La nuit de la mort! : la critique du film et le test blu-ray (1980)

Epouvante-Horreur, Gore | 1h31min
Note de la rédaction :
5/10
5
La nuit de la mort, l'affiche

Note des spectateurs :

Entre nanar involontaire et œuvre audacieuse au sein d’un cinéma français formaté, La nuit de la mort mérite amplement d’être redécouverte aujourd’hui dans de bonnes conditions. Cela modifie le regard que l’on portait jusqu’ici sur le métrage.

Synopsis : À la suite d’une dispute avec son ami Serge, Martine accepte un poste d’infirmière au « Doux Séjour », maison de retraite isolée en rase campagne. Elle sympathise rapidement avec Nicole, sa collègue de travail, qui disparaît bientôt dans de mystérieuses circonstances. Entre une directrice autoritaire, un gardien et homme à tout faire au comportement étrange et des pensionnaires passablement allumés, Martine finit par réaliser qu’elle est prisonnière de la maison… mais surtout qu’elle pourrait courir un grave danger.

Edition collector de La Nuit de la Mort chez le Chat qui fume

© 2019 Le Chat qui fume – OB Films / Conception graphique : Frédéric Domont. Tous droits réservés.

Un thriller horrifique fauché

Critique : Le réalisateur Raphaël Delpard a d’abord été scénariste dans les années 70, avant de se lancer dans la réalisation avec quelques œuvres pour adultes dont Lycéennes perverses en 1979. Après ce passage par la case érotique, le cinéaste utilise des décors similaires (entendez par-là une demeure bourgeoise) et un budget comparable (trois francs six sous) pour tourner un thriller horrifique qui pourrait se vendre dans le monde entier.

Pour pouvoir conserver une unité de lieu nécessaire à un tournage fauché, le réalisateur invente une histoire en huis-clos avec des pensionnaires d’une maison de retraite pas comme les autres. Mélangeant allègrement plusieurs thèmes classiques du fantastique (le vampirisme pour la quête d’éternité, le cannibalisme et même l’intrusion d’un serial-killer), Delpard ne s’embarrasse pas de cohérence et signe une histoire complètement absurde qui lorgne même du côté du surréalisme à la Polanski. On pense souvent au Locataire, en nettement moins bon toutefois.

Le long-métrage peut également se lire comme une métaphore sur la classe bourgeoise qui vampirise les forces vives du prolétariat. Par contre, La nuit de la mort ! ne doit pas être vu avec un regard cynique puisque tout est volontairement au premier degré.

Un cinéma foutraque, mais sympathique

Il s’inscrit ainsi pleinement dans la tradition d’un certain cinéma fantastique à la française façon Jean Rollin. Bénéficiant d’une ambiance morbide séduisante, le film souffre d’un certain nombre de défauts qui le placeront dans la case nanar pour de nombreux cinéphiles à la recherche de la perfection.

Le film est notamment plombé par des faux raccords dantesques, un jeu très fragile des acteurs s’inscrivant dans la tradition littéraire de la nouvelle vague, et une certaine incongruité des situations. On adore notamment la séquence où l’actrice principale est obligée de poser une soustraction sur papier afin de connaître l’âge de sa patronne, alors qu’un simple calcul mental suffirait. Il faut également ajouter à cela des effets gore gratuits et parfois ratés et une tendance à tourner en rond afin d’atteindre la durée requise pour une exploitation en salle. Le principal défaut du script étant de nous affranchir de ce qui se déroule entre les murs de la pension au bout d’une demi-heure, ce qui laisse peu de place aux surprises.

La nuit de la mort photo d'une célébration morbide

© 2019 Le Chat qui fume – OB Films

Un conte macabre au charme indéniable

Il faut finalement attendre la fin et son twist assez surréaliste pour que La nuit de la mort parvienne à se hisser à un niveau satisfaisant. Devenant une sorte de conte noir où le destin se joue sans cesse des personnages pour les entraîner vers leur fin.

