pour un film sur lequel peu a été dit en France, donc on est forcément preneur d’autant que l’objet est beau et complète la collection.

Affiche originale : Jano. Design Benjamin Mazure. © 2025 Artus Films. (C) 1980 Jose R. Larraz
Image : 3.5 / 5
Le film a bénéficié d’une restauration 2K, ce qui est visible et appréciable. La lumière et la restitution de l’épiderme en sont forcément gagnants. C’est donc une belle copie pour découvrir cette œuvre rare.
Attention néanmoins, le master n’est pas exempt de griffures et traces de toutes sortes. On ne baigne pas dedans, elles n’envahissent jamais l’écran, mais elles apparaissent ici et là. Cela ne diminue pas la légitimité de la copie. On notera la présence d’un générique final sans crédit, mais qui permet à la musique empruntée à la Cam Music Library d’aller à son terme.
Son : 3.5 / 5
Inédit en France, Black Candles n’a jamais été doublé dans notre langue. Seule une piste audio en version anglaise, sous-titrée en français, est donc proposée. Le film ayant été tourné en Mono, on ne cherchera pas un confort sonore de première qualité, mais les voix sont très largement audibles et participent à une projection sans aucun accroc. Un format sonore réhaussé par la HD. On valide.

Affiche originale : Jano. Design Benjamin Mazure. © 2025 Artus Films. (C) 1980 Jose R. Larraz
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Mots clés :
1982, Le diable au cinéma, Les orgies au cinéma, La zoophilie au cinéma, Les films diaboliques au cinéma, Le satanisme au cinéma, Sexploitation, Exploitation britannique, Cinéma espagnol