Le colosse de Hong Kong : la critique du film (1983)

Aventures, Film de monstre, Nanar | 1h26min
Note de la rédaction :
6/10
6
Le colosse de Hong Kong, affiche

  • Réalisateur : Meng Hua Ho
  • Acteurs : Evelyne Kraft, Danny Lee, Feng Ku, Wei Tu Lin, Norman Chu
  • Date de sortie: 28 Sep 1983
  • Nationalité : Hongkongais
  • Titre original : Xing xing wang
  • Année de production : 1977
  • Distributeur : Les Films Jacques Willemetz / Les films de la Gare
  • Éditeur VHS / DVD American Video (VHS) / CTV International (DVD)
  • Sortie DVD 22 septembre 2005
  • Box-office Paris-périphérie : 7 054 entrées (en une seule semaine d'exploitation, dans 2 salles, le Concordia et la Cigalle)

Nanar culte, Le colosse de Hong Kong est un pur bonheur pour tout bisseux qui se respecte, avec séquences hallucinantes de bêtise à la clé. Un grand moment de n’importe quoi.

Synopsis : Il y a bien longtemps, dans la jungle, un village entier a disparu. La rumeur publique parlait de tremblement de terre mais aussi d’un monstre, un gorille géant. A Hong-Kong quelques chercheurs, mais aussi un homme d’affaires, décident de monter une expédition et, si monstre il y a, pourquoi ne pas le ramener et l’exposer. Johnny, aventurier courageux et téméraire, accepte de faire partie de l’équipe. Chemin faisant, l’expédition est vite décimée par les multiples pièges de la jungle…

Une contrefaçon même pas déguisée du King Kong de 1976

Critique : Non, vous n’êtes pas en train de lire la chronique du King Kong de John Guillermin produit en 1976 par Dino de Laurentiis, même si le synopsis ci-dessus vous y fait furieusement songer. Le colosse de Hong Kong est en réalité une contrefaçon typique d’un certain cinéma HK, tournée en 1977 pour profiter du succès obtenu par le blockbuster américain de l’année précédente.

En l’occurrence, il s’agit ici d’une production Shaw Brothers qui est alors un studio hongkongais au sommet de sa puissance grâce à la récente percée du kung-fu sur la scène internationale. Pris par la folie des grandeurs, la société débloque un budget assez conséquent pour tourner sa propre version de King Kong, sans en avoir les droits. Par un tour de passe-passe typique de l’époque, il suffit de changer le nom du singe géant et de mélanger l’intrigue de King Kong à celle de Tarzan, tout en ajoutant des références aux kaiju eiga (films de monstres japonais) qui triomphent sur les écrans asiatiques en cette fin des années 70.

Pour mener à bien ce projet d’envergure, la Shaw Brothers fait appel au réalisateur Meng Hua Ho qui a déjà signé de nombreuses bandes hallucinantes pour le studio. Parmi sa production pléthorique, on peut notamment citer Les griffes de jade (1971) ou encore La guillotine volante (1975). Il prend ici son sujet à bras le corps et décide de livrer un film d’aventures généreux en folles péripéties, mais aussi en effets spéciaux démentiels. Sauf que les moyens ne suivent pas nécessairement, ce qui induit un choc frontal que le spectateur d’aujourd’hui prend en pleine face.

Le ridicule ne tue pas, du moins au cinéma

Ridicule de la première à la dernière image, Le colosse de Hong Kong appartient dès le début à cette catégorie finalement assez rare des bons nanars. Impossible effectivement de ne pas rire aux éclats devant une œuvre sans cesse sabordée par des effets spéciaux ringards – déjà à l’époque, précisons-le – un jeu d’acteur improbable et un scénario qui pille allègrement le patrimoine mondial sans jamais se poser la question de la légalité d’une telle démarche.

Attention toutefois, si le monstre détruit des tonnes de maquettes bien visibles, cela n’est pas sans charme. Comme dans les films mettant en scène un certain lézard atomique, ces séquences conservent un charme enfantin indéniable, d’autant que le cinéaste bénéficie des décors habituels de la Shaw Brothers. En gros, c’est totalement artificiel, mais aussi plutôt joli sur le plan esthétique.

Une belle actrice qui incarne la quintessence du kitsch

Bien entendu, le pauvre acteur en costume de gorille géant est régulièrement pathétique, d’autant que l’on distingue bien ses yeux humains derrière le masque mal ajusté, mais ce n’est rien à côté du caractère kitsch du personnage de la sauvageonne incarnée par Evelyne Kraft. L’actrice suisse confère au long-métrage son aura kitsch par son jeu fragile et sa plastique avantageuse largement exploitée par un cinéaste voyeur. Elle déclenche systématiquement l’hilarité, notamment lorsqu’elle s’amuse à jouer avec un léopard particulièrement affable. Cette séquence d’anthologie est à ranger parmi les plus belles excentricités bis de l’histoire du cinéma, provoquant une franche hilarité.

Face à elle, Danny Lee continue à arpenter les terres du cinéma Z après sa prestation déjà remarquée dans l’incroyable Super Inframan (1975). Il s’est ensuite racheté une crédibilité artistique en jouant pour Ringo Lam (City on Fire, 1987) et John Woo (The Killer, 1989).

Distribué très discrètement en salles en France six ans après sa création (une seule semaine sur Paris), Le colosse de Hong Kong fait désormais l’objet d’un véritable culte auprès des amateurs de cinéma bis. Au vu du délire total qu’il représente, on peut aisément comprendre cet engouement. Jamais ennuyeux, toujours soucieux d’offrir du grand spectacle (même raté et pathétique), le long-métrage appartient clairement à la catégorie des nanars sympathiques que l’on a envie de défendre contre vents et marées. Il vaut son pesant de cacahuètes et mérite de figurer parmi les spectacles régressifs que l’on adorera voir et revoir.

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Critique de Virgile Dumez

Les films de la semaine du 28 septembre 1983

Le colosse de Hong Kong, affiche

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Le colosse de Hong Kong, affiche

Le colosse de Hong Kong (extrait scène culte)

Aventures, Film de monstre, Nanar

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