Pendant longtemps banni de la filmographie officielle de Charlotte de Turckheim alors qu’elle n’apparaît que durant un petit quart d’heure, cette œuvre bancale et pleine de défauts mérite quand même l’indulgence de tout bisseux qui se respecte, tant elle parvient à divertir. Elle fut un échec en salle (avec 43 916 entrées sur tout le territoire), mais a connu la rédemption en cassette vidéo.

Devenu culte avec le temps, souvent pour de mauvaises raisons, le film doit impérativement être visionné dans sa version blu-ray afin d’être réévalué. Effectivement, on lui trouve désormais certaines qualités visuelles qui étaient absentes des précédentes éditions. Pas de quoi en faire un chef d’œuvre, mais suffisant pour lui trouver un charme certain. Il s’agit en tout cas d’un véritable OVNI au sein d’une production française souvent plus classique et timorée.

Charlotte de Turckheim dans la Nuit de la mort, son seul film d'épouvante

© 2019 Le Chat qui fume – OB Films

Le test blu-ray :

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La nuit de la mort, la jaquette du blu-ray

© 2019 Le Chat qui fume – OB Films / Conception graphique : Frédéric Domont. Tous droits réservés.

Compléments & packaging : 4/5

Comme toujours avec l’éditeur, le packaging est très soigné avec un fourreau luxueux et un boitier en plusieurs volets dotés de photos bien sanglantes. A l’intérieur, un petit encart rédigé par Christophe Lemaire revient avec humour sur le contexte de sortie du film. Le texte est agréable pour tout nostalgique de cette époque que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître.

Deux entretiens indispensables

Sur la galette, on a le droit à deux entretiens majeurs. Le premier avec l’actrice principale Isabelle Goguey (35min) qui revient sur l’ensemble de sa carrière et surtout sur l’ambiance des tournages des films de son père, le cinéaste Claude Pierson. Elle se souvient également des difficiles conditions de tournage de La nuit de la mort, avec des journées longues, éreintantes et un froid de canard. Elle évoque ensuite son goût très modéré pour la comédie et explique ainsi son passage par la production.

Le deuxième entretien (34min) avec Raphaël Delpard permet au réalisateur d’évoquer la genèse du long-métrage, mais aussi son goût sincère pour le fantastique et l’horreur. Par contre, s’il ne dit que du bien de ses collaborateurs et qu’il avoue avoir poussé certains dans leurs retranchements, il n’apprécie pas l’attitude de déni de certains vis-à-vis de ce film qu’il assume pleinement. Il gonfle les chiffres d’entrées, et parle d’un petit succès, ce qui paraît exagéré. Enfin, il revient sur sa déconvenue avec son film suivant, Clash (1984) qui a été un échec public et critique cinglant.

Dernier module, un comparatif avant / après nous montre l’énorme travail de restauration entrepris par l’éditeur sur un master usé (21min). Au passage, le recadrage subi par le film en VHS est pour beaucoup dans l’impression de nullité éprouvée à l’époque par votre serviteur.

Enfin, l’habituel lot de bandes annonces de l’éditeur complète le programme.

L’image du blu-ray : 4/5

Belle restauration qui permet de profiter des qualités photographiques des passages sombres. Le cadrage plus respectueux a également effacé les micros jusqu’alors visibles dans le champ, tandis que les couleurs sont plus vives. C’est bien simple, le film passe du statut de pur film Z à celui d’un bon bis, agréable à suivre et respectueux du genre qu’il arpente.

Le son du blu-ray : 4/5

Pas d’anicroches particulières, on est ici sur un rendu très propre qui met en valeur l’unique thème musical du film, ainsi que les dialogues très récitatifs du long-métrage. A noter la présence de sous-titres anglais pour nos amis étrangers.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

La nuit de la mort, l'affiche

© OB Films / Illustration : Lynch Guillotin. Tous droits réservés.


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