La revanche de Frankenstein : la critique du film et test du Mediabook (1958)

Epouvante-Horreur | 1h29min
Note de la rédaction :
8/10
8
La revanche de Frankenstein, jaquette du Mediabook 2D

  • Réalisateur : Terence Fisher
  • Acteurs : Peter Cushing, Francis Matthews, Eunice Gayson, Michael Gwynn
  • Date de sortie: 12 Sep 1958
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : The Revenge of Frankenstein
  • Scénario : Jimmy Sangster
  • Distributeur : Columbia Films
  • Éditeur vidéo (Mediabook) : ESC Editions
  • Sortie vidéo (Mediabook) : Le 16 juillet 2019
  • Box-office France : 455 241 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans (à l'époque de sa sortie) / Tous public aujourd'hui (source : CNC)

Second volet d’un cycle passionnant, La revanche de Frankenstein fait clairement partie du haut du panier de la production pléthorique de la Hammer. Une manière de chef d’œuvre, à ranger à côté du Cauchemar de Dracula.

Synopsis : Le baron Frankenstein a échappé à l’échafaud. Il s’est fait engager dans un hôpital misérable sous le nom de Stein et profite de cette situation privilégiée pour poursuivre ses recherches. Il récupère des membres sur des cadavres frais et, assisté par le docteur Kleve, fabrique un nouveau corps pour son aide, Karl. Une fois le cerveau transplanté, la créature ainsi créée se révèle extrêmement dangereuse…

La revanche de Frankenstein, une suite supérieure à l’original

Critique : En 1957, le triomphe rencontré par Frankenstein s’est échappé, premier film du cycle horrifique de la firme anglaise Hammer, prend tout le monde par surprise. Désormais, la compagnie va se spécialiser dans l’exploitation des grands mythes classiques du fantastique, en leur ajoutant la couleur, absente des bandes des années 30. Histoire de profiter de cet engouement soudain, les producteurs Michael Carreras et Anthony Hinds passent un accord de distribution avantageux avec la Columbia, à charge de livrer rapidement une suite à leur succès du moment.

La revanche de Frankenstein, photo d'exploitation

© 1958 Columbia Pictures Corporation. © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

Dès lors, les patrons de la Hammer donnent au scénariste Jimmy Sangster deux semaines pour livrer le scénario de La revanche de Frankenstein, le défi étant lié à la mort du célèbre baron à la fin du premier. Sangster prend donc plusieurs décisions essentielles pour la suite du cycle. Tout d’abord, il revient sur la fin du premier et, par une pirouette habile, se débrouille pour sauver la peau du baron qui peut officier à nouveau. Ensuite, cette option impose de faire du scientifique le véritable héros de la série, et non pas sa créature. Ainsi, exit Christopher Lee et voici que le rôle du monstre est tenu par Michael Gwynn.

Ambigu sur le plan moral, le film a beaucoup choqué en son temps

Toutefois, cette fois-ci, le discours prime sur l’efficacité et La revanche de Frankenstein se révèle être une œuvre bien plus ambitieuse et audacieuse que la précédente. Ainsi, le long-métrage se permet d’interroger les errances morales de ses personnages. Apparemment bien intentionné et souhaitant vraiment créer une belle créature, le docteur Frankenstein est prêt à toutes les extrémités pour parvenir à ses fins. Se prenant définitivement pour Dieu – il remplace symboliquement son corps par celui d’un prêtre dans son tombeau – le personnage ne possède plus aucune barrière morale dans ce second volet. La créature qu’il crée est même tentée par le cannibalisme, ce qui a profondément choqué le public de l’époque. Ce fait est pourtant davantage suggéré que montré, mais l’idée est toutefois excellente, et plutôt finement exploitée.

La revanche de Frankenstein, jaquette du Mediabook

© 1958 Columbia Pictures Corporation. © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

Visiblement au faîte de sa puissance créatrice, Terence Fisher exploite au mieux la couleur, avec l’aide de son directeur de la photo Jack Asher. Comme dans Le cauchemar de Dracula (1958), autre œuvre maîtresse tournée la même année, les deux hommes utilisent la couleur de manière artificielle pour souligner les tensions horrifiques à l’œuvre. On peut trouver là l’inspiration de Mario Bava, avec des éclairages bariolés, un peu moins violents que ceux de l’Italien, mais tout de même remarquables.

