A la fois drame sur l’honneur et film de samouraï, Le Joueur de go transcrit avec aisance un scénario particulièrement bien écrit, bien aidé par de très belles images et des acteurs au diapason. Une réussite.
Synopsis : Ancien samouraï, Yanagida mène une vie modeste avec sa fille à Edo et dédie ses journées au jeu de go avec une dignité qui force le respect. Quand son honneur est bafoué par des accusations calomnieuses, il décide d’utiliser ses talents de stratège pour mener combat et obtenir réparation…
L’honneur avant tout
Critique : Spécialiste depuis une grosse vingtaine d’années des jeux vidéo dont il est un scénariste émérite, Masato Kato s’attaque pour la première fois à un script pour le cinéma, avec cette histoire mettant en scène un ancien samouraï devenu un simple Joueur de go. Située au début de l’ère Meiji qui a vu disparaître les anciennes structures médiévales du Japon traditionnel, l’intrigue nous invite à suivre les pas d’un homme pour qui l’honneur représente la valeur la plus élevée pour tout être humain. Respectant ainsi son vœu initial de probité, l’homme est contraint de vivre dans une certaine pauvreté, avec sa fille en âge de devenir une épouse.

© 2024 Kinoshita Group. Tous droits réservés.
Alors que le titre pouvait légitimement inquiéter le spectateur occidental – puisque la grande majorité des spectateurs ne connaît rien des règles du jeu de go – le film réalisé par Kazuya Shiraishi n’est jamais ennuyeux car il prend le temps de développer une histoire riche en développements multiples. Certes, le film est rythmé par des parties de go filmées comme autant de duels de westerns, mais Le Joueur de go est avant tout un drame qui se termine comme un véritable film de samouraï à la manière de la saga des Zatoïchi.
De belles images aux allures d’estampes
Tout d’abord, le cinéaste Kazuya Shiraishi n’est aucunement un novice en la matière puisqu’il a déjà plus d’une quinzaine de longs métrages à son actif (dont aucun n’est parvenu jusqu’à nous). Pour enrober ce film à caractère historique, il s’inspire des estampes japonaises de la fin du 19ème siècle et livre des tableaux souvent superbes en matière de colorimétrie. On saluera donc ici le travail impeccable réalisé par le directeur de la photographie Jun Fukumoto.
Hormis un ou deux plans un peu trop kitsch à notre goût, l’ensemble s’avère chatoyant à l’œil et fait donc du Joueur de go un véritable film de cinéma. D’ailleurs, le cinéaste varie sa réalisation afin de ne pas se répéter lorsqu’il aborde une nouvelle partie de ce jeu particulièrement statique, finalement assez proche des échecs dans l’esprit.
Le Joueur de go prend son temps, mais gagne des points par son écriture fine
Pourtant, ce qui rend le drame si intéressant vient de la caractérisation écrite avec soin des différents personnages, dont les destins sont tous passionnants à suivre. Derrière son titre peu engageant se dissimule en réalité une histoire d’honneur, de vengeance et même une tragédie familiale qui ne peut que toucher. Kazuya Shiraishi prend bien le temps d’installer son atmosphère, de présenter ses personnages et d’exposer les tenants et aboutissants de son intrigue pour ne pas perdre le spectateur, malgré la multiplicité des personnages.

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Il est aidé en cela par d’excellents acteurs parmi lesquels Tsuyoshi Kusanagi qui incarne avec justesse la droiture morale du samouraï. Uniquement guidé par son code d’honneur, l’homme prend parfois des décisions qui peuvent occasionner des effets néfastes, mais il ne peut déroger aux règles qui lui ont été inculquées. Face à lui, on adore aussi le commerçant malhonnête interprété avec maestria par Jun Kunimura. Ainsi, au contact de son adversaire au jeu de go, l’homme finira par trouver la rédemption en s’achetant une conduite.
Une belle réflexion sur la probité
En plus d’une histoire tortueuse de vengeance, Le Joueur de go propose également une romance contrariée entre la fille du samouraï (Kaya Kiyohara) et un serviteur de son ami commerçant qui pourrait bien s’achever par une terrible tragédie à cause de l’obstination du père dans sa quête réparatrice.
En fait, le métrage réfléchit donc avec intelligence sur la probité, mais aussi les dommages collatéraux qu’une telle rigidité morale peut entrainer dans une société où la corruption est la règle. Cela fait du Joueur de go une œuvre fort pertinente, même si on peut regretter un certain manque de lisibilité dans les combats au sabre du dernier quart d’heure. En tout cas, le métrage fait une fois de plus honneur aux productions historiques nippones, souvent tournées avec soin.
Box-office français du Joueur de go
Sorti au mois de mai 2024 au Japon, Le Joueur de go a ensuite été acheté par le distributeur français Art House Films, spécialisé dans le cinéma venu d’Asie. Présenté d’abord en exclusivité à Paris à la fin de l’année 2024, Le Joueur de go a finalement connu une sortie nationale à partir du mercredi 26 mars 2025. Proposé dans 219 salles, le drame japonais a attiré 60 081 samouraïs lors de sa première semaine d’exploitation pour une dixième place hebdomadaire. En deuxième fournée, le distributeur augmente son nombre de salles à 249 mais n’enraye pas la chute qui est de 42 % avec 34 296 retardataires.
Si le nombre de copies grimpe à 277, le film franchit enfin les 100 000 tickets en troisième septaine. Le métrage va ensuite continuer à arpenter les salles d’art et essai jusqu’au début du mois de juin pour cumuler 141 724 entrées, soit plus du double de sa première semaine, preuve d’un bouche-à-oreille plutôt correct. Dès lors, le film a été édité en DVD au mois d’août 2025 et, face à la demande, l’éditeur vient d’annoncer la parution d’un blu-ray à partir du 2 décembre 2025. Le Joueur de go n’a donc pas dit son dernier mot.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 mars 2025
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© 2024 Kinoshita Group / Affiche : Art House Films. Tous droits réservés.
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Kazuya Shiraishi, Jun Kunimura, Tsuyoshi Kusanagi, Kaya Kiyohara, Takumi Saitō
Mots clés
Cinéma japonais, Les samouraïs au cinéma, Le jeu au cinéma, Tokyo au cinéma, La vengeance au cinéma, La prostitution au cinéma