Le colocataire : la critique du film (2020)

Drame, Romance, LGBTQ | 1h51min
Note de la rédaction :
7/10
7
Le Colocataire de Marco Berger

  • Réalisateur : Marco Berger
  • Acteurs : Gaston Re, Alfonso Barón
  • Date de sortie: 01 Juil 2020
  • Nationalité : Argentin
  • Titre original : Un rubio, The Blonde One
  • Scénariste : Marco Berger
  • Distribution : Optimale Distribution
  • Editeur vidéo : Optimale
  • Date de sortie vidéo : A suivre
  • Box-office France / Paris-Périphérie : A suivre
  • Festivals : Festival du film LGBTQ + Chéries Chéris de Paris (2019), Festival du film LGBT Ze Festival Nice+Marseille (2019), Festival du film LGBT Everybody’s Perfect Genève (2019), Festival du film LGBT Pink Screens de Bruxelles (2019)
  • Classification : Tous publics
  • Format : 1.85 : 1
Note des spectateurs :
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Le colocataire est un objet de désir lumineux, à la tension érotique palpable, gorgé de beauté jusque dans son cadre sociologique d’une société à l’écart de la mondialisation, où pourtant viennent se brasser désormais le teint des peaux… The Blonde One est une réussite. 

Synopsis : Juan doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est finalement Gabriel, son collègue charmant et taciturne, qui emménage. Ce qui débute comme un arrangement innocent se transforme rapidement en attraction naissante, puis en passion…

Le colocataire fier de ses couleurs

Critique : Désormais fort de la présence de certains de ses longs métrages sur la plateforme Netflix, le réalisateur gay argentin Marco Berger se permet de retrouver le chemin des salles françaises avec Le colocataire. Enfin, dirions-nous car au début de sa carrière, en 2010-2011, ses premiers films, Plan B et Absent avaient connu une exploitation limitée dans les cinémas, avec respectivement 9 000 entrées et 12 000 entrées France, démontrant, un peu plus d’une décennie après le succès du polar gay Plata quemada (Vie brûlée, en VF), que la thématique homosexuelle avait toute sa place dans la cosmogonie cinéphile de l’Amérique latine.

Gaston Re et Alfonso Garon dans Le Colocataire

© Universidad Del Cine

Marco Berger réalise avec Le colocataire une introspection compétente du désir masculin. Celui-ci naît, enfle, emmitouflé dans le silence de la frustration. La temporalité lente suit avec fixation l’objet de la convoitise, en capte les regards. L’autre devient objet fantasmé dans toute la virilité dont il regorge. L’être fétichisé est ici un brun, Alfonso Barón, chorégraphe et danseur à la sculpture de corps fascinante, face à un blond, l’acteur Gaston Re, récompensé d’un prix d’interprétation au  Festival du film LGBTQ + Chéries Chéris de Paris. Les regards vulnérables de ce dernier, sa fragilité taiseuse d’être abandonné à ses tentations, le rendent charismatique. Il est « le colocataire » du titre français, mais surtout « le blond » du titre original et international, comme pour marquer sa différence par la clarté de sa peau et sa calotte capillaire, dans une société génétiquement marquée.

Le portrait finement brossé d’une sociologie

De ce suspense érotique, Marco Berger en est passé maître expert. Tous ses films, des plus récents Hawaii à Taekwondo se sont bâtis sur la lenteur, la moiteur et la torpeur du désir progressif, avec la positivité d’une réciprocité des désirs qui évite le drame pour exploiter les formes nobles de la romance, car traitée avec un authentique regard artistique de l’auteur. Cette intensité permet à chacun de ses films de dépasser la seule sphère communautaire pour s’avancer vers une universalité du désir. C’est d’autant plus vrai que Le colocataire est avisé dans sa peinture sociologique d’une classe sociale. Le cadre rugueux du travail manuel qui lie les deux hommes, les aller-retours en transports en commun, et l’ascétisme d’un quotidien où l’on remarque encore un lecteur de cassettes audio, loin des technologies ultra-modernes de l’Occident, donnent de la matière à observer, penser et savourer.

Gaston Re et Alfonso Garon dans Le Colocataire, photo

© Universidad Del Cine

Sans chercher à mettre en danger ses personnages et à les pousser dans les vicissitudes de la dépression et du désespoir, Marco Berger opère par l’universalité des attirances et la simplicité des petites existences un travail de déminage des discriminations. Le paradoxe de sa grande réussite, c’est cette puissante banalisation de l’offre amoureuse, et des enjeux psychologiques et sociologiques (le thème de la famille, intelligemment positionné dans le film). Berger trouve le parfait équilibre. Et, dans le non rythme, il nous berce par la beauté de ses plans dignes du meilleur cinéma indépendant nord-américain.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 1er juillet 2020

 

Le Colocataire de Marco Berger

© Universidad Del Cine

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