Les deux visages du Dr Jekyll : la critique du film (1969)

Epouvante-Horreur | 1h28min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Les deux visages du dr Jekyll, l'affiche

  • Réalisateur : Terence Fisher
  • Acteurs : Christopher Lee, Paul Massie, Dawn Addams, David Kossoff
  • Date de sortie: 25 Juin 1969
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : The Two Faces of Dr. Jekyll
  • Année de production : 1960
  • Scénario : Wolf Mankowitz d'après Robert Louis Stevenson
  • Directeur de la photographie : Jack Asher
  • Distributeur : Columbia
  • Box-office France : 3 110 entrées
  • Budget : 146 417 £
  • Editeur vidéo (Mediabook) : ESC Editions
  • Sortie vidéo (Mediabook) : Le 20 août 2019
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Note des spectateurs :
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Mal aimée à l’époque de sa sortie, Les deux visages du Dr Jekyll est une œuvre pourtant ambitieuse au sous-texte sexuel très marqué. L’horreur, elle, passe au second plan.

Synopsis : Le docteur Jekyll a réussi à créer une drogue qui change la personnalité de celui qui l’ingère. Ainsi, quand il la prend lui-même, il devient monsieur Hyde, un homme sûr de lui, séducteur mais malheureusement psychopathe ! Ainsi, quand il trouve sa femme dans les bras d’un autre, il se débarrasse d’eux et met le feu à son laboratoire. La police remonte jusqu’à Jekyll mais il ne parvient pas à expliquer que ce n’est pas lui le responsable de ses actes atroces…

Une production de prestige pour la Hammer

Critique : En ce début des années 60, la firme britannique Hammer vient de ressusciter le catalogue des monstres Universal avec succès. Que ce soit Frankenstein, Dracula ou encore la Momie, toutes leurs productions récentes ont connu des recettes extraordinaires. Pourtant, Michael Carreras souhaite sortir du giron de la simple série B horrifique et envisage de mettre sur pied une production de plus grande envergure. Il s’associe à la société de production américaine Columbia pour lancer une nouvelle adaptation de l’œuvre de Robert Louis Stevenson basée sur le cas du docteur Jekyll et Mr Hyde.

Les deux visages du Dr Jekyll, jaquette du Mediabook

© 1960 renewed 1988 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Pour cela, il se dote d’un scénariste prestigieux nommé Wolf Mankowitz qui développe une intrigue assez proche de celle du récent The Ugly Duckling (Comfort, 1959). Cette comédie produite par la Hammer inversait déjà la proposition initiale du roman en faisant du docteur Jekyll un homme laid et frustre et Mr Hyde un être séduisant.

Une inversion du mythe particulièrement savoureuse

Intéressante à plus d’un titre, cette inversion est non seulement originale par rapport aux anciennes adaptations, mais elle permet de faire du Mal un être séduisant et tentateur, un peu à l’image du comte Dracula dans Le cauchemar de Dracula (Fisher, 1958). La contrepartie de cette intrigue inversée est qu’aucun personnage n’est finalement attachant ou sympathique.

Le script de Mankowitz déploie effectivement une misanthropie qui a beaucoup dérangé à l’époque. Ainsi, l’acteur pressenti (Laurence Harvey) s’est désisté et le réalisateur Terence Fisher a insisté pour réécrire certains passages afin de donner un peu plus de nuances aux différents protagonistes. Malgré ces efforts pour édulcorer le scénario, Les deux visages du Dr Jekyll demeure encore aujourd’hui remarquable par sa capacité à vomir la société victorienne britannique et son hypocrisie manifeste.

Une dimension sexuelle qui a choqué à l’époque

Loin de n’être qu’un film d’horreur de plus, le script cherche surtout à saisir toutes les frustrations sexuelles d’une société rongée par l’interdit. Ainsi, le docteur Jekyll exprime à plusieurs reprises son impuissance sexuelle et notamment l’absence de rapports physiques avec son épouse infidèle. Voilà pourquoi il se transforme en beau jeune homme qui transpire le stupre et se livre à toutes les perversions (le sexe, la drogue, le viol et le meurtre).

Pourtant, il est impossible de s’attacher au personnage féminin interprété par Dawn Addams puisque celle-ci est présentée comme une femme infidèle. L’amant, magnifiquement incarné par un Christopher Lee tout en nuances, est sans aucun doute le personnage le plus humain de tous. Certes, l’homme est exécrable, mais il a finalement conscience de ses faiblesses et se révèle tout de même épris de l’épouse délaissée.

Une violence graphique édulcorée pour mieux faire passer le sous-texte sexuel

Si le long-métrage est généralement peu apprécié des amateurs d’horreur à cause de l’absence de scène marquante sur le plan graphique, le cinéphile peut remarquer l’audace d’un script qui ne cesse de multiplier les références sexuelles, parfois très explicites. La censure britannique s’est d’ailleurs emparée du problème en demandant quelques coupes. La presse de l’époque fut également très dure envers le long-métrage qui est sorti six mois tout juste après le scandale du Voyeur (Powell, 1960). Certes, le film de Terence Fisher est nettement moins sulfureux que le brûlot de Michael Powell, mais il dégage tout de même un parfum de soufre rare dans ce type de production. On y assiste quand même au viol de l’épouse par son propre mari.

Pas assez violent sur le plan graphique, trop virulent quant à l’hypocrisie sexuelle des Britanniques, Les deux visages du Dr Jekyll a connu un cuisant échec au box-office britannique, au point de n’être quasiment pas distribué aux Etats-Unis. En France, le film n’est apparu que sur un seul écran neuf ans après la fin du tournage pour un résultat négligeable de 3 110 entrées. Gros échec public, le long-métrage aurait fait perdre plus de 30 000 £ au studio Hammer. Une pilule amère qui n’est pourtant pas à mettre sur le compte des artistes impliqués.

A revoir de nos jours, le film s’est largement bonifié grâce à de beaux éclairages de Jack Asher, à l’interprétation inspirée de Paul Massie et de Christopher Lee et à la puissance d’évocation de son scénario. Sans doute la réalisation de Terence Fisher est-elle trop sage pour exprimer toute la folie du script, mais cela n’empêche pas Les deux visages du Dr Jekyll de compter parmi les réussites incontestables du studio.

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Critique du film :  Virgile Dumez

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Les deux visages du dr Jekyll, l'affiche

© 1960 renewed 1988 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.

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