Un long-métrage délicieusement subversif

Ce qui marque dans ce second volet bien supérieur au précédent, c’est cette capacité du réalisateur à nous apitoyer sur le sort du monstre, magistralement interprété par Michael Gwynn. Finalement, cette force de subversion vient bouleverser l’ordre social fondé sur l’opposition des classes. Ce fossé social dénoncé ici est tout autant celui des pays d’Europe centrale où se situe l’action que celui de la société britannique victorienne. L’aristocratie dispose ainsi de tous les pouvoirs sur une population de miséreux exploités jusqu’à la mort. Hautement subversif, ce sous-texte politique a d’ailleurs contribué à la réputation sulfureuse d’un long-métrage décidément nettement plus passionnant que la plupart des productions maison.

Le succès fut moindre que celui du premier opus, mais ils furent encore 455 241 spectateurs français à faire le déplacement en salles malgré une lourde interdiction aux moins de 16 ans. A noter qu’aujourd’hui, le film est classé tout public et qu’il ne choquera plus grand-monde sur le plan graphique. Sa puissance d’évocation est, elle, restée intacte.

Le test du Mediabook DVD / Blu-ray :

La revanche de Frankenstein, le mediabook

© 1958 Columbia Pictures Corporation. © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

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 Compléments & packaging : 5/5

Cette édition s’inscrit dans la collection britannique initiée par l’éditeur avec les productions de la firme Amicus. Premier film Hammer publié, La revanche de Frankenstein bénéficie de nombreux suppléments vidéo inédits et d’un packaging superbe, avec un petit livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Nous n’avons reçu que la galette, mais on peut dors et déjà s’avancer en disant que le produit fini sera superbe, dans la continuité de la collection.

Sur le blu-ray, l’éditeur nous propose tout d’abord une présentation de la Hammer (13min) par le spécialiste Nicolas Stanczyk. Il parvient à résumer toute l’histoire du studio britannique en un temps record grâce à un débit de parole soutenu. Indispensable. On retrouve d’ailleurs le même intervenant pour une analyse du film (25min) basée sur l’idée qu’il s’agit d’un fantastique matérialiste développé par Fisher. Les arguments sont nombreux et passionnants, parfois peut-être un peu trop nébuleux ou dans la sur-interprétation. Mais cela reste motivant à écouter.

Le journaliste Gilles Penso se livre quant à lui à une histoire du mythe de Frankenstein à travers le temps et le cinéma (25min). Là encore, les différents arguments sont motivants. Enfin, il ne faut pas moins de 19min à Noël Simsolo pour défendre bec et ongles l’œuvre de Terence Fisher. On apprécie d’ailleurs que l’historien du cinéma ne se contente pas d’évoquer le cycle fantastique du réalisateur, mais qu’il développe aussi la carrière antérieure du créateur. L’ensemble est donc riche et absolument passionnant.

L’image du blu-ray : 2,5/5

C’est assurément la déception de cette belle édition puisque le master utilisé est visiblement fatigué. Pas vraiment de restauration visible sur cette copie qui multiplie les points blancs, les rayures et autres impuretés. La définition n’est pas optimale et se hisse tout juste au niveau d’un bon DVD. Même la compression est parfois prise en défaut avec une instabilité des arrière-plans. Quant aux couleurs, si elles font peau neuve, elles restent en-deçà des attentes par rapport à la beauté initiale du long-métrage.

Le son du blu-ray : 3/5

La piste originale anglaise sous-titrée est constituée d’un mono DTS HD Master Audio d‘une excellente tenue. L’ensemble est clair, précis et parfaitement équilibré. Il faut donc privilégier cette source sonore car la version française (format identique) souffre de voix artificielles et d’un certain souffle lors des séquences dialoguées.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

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La revanche de Frankenstein, l'affiche de 1958

© 1958 Columbia Pictures Corporation. Tous droits réservés.

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